Peut-on vraiment prévenir la myopie ou freiner sa progression ? les stratégies se multiplient (mesures environnementales, atropine, lentilles souples, orthokératologie…) mais lesquelles ont vraiment fait leurs preuves ? Le Dr Pauline Eymard a présenté, aux JNMG 2026, les dernières données de la littérature à ce sujet.

La myopie est un trouble défini par une réfraction ≤ - 0,5 dioptries (D). Elle est dite forte en-dessous de - 6 D, ou quand la longueur axiale de l’œil dépasse 26 mm ; sinon, elle est légère ou modérée. Elle s’explique soit par une cornée trop cambrée – dans les atteintes légère ou modérée –, soit par un œil trop long (en cas de forte myopie). En France, selon une étude multicentrique de 2022, environ 16 % des enfants sont myopes, dont 0,5 % sont des myopes forts.

Ces dernières années, la littérature a permis de préciser l’intérêt des différents moyens préventifs et freinateurs. Le 24 septembre 2026, lors des JNMG 2026, l’ophtalmologue Pauline Eymard (hôpital Cochin, Paris), nous a éclairés sur cette question.

Prévention : plus d’extérieur, moins d’écrans

Les actions préventives sont environnementales. Une étude australienne de 2008 établit que l’augmentation du temps passé en extérieur est significativement associée à une moindre survenue de la myopie. Cela s’explique par l’exposition à la lumière naturelle, qui stimule la libération de dopamine dans la rétine et bloque ainsi l’augmentation de la longueur axiale de l’œil.

Une revue systématique de 2025 estime que chaque heure supplémentaire d’exposition quotidienne aux écrans est associée à une augmentation du risque de myopie de 21 % (odds ratio = 1,21 ; IC95 % = 1,13 - 1,30).

Verres freinateurs, orthokératologie ou atropine ?

Plusieurs interventions de freination myopique existent. Le choix doit considérer la sévérité et l’évolutivité de l’atteinte (mesure de la longueur axiale de l’œil et de l’équivalent sphérique, date et correction des anciennes lunettes), l’âge, les demandes de l’enfant (par exemple, adaptation à une pratique sportive), la présence de facteurs de risque et d’antécédents familiaux.

Les principales stratégies sont :

  • les gouttes d’atropine, qui limite l’élongation axiale de l’œil via plusieurs mécanismes d’action. Seules des préparations hospitalières sont disponibles. L’efficacité augmente de manière dose-dépendante, de même que les EI : photophobie, vision floue de près, hypersensibilité au soleil, effet rebond à l’arrêt. À l’heure actuelle, la littérature suggère que le meilleur compromis entre efficacité et tolérance est l’atropine diluée à 0,05 % ;

  • les lunettes à verres freinateurs, qui utilisent le principe de défocalisation myopique périphérique : l’image qui se forme normalement en arrière de la rétine chez l’enfant myope va se former en avant, ce qui freinerait la progression myopique ;

  • l’orthokératologie, qui repose sur le port de lentilles rigides la nuit remodelant la cornée et imposant ainsi une défocalisation myopique périphérique. Elle est surtout utile dans la myopie légère ou modérée, chez des patients jeunes au sommeil stable (> 6 h) ; elle est particulièrement appropriée pour les sportifs. La Société française des ophtalmologistes adaptateurs de lentilles de contact répertorie, dans un annuaire, ses membres qui la pratiquent ;

  • les lentilles souples freinatrices, à porter de jour. Elles induisent une défocalisation myopique périphérique et sont associées à un risque de kératite infectieuse plus important que l’orthokératologie ;

  • les lentilles rigides freinatrices de jour. Peu utilisées, elles sont plutôt employées en cas de myopie forte. Elles ne sont pas forcément moins confortables que les lentilles souples, et ont une meilleure perméabilité à l’oxygène et un moindre risque infectieux.


En 2025, ces méthodes ont fait l’objet d’une revue systématique avec méta-analyse par la Cochrane. Les niveaux de preuves les plus importants concernent l’atropine à haute dose, à l’efficacité reconnue mais inutilisée en pratique du fait de sa mauvaise tolérance, l’orthokératologie et les lentilles souples. Les autres méthodes disposent encore d’un faible niveau de preuves.

Les meilleurs résultats sur la longueur axiale à 2 ans sont obtenus par ordre décroissant par l’orthokératologie, l’atropine à haute dose (≥ 0,5 %) et à dose modérée (0,1 - 0,5 %), l’association orthokératologie / atropine, les verres freinateurs, l’atrophie à faible dose (< 0,1 %), les lentilles souples puis rigides. Concernant l’amélioration de l’équivalent sphérique à 2 ans, les meilleures méthodes sont l’atropine à haute dose, suivie par l’atropine à dose modérée, les verres freinateurs, l’atropine à faible dose, les lentilles souples puis rigides.

Qu’en retenir ?

  • Il est pertinent de dépister annuellement les troubles de la réfraction chez l’enfant sous cyclopégie (cyclopentolate de préférence, voire atropine avant l’âge scolaire), surtout en présence de symptômes visuels (plainte en vision de loin) ou de facteurs de risque.

  • Les mesures préventives sont l’augmentation du temps passé en extérieur et la limitation de l’exposition aux écrans ; cependant, elles ont peu d’impact sur la progression myopique.

  • Plusieurs stratégies freinatrices sont disponibles : lunettes avec verres freinateurs, orthokératologie, atropine à faible dose, lentilles de jour.


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