La leptospirose est une zoonose bactérienne courante dans le monde. Cette affection est cosmopolite mais nettement plus fréquente en zone tropicale. Selon l’Organisation mondiale de la santé, il y aurait, chaque année, environ 1 million de cas, à l’origine de 60 000 décès.
Encore mortelle en France
En France, entre 600 et 700 cas sont recensés par an, soit 1 habitant sur 100 000. Dans les départements et régions d’outre-mer (DROM), l’incidence peut augmenter de 10 à 70 fois (tableau), comme à Mayotte,1 où le nombre de cas de leptospirose (fig. 1) varie en fonction de l’intensité de la saison des pluies (fig. 2) et de la survenue éventuelle de cyclones.
Une étude a été réalisée durant l’année 2024 par Santé publique France,2 recensant 886 cas, dont 441 dans l’Hexagone, principalement dans l’ouest (fig. 3) et la Corse, ainsi que 445 cas dans les DROM. Parmi ces patients, 653 ont été hospitalisés (74 %), dont plus de la moitié en réanimation, et 13 sont décédés. La majorité des patients étaient âgés de 30 à 70 ans (fig. 4), avec un âge moyen de 49 ans. En réanimation, l’âge moyen des patients était de 59 ans (de 11 à 84 ans), avec un sex ratio homme/femme de 4,5. Le pic des cas a eu lieu en période estivale (fig. 5). Les principales complications en réanimation étaient rénales (83 %), hépatiques (75 %) et pulmonaires (32 %). La contamination de ces patients s’est effectuée lors de voyages en Asie (47 %), en Espagne et en Belgique. Enfin, 53 % des patients reconnaissaient avoir eu des contacts avec des animaux.
Le dispositif de surveillance de la leptospirose, conduit par Santé publique France et le Centre national de référence de la leptospirose (Institut Pasteur), permet d’étudier les tendances et caractéristiques épidémiologiques de cette maladie. Depuis août 2023, la leptospirose est inscrite sur la liste des maladies à déclaration obligatoire.
Réservoirs : les rats
La leptospirose est due à l’infection par des bactéries du genre Leptospira, bactéries spiralées, hélicoïdales et mobiles. Le genre Leptospira comprend 22 espèces, dont 10 sont pathogènes pour l’homme et les animaux, incluant l’espèce Leptospira interrogans. Les sérogroupes les plus fréquents sont icterohaemorrhagiae, canicola et australis.
Les réservoirs de bactéries sont les rongeurs, en particulier les rats, mais aussi de nombreux autres animaux : bovins, porcs, chiens, chevaux, sangliers, hérissons, musaraignes, etc. Les animaux infestés sont souvent asymptomatiques mais émettent les bactéries dans leurs urines durant toute leur vie ; cependant, les chiens infestés peuvent présenter une insuffisance rénale aiguë, hépatique ou pulmonaire. Le diagnostic est établi sur une sérologie positive, et le traitement par antibiotiques est conseillé. Il existe un vaccin pour les chiens à partir de l’âge de 12 semaines.
L’homme est infesté par contact avec de l’eau contaminée par l’urine d’animaux infestés : soit lors de travaux en eau douce (égoutiers, agriculteurs, éleveurs, travaux d’assainissement...), soit lors d’activités de loisirs (baignade, rafting, canyoning, kayak…). Les bactéries pénètrent dans l’organisme par les muqueuses ORL et par les plaies.
Évolution souvent bénigne
La maladie se manifeste par un polymorphisme clinique (fig. 6). Les symptômes apparaissent entre cinq et quinze ans après la contamination, sous forme d’un syndrome grippal : fièvre, céphalées, myalgies.4
La plupart du temps, l’évolution est bénigne, mais des formes graves rénales, neurologiques, hépatiques ou cardiovasculaires sont possibles (syndrome de Weil), avec un taux de mortalité variant de 5 à 20 %.
Les diagnostics différentiels devant être évoqués, notamment en zone tropicale,5 sont le paludisme, la rickettsiose ou une virose. En zone tempérée, les diagnostics différentiels de la leptospirose sont la méningite, la pyélonéphrite ou, plus rarement, une fièvre hémorragique avec syndrome rénal à hantavirus.
