Une vaste étude de cohorte prospective, menée sur près de 30 000 Suédois suivis pendant 25 ans, a évalué le lien entre consommation quotidienne de fromages (plus ou moins gras) et risque ultérieur de démence. Les résultats sont surprenants !

En raison du vieillissement de la population, le nombre de cas de démence dans le monde devrait plus que doubler en 30 ans, passant d’environ 57 millions en 2019 à 153 millions en 2050, estime un article du Lancet Public Health . Face à cette perspective préoccupante, la meilleure stratégie reste la prévention en jouant sur des facteurs de risque modifiables, parmi lesquels l’alimentation.

Dans l’alimentation occidentale traditionnelle, les produits laitiers (dont le fromage) jouent un rôle important. Leur association avec plusieurs troubles et maladies a donc été étudiée, et un article synthétisant la littérature scientifique sur les bénéfices et risques pour la santé de la consommation de fromage est paru en septembre 2025 dans nos colonnes.

« Dans le cadre d’une alimentation et d’une hygiène de vie saines, il est maintenant avéré que la consommation de fromage est neutre, voire protectrice vis-à-vis des maladies cardiovasculaires et n’augmente pas le risque d’obésité, d’hypertension artérielle ou de diabète de type 2 », précisent les auteurs de cette synthèse. Cependant, ils notent aussi que l’effet de la consommation de produits laitiers et de fromage sur les maladies neurodégénératives reste mal connu, avec des résultats contradictoires selon les produits laitiers et la population étudiés dans les quelques études menées.

Une alimentation finement évaluée à l’inclusion

Pour éclairer cet angle mort, des épidémiologistes de l’Université de Lund (Suède) et de l’Université de Lanzhou (Chine) ont utilisé les données d’une cohorte prospective suédoise. Intitulée Malmö diet and cancer, cette dernière a recruté à Malmö (Suède) des participants de 45 - 73 ans entre 1991 et 1996, avec pour objectif principal d’étudier la relation entre alimentation occidentale et risque subséquent de cancer.

Les participants ont passé le processus d’inclusion, qui comportait une visite médicale avec prise de sang et mesures anthropométriques, ainsi que 3 items à remplir : un questionnaire auto-administré sur les caractéristiques sociodémographiques et le mode de vie, un questionnaire de fréquence alimentaire, et un carnet de bord des consommations alimentaires sur 7 jours. Deux semaines après cette première visite, la 2e consultation d’inclusion comportait un entretien complémentaire de 45 - 60 minutes sur l’alimentation. Les personnes incapables de compléter les questionnaires à cause de la barrière linguistique ou d’un trouble cognitif ont été exclus.

Les catégories de produits laitiers évaluées, subdivisées par un seuil entre produits riches ou pauvres en matières grasses, étaient le lait (fermenté [yahourt par exemple] ou non) [seuil de 2,5 % de matières grasses], la crème (30 %), le fromage (20 %) et le beurre.

Pour leur étude actuelle, les chercheurs ont identifié parmi ces sujets les cas de démence déclarés entre l’inclusion et 2020 grâce au registre national suédois. Le critère de jugement principal était la démence toutes causes confondues ; les critères secondaires étaient la maladie d’Alzheimer et la démence vasculaire. Les hazard ratio (HR) ont été évalués par des modèles de Cox, ajustés sur les principaux facteurs confondants (âge sexe, apport énergétique total, niveau d’éducation, situation conjugale, activité physique de loisir, tabagisme, consommation d’alcool, IMC, hypertension, qualité de l’alimentation, etc.).

Diminution du risque de démence de 13 %

Les résultats sont parus le 17 décembre 2025 dans Neurology. Il y a 27 670 individus dans l’analyse finale (âge moyen ± écart-type = 58,1 ± 7,6 ans ; 61 % de femmes). À l’issue d’un suivi médian de 25 ans, 3 208 cas de démence ont été repérés.

Par rapport aux petits consommateurs de fromage gras (> 20 % de matières grasses), les gros consommateurs (≥ 50 g/jour) avaient une réduction du risque de démence toutes causes confondues (HR = 0,87 ; IC95 % = [0,78 ; 0,97]) et du risque de démence vasculaire (HR = 0,71 ; [0,52 ; 0,96]). Toutefois, ces derniers avaient aussi un niveau d’éducation plus élevé que les plus faibles consommateurs, une observation cohérente avec ce que l’on sait de la consommation de fromage, positivement corrélée au niveau socioéconomique. Ils avaient aussi un moindre IMC, et moins de diabète et d’HTA.

À l’inverse, les consommations de fromage maigre, de crème légère, de beurre et de lait (qu’il soit fermenté ou non, riche en graisses ou non) n’étaient pas associées avec la démence toutes causes confondues.

Différences de composition

« Il est possible qu’une consommation plus élevée de fromage riche en matières grasses serve de marqueur de substitution d’une alimentation ou d’un mode de vie plus sains, d’un meilleur état de santé ou d’autres facteurs confondants protecteurs », notent les scientifiques. Cependant, ils soulignent que les résultats finaux prennent en compte les facteurs de confusion déjà cités.

« Nous émettons l’hypothèse que les différences en termes de teneur en matières grasses, d’autres nutriments (par exemple, la vitamine K2) et de matrice alimentaire entre les fromages riches en matières grasses et ceux pauvres en matières grasses pourraient expliquer l’association protectrice observée », indiquent les auteurs.

Cependant, ils avertissent également de l’existence de plusieurs limites dans leur travail : sa nature observationnelle, empêchant l’établissement d’une causalité ; le fait que l’alimentation n’a été évaluée qu’à l’inclusion, occultant d’éventuels changements ultérieurs des habitudes alimentaires ; l’absence d’évaluation cognitive des participants à l’inclusion ; la possibilité que des cas de démence soient passés inaperçus dans les registres ; enfin, la difficulté à généraliser des résultats concernant uniquement la Suède.

Référence
Du Y, Borné Y, Samuelsson J, et al. High- and Low-Fat Dairy Consumption and Long-Term Risk of Dementia: Evidence From a 25-Year Prospective Cohort Study.  Neurology 2025;106(2):e214343.
Pour en savoir plus :
Laithier C, Coulon JB, Vuitton DA, et al. Bénéfices et risques pour la santé de la consommation de fromage.  Rev Prat 2025;75(7):779-86.

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