Une étude franco-américaine qui vient d’être publiée dans Chemical Research in Toxicology pointe l’accumulation de benzophénone, composé cancérigène et perturbateur endocrinien, dans certaines crèmes solaires et anti-âge, provenant de la dégradation de l’octocrylène (filtre organique de protection solaire). 

 

Les chercheurs du laboratoire de biodiversité et biotechnologies microbiennes de l’Observatoire océanologique de Banyuls-sur-Mer (Sorbonne Université/Cnrs) ont scruté une quinzaine de produits (9 crèmes solaires commercialisées en Europe et 8 aux États-Unis) à la recherche de benzophénone : une présence qu’ils ont non seulement confirmée, mais dont ils ont montré qu’elle augmentait avec le vieillissement du produit

L’octocrylène utilisé dans ces produits est en effet contaminé par ce composé en cours de production – une donnée connue par les industriels – et ne peut être totalement éliminée, mais sa concentration est généralement considérée négligeable dans les produits manufacturés. Or la dégradation naturelle de l’octocrylène résulte dans la production de benzophénone dans des quantités non négligeables, remettant en question la sécurité de ces produits. L’absorption cutanée de ces deux composés peut en effet dépasser 70 %.

Aujourd’hui, la benzophénone est interdite aux États-Unis dans les produits alimentaires et les emballages, par la Food and Drug Administration qui le classe comme une substance cancérigène, photomutagène et un perturbateur endocrinien. Des études sur des modèles animaux suggère qu’une exposition à ce composé induit des cancers du foie et des lymphomes ; que celui-ci peut augmenter, en présence de lumière, le taux de lésions de l’ADN (donc le risque de cancers cutanés) ; enfin, qu’il peut affecter les fonctions thyroïdiennes et induire une activité anti-androgène, pouvant retarder le développement des testicules et entraîner des déformations anatomiques dans les organes reproducteurs féminins. Par ailleurs, l’octocrylène est déjà interdit dans les produits de protection solaire dans certains territoires (Îles Vierges américaines, République des îles Marshall, République des Palaos en Micronésie…), que ce soit pour ses effets sur l’homme ou sur l’environnement, car son influence nocive sur les récifs coralliens a également été décrite.

Les résultats de cette nouvelle étude plaident pour « la mise en place de régulations dictées par le principe de précaution » et pour la réévaluation rapide de la sécurité des produits utilisant l’octocrylène comme filtre de protection solaire, étant donné la menace qu’ils peuvent représenter pour la santé individuelle et publique, ainsi que pour l’environnement.

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Barouki R. Perturbateurs endocriniens et nouveaux mécanismes de toxicité. Rev Prat 2018;68:1069-73

Nobile C. Protection solaire :  quels produits choisir ? Rev Prat (en ligne), juillet 2020.

Beani JC. Protection solaire : le point. Rev Prat Med Gen 2018;32:470-1.