Le bilan sanguin est perturbé : thrombopénie, élévation des transaminases, de la créatine phosphokinase et de la créatininémie. Le diagnostic est établi en recherchant la bactérie par PCR dans le sang et les urines la première semaine, puis par sérologie (ELISA, immunoglobulines M) à partir du sixième jour, le sérodiagnostic restant positif pendant plusieurs mois,6 avec une confirmation par le test d’agglutination microscopique (fig. 7).
Traitement selon la gravité
L’antibiothérapie doit être précoce :
dans les formes bénignes, des cyclines (doxycycline 200 mg/j) ou des macrolides (azithromycine, traitement court de 3 jours possible) par voie orale sont employés ;
dans les formes graves, des bêtalactamines par voie intraveineuse sont nécessaires (pénicilline G, ampicilline, ceftriaxone ou céfotaxime) ; la forme ictérohémorragique nécessite une hospitalisation en réanimation. Elle dure de sept à dix jours et nécessite des traitements symptomatiques selon l’organe atteint.
Prévention
La prévention de la leptospirose repose sur des mesures collectives et individuelles adaptées aux populations exposées.
Les mesures collectives consistent à lutter contre la prolifération des rats : dératisation, ramassage régulier des ordures et drainage des berges des cours d’eau permettent de limiter les risques de contamination.
Par ailleurs, la leptospirose est reconnue comme maladie professionnelle (notamment pour les travailleurs des égouts, les pisciculteurs et les plongeurs). Pour ces populations, la prévention repose sur :
la vaccination par le vaccin Spirolept (Institut Pasteur), efficace contre Leptospira icterohaemorrhagiae, selon un schéma en trois injections avec un rappel à deux ans ;
le port d’équipements de protection (combinaison, bottes, gants, lunettes) ;
l’éviction de l’activité au contact de l’eau en cas de plaie. Pour les sportifs pratiquant le canyoning, le kayak, la baignade en eau douce, trois mesures préventives sont essentielles :
éviter les eaux troubles ou boueuses et la marche pieds nus dans les zones à risque, notamment dans les départements ultramarins ;
protéger les plaies avec des pansements étanches ;
porter un équipement adapté (combinaison, bottillons, gants).
La vaccination peut être proposée aux pratiquants réguliers et intensifs.
Enfin, pour le voyageur, bien que la vaccination ne soit pas systématique, elle peut être envisagée pour les adultes (à partir de l’âge de 18 ans) dans certains cas d’expatriation ou de séjour prolongé dans des destinations à risque (Pacifique, Antilles, Amériques), de voyage en saison des pluies ou en contexte climatique favorable à la transmission, et en cas d’activités à risque en l’absence de protection efficace.
Que dire à vos patients ?
La leptospirose est une zoonose bactérienne cosmopolite représentant plus de 1 million de cas graves chaque année.
En France, environ 600 à 700 cas sont recensés par an, soit 1 cas pour 100 000 habitants, avec une incidence plus élevée dans les départements ultramarins.
L’homme est infesté soit directement, en étant en contact avec les animaux, soit indirectement, par une eau douce contaminée.
La maladie se manifeste par un syndrome grippal, avec parfois des complications viscérales.
Le diagnostic repose sur le contexte clinique et est confirmé par une PCR, et le traitement repose sur une antibiothérapie. Pour limiter l’infection, la mise en place de mesures préventives collectives et individuelles est essentielle.
2. Santé publique France. Épidémiologie de la leptospirose en France en 2024. Données du signalement obligatoire. 6 février 2026. https://bit.ly/4uEY6GH
3. Santé publique France. Surveillance épidémiologique de la leptospirose à Mayotte. 13 mars 2026. https://bit.ly/4hxKEkx
4. Rajapakse S. Leptospirosis: Clinical aspects. Clin Med (Lond) 2022;22(1):14-7.
5. Pavli A, Maltezou HC. Travel-acquired leptospirosis. J Travel Med 2008;15(6):447-53.
6. Grennan D. Leptospirosis. JAMA 2019;321(8):812.
7. Institut Pasteur. Leptospirose. Septembre 2024. https://bit.ly/4uh5et5