Neurohormone endogène produite par la glande pinéale, la mélatonine est couramment utilisée en tant que médicament ou complément alimentaire dans les troubles du sommeil. Plusieurs études animales suggèrent l’existence de propriétés analgésiques, probablement liées à son interaction avec des neurotransmetteurs. Cette action sur la douleur serait particulièrement intéressante dans les douleurs musculosquelettiques, en raison de leur prévalence et de leur association bidirectionnelle avec la détérioration du sommeil.
Si de premières méta-analyses sont parues, ces travaux ne sont pas centrés sur les douleurs musculosquelettiques et portent sur des études hétérogènes en design et qualité. Des chercheurs australiens ont donc réalisé une revue systématique avec méta-analyse d’essais randomisés contrôlés évaluant l’efficacité de la mélatonine sur l’intensité de la douleur et la qualité du sommeil, chez des patients souffrant de douleurs musculosquelettiques chroniques ou postopératoires.
Les publications incluses ont été collectées le 10 avril 2025 sur 6 bases de données électroniques : Cochrane Library, Medline, Embase, PsycInfo, Cinahl, Web of Science. Elles concernent des personnes rapportant ou ayant eu un diagnostic de douleur musculosquelettique chronique ≥ 3 mois (fibromyalgie, lombalgie, cervicalgie, arthrite rhumatoïde, arthrose, scapulalgie, gonalgie, douleur pelvienne, etc.), ou des patients opérés d’une pathologie musculosquelettique (arthroplastie, fracture…). La mélatonine devait être prise seule ou comme traitement d’appoint, et comparée au placebo ou à un traitement de référence (comme les AINS).
La méta-analyse a standardisé sur une échelle de 0 à 100 les mesures de la douleur des différentes études (échelle visuelle analogique, ou numérique). Pour le sommeil, les méta-analyses ont rapporté sur 100 le Pittsburgh Sleep Quality Index (PSQI), quand il était connu, ou le Subjective Sleep Quality Scale (SQS) ou le scorePROMIS. Les auteurs ont conduit des méta-analyses séparées sur les douleurs chroniques et postopératoires, et en sous-groupes (comparaison au placebo vs contrôle actif). L’analyse finale a inclus 2 028 participants issus de 23 études, provenant majoritairement d’Iran, des États-Unis et de Russie. La mélatonine a été administrée per os (hormis un essai utilisant des patchs), avec des dosages de 1 à 10 mg (d’une dose unique à une prise quotidienne sur 90 jours).
Plus de 2 000 participants
Les résultats ont été publiés le 30 juin 2026 dans la revue Pain. Pour les patients souffrant de douleurs chroniques, la mélatonine fait significativement mieux qu’un traitement de référence (différence moyenne = - 11,21/100 ; IC95 % = [- 14,29/100 ; - 8,13/100]), mais s’avère équivalente au placebo. Cependant, en restreignant l’analyse aux études ayant un faible risque de biais, la mélatonine dépasse aussi le placebo (DM = - 10,04 ; IC95 % = [- 17,68 ; - 2,39]). L’effet analgésique atteint reste toutefois modeste, comparable à celui prodigué par les AINS.
Dans les douleurs postopératoires, la mélatonine fait un peu mieux que le placebo (DM = - 2,53 ; IC95 % = [- 4,20 ; - 0,86]) et égale le contrôle actif, mais le niveau de preuves reste limité.
En parallèle, la qualité du sommeil est améliorée pour les douleurs chroniques (DM = - 11,35 ; IC95 % = [- 18,65 ; - 4,06]) avec un niveau de preuves modéré, mais pas en postopératoire.
Les auteurs en concluent que la mélatonine peut être considérée comme traitement d’appoint ayant un effet potentiel sur les douleurs musculosquelettiques chroniques et postopératoires. De futurs essais randomisés contrôlés sont nécessaires pour clarifier la place de la mélatonine dans ces indications.
Université de Sidney. Study finds melatonin may ease chronic pain. 1er juillet 2026.
Martin Agudelo L. Mélatonine : quels risques ? Rev Prat (en ligne) 3 juillet 2026.
Nobile C. Maladies musculosquelettiques et rhumatismales : quels traitements de la douleur ? Rev Prat (en ligne) 14 avril 2026.