Les personnes qui ont déjà été atteintes de Covid-19 reçoivent, selon les recommandations actuelles en France, une seule dose de vaccin. Une proportion de ces patients, jusqu’à 20 % selon des études, aurait encore des séquelles plusieurs semaines, voire plusieurs mois, après l’infection aiguë – le « Covid long ». La vaccination améliore-t-elle ces symptômes ou au contraire peut-elle les aggraver ?

 

Les mécanismes virologiques et immunologique impliqués dans le Covid long n’étant pas élucidés, l’hypothèse que la vaccination pourrait aggraver les symptômes de ces patients via une surstimulation du système immunitaire ne peut pas être exclue. Cette incertitude peut entraîner une réticence à la vaccination chez les personnes touchées.

Au mois de mars, les premières tendances ont été révélées par une enquête en ligne réalisée par l’association « Survivor Corps » qui regroupait de nombreux patients souffrant de Covid long aux États-Unis : sur 450 participants, près de 40 % avaient reporté une amélioration des symptômes (fatigue, céphalées, dyspnée, « brouillard cérébral », troubles du sommeil, symptômes gastro-intestinaux, anxiété…) après avoir reçu une dose de vaccin.

Tout récemment (le 25 mai 2021), les résultats d’une étude menée au Royaume-Uni ont été publiés dans les Annals of Internal Medecine : 163 patients admis dans un hôpital britannique pour Covid ont été recrutés de façon prospective et suivi pendant 8 mois. Toutes les 12 semaines, ils ont été examinés et ont rempli un questionnaire de qualité de vie. Les participants ayant des symptômes persistants à 8 mois et ayant été vaccinés entre janvier et février 2021 avec Pfizer ou AstraZeneca ont été inclus dans cette analyse (au total 44 patients).

Un mois après la vaccination (1 seule dose de vaccin), qualité de vie, bien-être mental et symptômes persistants ont été réévalués chez ces patients. Notons que ces derniers ont été invités à confirmer le statut vaccinal seulement après l’évaluation des symptômes (afin de minimiser les biais liés à une association perçue entre l’évaluation et la vaccination) ; ils ont ensuite été interrogés sur les effets indésirables liés au vaccin.

Les patients avaient de nombreux symptômes persistants à 8 mois (159 au total), en moyenne 4 par patient ; en tête de liste : la fatigue (75 %), l’essoufflement (61 %) et l’insomnie (53 %). Juste avant vaccination, la qualité de vie était nettement réduite par rapport à celle de la population générale.

Environ 30 jours après l’administration d’une dose de vaccin, parmi les 159 symptômes signalés avant la vaccination, 37 (23,2 %) s’étaient améliorés, 9 (5,6 %) s’étaient aggravés et 113 (71,1 %) étaient inchangés. Il n’y a pas eu d’aggravation significative des paramètres de qualité de vie et de bien-être mental avant versus après la vaccination.

Une proportion importante des participants (72 %) ont signalé des effets systémiques transitoires (< 72 heures) – surtout fièvre (44 %), myalgies (22 %) maux de tête (19 %) –, effets indésirables classiques de ces vaccins. Aucune différence n’a été retrouvée entre Pfizer et AstraZeneca.

Cette étude étant observationnelle et réalisée sur un faible effectif, elle ne permet pas de tirer des conclusions définitives sur l’effet de la vaccination sur les manifestations du Covid long, mais ces données sont rassurantes : l’administration d’un vaccin à ARN messager ou à vecteur adénoviral ne semble pas être associée à une détérioration du bien-être mental ou de la qualité de vie ni à une aggravation des symptômes. La vaccination aurait donc toute sa place, d’autant plus que les études montrent qu’une dose de vaccin chez les patients ayant déjà eu la Covid permet de générer une très bonne réponse antivirale (encore plus importante qu’après un schéma à deux doses chez une personne n’ayant jamais rencontré le virus), également contre les variants circulant actuellement.

Quant aux possibles effets sur l’amélioration des symptômes, à confirmer par des études plus vastes, ils pourraient être liés à plusieurs mécanismesEn premier lieu, si le Covid long est dû à des réservoirs viraux persistants chez les malades longtemps après l’infection aiguë, la réponse immunitaire induite par le vaccin pourrait les éliminer, réduisant par là-même les symptômes qu’ils causent. En effet, selon une étude française récente, le SARS-CoV-2 peut persister au sein de l’épithélium olfactif pendant plusieurs mois chez certains patients ayant un Covid long.

Une hypothèse également évoquée par les chercheurs pour expliquer les manifestations du Covid long est le rôle de certains auto-anticorps. La vaccination pourrait permettre alors de contrecarrer leur production et restaurer une réponse immunitaire « normale ». Autant de pistes à explorer…

Pour en savoir plus :

Goodman B. Some With Long COVID See Relief After Vaccination. Medscape Medical News 17 mars 2021.

Arnold DT, Milne A, Samms E, et al. Symptoms After COVID-19 Vaccination in Patients With Persistent Symptoms After Acute Infection: A Case Series. Annals of Internal Medecine 25 mai 2021.

Nobile C. Après un épisode de Covid, une dose de vaccin est-elle suffisante pour protéger contre les variants ? Rev Prat (enligne), 19 avril 2021.

Can a COVID-19 Vaccine Improve Symptoms for People with Long COVID ? Health News 27 mai 2021.

Dias de Melo G, Lazarini F, Levallois S, et al. COVID-19-related anosmia is associated with viral persistence and inflammation in human olfactory epithelium and brain infection in hamsters. Science Translational Medecine 3 mai 2021.

Nobile C. Covid long : la piste des autoanticorps. Rev Prat (en ligne), janvier 2021.

Figures et tableaux