Une morsure de serpent provoque toujours un sentiment de panique, en raison du risque mortel décrit dans les livres et films d’aventures. Si, chaque année, il y a environ 100 000 décès dans le monde, essentiellement dans les pays tropicaux, qu’en est-il en France ? Que faire en cas de morsure ? Par le Pr Patrice Bourée, Institut Alfred-Fournier, Paris.

En France, les morsures de serpents sont généralement peu graves, mais sont toujours source d’angoisse. Contrairement aux serpents d’Asie ou d’Afrique, la grande majorité des serpents de l’Hexagone ne sont pas venimeux, en dehors de quelques vipères. Les serpents craignent plus l’homme que l’inverse, et préfèrent donc fuir le danger. Cependant, devant l’impossibilité de fuir, ces reptiles, lorsqu’ils se sentent en danger, mordent pour se défendre. La morsure est effectuée par des crochets, qui sont situés dans la cavité buccale et qui transpercent la peau.

En France, seules les vipères (il en existe une centaine en France) et les couleuvres de Montpellier possèdent des crochets à venin.

On dénombre environ 200 envenimations par an dues à la vipère aspic (Vipera aspic) ou péliade (Vipera berus), qui mesurent de 60 à 80 centimètres et qui sont des espèces protégées depuis février 2021. Mais, en fait, une fois sur deux, il n’y a pas d’injection de venin, la « morsure sèche » ne provoquant alors qu’une pathologie locale : douleur au point de morsure, réaction inflammatoire localisée. On dénombre environ 250 morsures par an (dont 61 % dues à des vipères et 8 % dues à des couleuvres), atteignant les enfants et les adultes, aboutissant à 1 à 5 décès annuels.

La gravité de la morsure dépend de plusieurs facteurs : taille et espèce du serpent, quantité de venin injectée, nombre de morsures, siège et profondeur (les morsures à la tête sont plus graves), âge du patient et son statut immunitaire.

Conduite à tenir en cas de morsure

Après toute morsure de serpent, il faut appeler les secours et calmer la victime, qui est généralement tellement angoissée qu’elle est prête à courir vers l’hôpital le plus proche ! Il faut la rassurer : effet, en dehors du choc anaphylactique dû à une allergie au venin de serpent (rare), il faut plusieurs heures pour que les symptômes s’aggravent. La personne doit au contraire être immobilisée pour limiter la diffusion du venin. S’il est possible, il faut essayer d’identifier l’espèce en cause : les vipères ont une tête triangulaire et des pupilles elliptiques et des crochets rétractiles. Les serpents non venimeux, type couleuvre, ont une tête arrondie, une pupille ronde et n’ont pas de crochets (tableau).

Il faut idéalement laver la plaie à l’eau, au savon ou avec une solution antiseptique.

Le venin, localisé dans les glandes parotides, derrière les yeux, est composé de diverses protéines et enzymes (hydrolases, hyaluronidases, phospholipases, phosphodiestérases) qui permettent la dégradation des protéines des proies. En cas d’injection du venin, la trace des crochets est visible, avec deux petits orifices rouges espacés de 5 à 10 mm. La douleur apparaît au point de morsure ainsi qu’un œdème qui envahit progressivement tout le membre. Il faut surveiller sa progression en marquant ses limites avec un marqueur sur la peau. En 30 minutes, apparaissent des troubles digestifs (nausées, vomissements, diarrhées), des douleurs abdominales, un malaise et parfois un état confusionnel.

La prise en charge au milieu hospitalier dépend du tableau clinique. En cas de morsure sèche, même si le sujet se sent bien, une surveillance médicale d’environ 8 heures est conseillée.

Dès que des signes d’envenimation apparaissent, un traitement symptomatique peut être débuté : opiacés contre la douleur, réanimation hydro-électrolytique en cas de menace de choc, éventuellement adrénaline en cas de choc. Le bilan biologique comprend hémogramme avec plaquettes, bilan de coagulation, ionogramme, dosage d’urée et de créatinine, analyse d’urines.

En cas d’injection de venin de vipère, l’administration d’un sérum antivenin (composé d’immunoglobulines neutralisantes obtenues à partir de sérum de cheval) peut être envisagée. Les précautions d’emploi comportent un usage uniquement hospitalier de ce médicament, et de disposer d’adrénaline pour traiter toute manifestation allergique immédiatement.

En cas de complication infectieuse au point de morsure, une antibiothérapie peut être prescrite.

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Ce qu’il ne faut pas faire

– Ne pas poser de garrot, car la toxine peut s’accumuler et se libérer d’un seul coup au moment de la levée du garrot, avec un risque de gangrène des extrémités ou même d’arrêt cardiaque. Il faut donc retirer les bagues, bracelets, montre et chaussures qui pourraient constituer un garrot involontaire. Placer la victime de sorte que la partie mordue soit située plus bas que le niveau du cœur.

– Il est inutile d’aspirer le venin à la bouche, car ce dernier peut pénétrer dans l’organisme en cas d’aphte ou de plaie buccale (cette technique est « réservée » aux héros des films westerns où il n’y a donc aucun risque !). L’aspiration avec une pompe type Aspivenin est totalement inefficace.

– Inutile de cautériser la plaie, la toxine éventuelle ayant déjà diffusé localement.

– Ne pas « stimuler » la victime avec de l’alcool (vasodilatateur qui risque de faciliter l’absorption du venin).

– Ne pas injecter un sérum antivenin polyvalent à titre systématique, ni corticoïdes, ni héparine sous-cutanée, car il peut y avoir 10 % de complications souvent plus graves que la simple morsure.

Comment éviter les morsures de serpent ?

– Ne jamais marcher pieds nus dans la campagne, surtout dans les hautes herbes, préférer les chaussures fermées.

– Éviter de déplacer des pierres, des feuilles ou des tas de bois en plein soleil, souvent lieu de repos des serpents qui aiment la chaleur.

– Avant de pénétrer dans les broussailles pour récolter des fruits par exemple, bien les agiter avec un bâton, pour faire peur au serpent, qui préfère toujours fuir devant le danger ; en cas de débroussaillage, certains préfèrent y mettre d’abord le feu pour chasser les serpents.

– En cas de rencontre fortuite avec un serpent, ne pas le toucher, même s’il semble mort (il peut n’être que somnolent et le réveil brutal peut être dangereux). Il est nettement préférable de passer son chemin à l’écart sans l’effrayer.

En conclusion, devant une morsure de serpent, il faut rassurer le patient, le calmer et surtout éviter les gestes inutiles voire dangereux. Il faut ensuite l’amener en milieu hospitalier où est réalisé un bilan de coagulation et mis en place le traitement adapté.

À lire aussi 
Chartois C, Marchandot F, Le Coat A. Envenimation par morsure de vipère.  Rev Prat 2021;71(4);416.
Ameli. Morsure de serpents. 3 janvier 2021.

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