L’émergence des immunothérapies, notamment des inhibiteurs de points de contrôle immunitaire (ICI), a révolutionné la prise en charge de nombreux cancers. Toutefois, les résultats obtenus dans les adénocarcinomes du pancréas (AP) restent largement insatisfaisants. La complexité de leur micro-environnement tumoral et leur faible immunogénicité constituent autant d’obstacles à une efficacité thérapeutique optimale. Il devient donc essentiel d’identifier les leviers biologiques et thérapeutiques permettant de surmonter ces résistances.

Échec des inhibiteurs de points de contrôle immunitaire

Les ICI ont montré une activité quasiment absente dans les AP, à l’exception des tumeurs associées à un phénotype MSI-High ou à une déficience du système de réparation des mésappariements (dMMR), représentant moins de 1  % des cas. Et, dans cette sous-population, les réponses objectives ne survenaient que pour 18  % des patients exposés au pembrolizumab1.

Afin de contourner cette résistance, les ICI ont été évalués en combinaison avec la chimiothérapie. Cependant, l’ajout des anti-PD- 1 et anti-CTLA- 4 n’a pas amélioré l’efficacité de la chimiothérapie, avec des survies similaires à la chimiothérapie seule par gemcitabine plus nab-paclitaxel2.

Une meilleure compréhension des mécanismes de résistance reste un enjeu important pour concevoir de nouvelles stratégies plus efficaces.

Mécanismes d’échappement à l’immunothérapie

Bien que des néo-antigènes présentant des qualités uniques en tant que cibles des lymphocytes T aient été décrits chez les patients longs survivants3, la majorité des AP est caractérisée par une faible charge tumorale mutationnelle et génère peu de néo-antigènes. Cela entraîne une présentation antigénique pauvre et une réponse immunitaire T spécifique peu efficace, caractéristique des tumeurs «  froides  ». Ce constat a amené des équipes à développer des approches de thérapie cellulaire permettant le transfert adoptif de lymphocytes T spécifiques (CAR-T cells) à des patients porteurs d’AP. Ces études cliniques ont montré que les lymphocytes T injectés aux patients devenaient «  épuisés  » et dysfonctionnels dans l’environnement tumoral, limitant l’efficacité des stratégies fondées sur les CAR-T comparativement à d’autres pathologies tumorales4.

Les réponses immunitaires intratumorales dépendent notamment des interactions avec le micro-environnement tumoral. L’AP se caractérise par une composante stromale dense composée de cellules myéloïdes immunosuppressives et l’activation des fibroblastes associés aux cancers (CAF) liés au transforming growth factor (TGF) β. L’AP est ainsi capable de promouvoir la différenciation de fibroblastes aux propriétés immunosuppressives (myofibroblastes) qui inhibent le recrutement des lymphocytes T et favorisent l’exclusion de l’infiltrat immunitaire (figure). Reprogrammer ce micro-environnement tumoral constitue donc un levier essentiel pour restaurer une réponse immunitaire efficace5.

Le ciblage des cellules myéloïdes immunosuppressives est une approche prometteuse pour restaurer l’efficacité des immunothérapies chez certains patients. L’activation des cellules myéloïdes par des agonistes de CD40 permet la diminution de l’infiltration fibroblastique et le recrutement de lymphocytes T6. L’identification de biomarqueurs pour une meilleure sélection des patients et le développement d’une stratégie personnalisée s’avèrent nécessaires.

Vers une vaccination personnalisée

Après l’échec des premiers vaccins thérapeutiques7, la vaccination personnalisée représente une avancée prometteuse dans les AP. Elle repose sur le séquençage tumoral pour identifier des néo-antigènes propres à chaque patient, permettant la conception de vaccins sur mesure. L’évaluation de cette vaccination combinée à la chimio-immunothérapie en situation adjuvante a mis en évidence une corrélation entre la survie et l’apparition de réponses immunitaires antitumorales mesurées dans le sang8.

