Une étude de l’Institut Pasteur révèle qu’une bactérie normalement inoffensive, Porphyromonas uenonis, joue un rôle dans le déclenchement de l’inflammation et de l’auto-immunité chez les patients atteints de la maladie de Verneuil. Une découverte qui ouvre la voie à des traitements plus efficaces.

L’hidradénite suppurée (HS), aussi appelée maladie de Verneuil, est une maladie cutanée inflammatoire chronique du follicule pileux. Débutant le plus souvent après la puberté, elle se caractérise par l’apparition de nodules et d’abcès douloureux évoluant vers la suppuration, la fistulisation et la formation de cicatrices dans les régions riches en glandes sudoripares apocrines (creux axillaire, inguinaux, région anogénitale, région périaréolaire, nuque). Elle évolue par poussées plus ou moins rapprochées. Actuellement, il n’y a pas de traitement curatif, et la prise en charge vise à atténuer les symptômes et à réduire la fréquence et la sévérité des poussées.

Une bactérie normalement inoffensive

La présence inhabituelle de certaines bactéries dans le derme des patients est connue depuis longtemps, mais elle a été considérée comme une conséquence de la maladie, sans rôle actif dans sa survenue.

Une équipe de l’Institut Pasteur a étudié le sérum de 57 patients atteints d’HS à différents stades de gravité selon le score de Hurley (29 HS stade 1, 17 HS 2, 11 HS 3) et 32 témoins sains. L’analyse montre que les patients HS sévères ont un profil d’anticorps antibactériens particulier par rapport aux autres groupes, dominé par des réponses IgA et IgG dirigées contre Porphyromonas uenonis, une bactérie habituellement rare et inoffensive.

Les techniques d’hybridation in situ sur échantillons cutanés mettent en évidence des bactéries métaboliquement actives dans l’épiderme chez les patients sévères, suggérant que P. uenonisest capable d’envahir l’épiderme.

Les expériences in vitro corroborent cette observation : P. uenonisinfecte efficacement les kératinocytes humains primaires, et induit la production de cytokines pro-inflammatoires (IL- 1β, TNF-α, IL- 6 et IL- 8). De plus, incubée sur des explants de peau humaine saine, la bactérie est capable de franchir une barrière épidermique apparemment intacte et d’induire l’expression de médiateurs inflammatoires (IL- 6, IL- 8 et CCL20). Ces données soutiennent un modèle dans lequel l’infection des kératinocytes pourraitamplifier l’inflammation cutanée chronique observée dans l’HS sévère.

Enfin, les anticorps antibactériens présentent une autoréactivité contre les kératinocytes et l’épiderme superficiel, suggérant un mécanisme auto-immun intriqué avec le processus inflammatoire.

En conclusion, P. uenonis ne serait pas un simple marqueur de dysbiose dans l’HS sévère, mais il jouerait un rôle central dans son immunopathologie. Sa capacité à pénétrer l’épiderme, infecter les kératinocytes, induire une inflammation persistante et déclencher des réponses humorales autoréactives pourrait contribuer à la chronicité des lésions. « Cette découverte éclaire la compréhension de cette affection cutanée douloureuse  », précise Olivier Join-Lambert, co-auteur de l’étude. « La maladie de Verneuil implique un déséquilibre de l’ensemble du microbiote cutané et Porphyromonas uenonis n’est qu’un premier levier scientifique à explorer, parmi de nombreuses autres espèces bactériennes impliquées dans les lésions. »

Vers de traitements combinés innovants

Ces résultats plaident pour une prise en charge combinant des approches antimicrobiennes ciblées et des biothérapies anti-inflammatoires.

Un essai clinique (à recrutement actif !) est en cours au Centre médical de l’Institut Pasteur, évaluant une association d’antibiotiques (ceftriaxone, rifampicine, moxifloxacine et métronidazole) chez des patients de stade 2 de la maladie de Verneuil. Ses résultats seront dévoilés d’ici 2028.

Pour en savoir plus
Agbogan VA, Bugault F, Guenin-Macé L, et al. A skin colonizer disrupts inflammatory and humoral immune defenses in hidradenitis suppurativa.  EMBO Mol Med 2026;18(5):1744-70.
Institut Pasteur. Maladie de Verneuil : le rôle inattendu d’une bactérie cutanée. 9 juin 2026.
Institut Pasteur. Lancement d’un essai thérapeutique pour un nouveau traitement contre la maladie de Verneuil. 28 mai 2025.
Nobile C. Maladie de Verneuil : une fiche pratique.  Rev Prat (en ligne) 6 février 2024.
Hotz C. Hidradénite suppurée.  Rev Prat Med Gen 2025;39(1102):513-8.

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