Une étude menée sur une cohorte de 726 femmes étatsuniennes montre que plusieurs dimensions de la peur de vieillir, surtout la peur de voir sa santé se détériorer, pourraient se manifester biologiquement en accélérant le vieillissement (mesuré par horloge épigénétique). Les résultats sont parus fin 2025 dans Psychoneuroendocrinology.

La peur de vieillir est un facteur de stress psychosocial touchant particulièrement les femmes, en raison de plus fortes pressions socioculturelles à maintenir une apparence de jeunesse et une bonne santé. Plusieurs études populationnelles ont montré qu’elle a trois principales composantes : la peur de devenir moins attirante, celle d’être trop vieille pour avoir des enfants, celle de contracter plus de maladies en vieillissant, cette dernière étant la plus fréquente.

Cependant, tandis que la détresse psychosociale est connue pour contribuer au vieillissement biologique (évalué par horloge épigénétique, fondé sur la méthylation de l’ADN), l’impact de la peur de vieillir reste peu étudié chez les femmes.

726 participantes à une cohorte longitudinale

Afin de déterminer si la peur de vieillir ou ses trois principales composantes étaient associées à une accélération biologique du vieillissement (mesuré par horloge épigénétique), des scientifiques de la New York University School of global public health ont réalisé une étude sur 726 femmes issues de la cohorte nationale MIDUS.

Cette dernière a recruté des adultes de 25 - 74 ans aux États-Unis en plusieurs vagues, de la fin des années 1990 à 2010, avec l’objectif de mieux comprendre le rôle des facteurs sociaux, psychologiques et comportementaux dans les variations de santé physique et mentale liées à l’âge. Lors de leur recrutement dans MIDUS, les femmes ont renseigné leur peur de vieillir en répondant à la question suivante : « Les femmes s’inquiètent parfois pour l’avenir et du fait de vieillir. Dans quelle mesure vous inquiétez-vous de chacun des points suivants ?

  1. Devenir moins attractive en tant que femme.

  2. Être davantage exposée à la maladie en vieillissant.

  3. Être trop âgée pour avoir des enfants. »


La réponse à chaque item était cotée de 1 (beaucoup) à 4 (pas du tout), puis les valeurs ont été compilées dans un score global de peur de vieillir.

Au sein de l’étude MIDUS, 2 118 participants ont pris part à une évaluation clinique de deux jours incluant la mesure de plusieurs biomarqueurs. Parmi eux, 1 310 disposaient de données de méthylation de l’ADN exploitables pour estimer leur âge épigénétique, à l’aide de deux horloges : GrimAge2 (évaluation des dommages cumulés sur l’ADN) et DunedinPACE (évaluation du rythme du vieillissement « en temps réel »). Après exclusion des hommes, l’échantillon final de l’étude comprenait 726 femmes (âge moyen = 50,4 ans ; 61,8 % de femmes blanches).

Les analyses statistiques ont évalué l’association entre peur de vieillir et âge épigénétique par régression linéaire multiple, prenant en compte de facteurs de confusion potentiels : les principaux facteurs sociodémographiques dans le modèle 1 (âge, ethnie, niveau académique, revenu du ménage, statut marital, ménopause), auxquels étaient ajoutées les maladies chroniques dans le modèle 2, puis les facteurs de mode de vie (tabagisme, IMC, consommation d’alcool) dans le modèle 3.

La peur d’une santé détériorée, prophétie autoréalisatrice ?

Les résultats sont parus dans Psychoneuroendocrinology en novembre 2025. Une peur plus marquée de voir sa santé se détériorer avec l’âge était associée avec une accélération du rythme du vieillissement. Cette association perdait toutefois sa significativité après prise en compte des facteurs de mode de vie (modèle 3).

En revanche, ni la peur de pendre son attractivité ni celle de ne plus pouvoir avoir d’enfants n’étaient associées à un âge épigénétique plus élevé ou à une accélération du vieillissement épigénétique.

Bien que cette étude ne permette pas d’établir un lien causal, pour les auteurs, ces résultats montrent que certains aspects de la peur de vieillir, et notamment la crainte d’avoir de nouveaux problèmes de santé avec l’âge, pourraient avoir une traduction biologique en contribuant à accélérer le vieillissement.

« Ces résultats soutiennent un modèle biopsychosocial dans lequel les expériences subjectives du vieillissement contribuent au déclin physiologique », affirment les auteurs. Ils suggèrent que cette inquiétude pourrait agir comme un facteur de stress chronique, avec des répercussions sur le corps et la santé mentale.

Pour en savoir plus
Rodriguez M, Bather JR, Cuevas AG. Aging anxiety and epigenetic aging in a national sample of adult women in the United States. Psychoneuroendocrinology 2026;184:107704.
New York University. The more you fear aging, the faster your body may age. ScienceDaily 26 février 2026.

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