D’autres stratégies vaccinales ciblant des néo-antigènes partagés comme KRAS (mutation présente dans plus de 90  % des AP) se développent. La présence de réponses immunitaires T spécifiques est également observée chez les patients répondeurs9.

En parallèle, la thérapie cellulaire adoptive avec le développement de lymphocytes T génétiquement modifiés capables d’exprimer des récepteurs de cellules T (TCR) ciblant KRAS a aussi donné des résultats encourageants10.

Perspectives prometteuses

Malgré les limites actuelles de l’immunothérapie dans la prise en charge de l’adénocarcinome du pancréas, de nouvelles approches ciblant le micro-environnement tumoral et la vaccination personnalisée offrent des perspectives innovantes et prometteuses. Une meilleure compréhension des mécanismes d’échappement et une sélection des patients seront essentielles pour améliorer l’efficacité des traitements. 

Références
1. Maio M, Ascierto PA, Manzyuk L, et al. Pembrolizumab in microsatellite instability high or mismatch repair deficient cancers: Updated analysis from the phase II KEYNOTE-158 study. Ann Oncol 2022;33 (9):929‑38. https://doi.org/10.1016/j.annonc.2022.0.519.
2. Renouf D J, Loree JM, Knox JJ, et al. The CCTG PA.7 phase II trial of gemcitabine and nab-paclitaxel with or without durvalumab and tremelimumab as initial therapy in metastatic pancreatic ductal adenocarcinoma. Nature Communications 2022;13 (1):5020. https://doi.org/10.1038/s41467-022-32591-8.
3. Balachandran VP, Łuksza M, Zhao JN, et al. Identification of unique neoantigen qualities in long-term survivors of pancreatic cancer. Nature 2017; 551(7681):512‑6. https://doi.org/10.1038/nature24462
4.  Aznar MA, Good CR, Barber-Rotenberg JS, et al. Clinical and molecular dissection of CAR T cell resistance in pancreatic cancer. Cell Rep Med 2025;6(9):102301. https://doi.org/10.1016/j.xcrm.2025.102301
5. Vienot A, Pallandre JR, Renaude E, et al. Chemokine switch regulated by TGF-β1 in cancer-associated fibroblast subsets determines the efficacy of chemo-immunotherapy. OncoImmunology 2022;11(1):2144669. https://doi.org/10.1080/2162402X.2022.2144669
6. Padrón LJ, Maurer DM, O’Hara MH, et al. Sotigalimab and/or nivolumab with chemotherapy in first-line metastatic pancreatic cancer: Clinical and immunologic analyses from the randomized phase 2 PRINCE trial. Nat Med 2022;28(6):1167‑77. https://doi.org/10.1038/s41591-022-01829-9.
7. Middleton G, Silcocks P, Cox T, et al. Gemcitabine and capecitabine with or without telomerase peptide vaccine GV1001 in patients with locally advanced or metastatic pancreatic cancer (TeloVac): An open-label, randomised, phase 3 trial. Lancet Oncol 2014;15(8):829‑40.https://doi.org/10.1016/S1470-2045(14)70236-0
8. Rojas LA, Zachary Z, Soares KC, et al. Personalized RNA neoantigen vaccines stimulate T cells in pancreatic cancer. Nature 2023;61(7963):144‑50. https://doi.org/10.1038/s41586-023-06063-y
9. Pant S, Wainberg ZA, Weekes CD, et al. Lymph-node-targeted, mKRAS-specific amphiphile vaccine in pancreatic and colorectal cancer: The phase 1 AMPLIFY-201 trial. Nat Med 2024;30(2):531‑42. https://doi.org/10.1038/s41591-023-02760-3
10. Leidner R, Silva NS, Huang H, et al. Neoantigen T-cell receptor gene therapy in pancreatic cancer. N Engl J Med 2022;386(22):2112‑19. https://doi.org/10.1056/NEJMoa2119662

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