Le RGO est une pathologie fréquente, que l’on traite en première intention sur des arguments cliniques. La prise en charge dépend de la fréquence des symptômes. Cette fiche aborde la conduite à tenir en MG et démonte certaines idées reçues.

Le reflux gastro-œsophagien (RGO) désigne le passage intermittent ou permanent d’un contenu gastrique dans l’œsophage. Physiologique, il est bref et essentiellement postprandial. Il devient pathologique lorsque les reflux, fréquents et/ou prolongés, induisent des symptômes et/ou des lésions endoscopiques. Un Français sur dix en souffrirait.

Comment faire le diagnostic ?

Le diagnostic de RGO, clinique, repose sur la présence de pyrosis et de régurgitations. La douleur typique est à type de brûlure, à point de départ épigastrique, ascendante, rétrosternale, généralement associée à des régurgitations acides. Elle est favorisée par la position penchée en avant ou le décubitus. Attention : il n’y a aucun lien entre la sévérité des symptômes et la présence de lésions œsophagiennes en endoscopie.

Les explorations complémentaires (endoscopie œsogastroduodénale [EOGD] puis éventuellement pH-métrie) sont utiles essentiellement en cas de signes d’alerte (encadré), symptômes atypiques, échec du traitement ou rechute à l’arrêt du traitement, pour rechercher une autre pathologie. Les diagnostics différentiels, qui vont de l’achalasie du sphincter inférieur de l’œsophage – identifiée par la manométrie œsophagienne –au pyrosis fonctionnel – identifié par la pH-métrie des 24 heures –, sont listés dans le tableau ci-contre.

L’EOGD est également recommandée pour dépister des complications du RGO chez les plus de 50 ans ayant un ou plusieurs facteurs de risque d’adénocarcinome œsophagien : obésité, tabagisme, antécédent familial au premier degré d’œsophage de Barrett ou d’adénocarcinome œsophagien.

Comment traiter ?

La prise en charge dépend de la fréquence des symptômes. L’objectif est de supprimer la douleur, obtenir la cicatrisation des lésions éventuelles d’œsophagite et prévenir les récidives.

Mesures non médicamenteuses

Les traitements non médicamenteux ont fait la preuve de leur efficacité et sont à encourager :

  • perte de poids : diminue le temps d’exposition à l’acide de l’œsophage chez les patients en surpoids ;

  • prise du dîner à distance de l’heure du coucher (3 h) ;

  • surélévation de la tête du lit et sommeil en décubitus latéral gauche.


On conseille aux patients d’éviter les repas trop gras et trop caloriques, de réduire la consommation de café, thé, sodas, d’arrêter le tabac et de supprimer les aliments qui ont été identifiés par chaque individu comme pouvant générer des troubles (ex : vin blanc). Mais attention : la plupart des aliments perçus au goût comme acides et donc souvent considérés par les patients comme à éviter ne le sont pas. Au contraire, cette stratégie aboutit à des régimes restrictifs qui enferment le patient dans ses symptômes et dans son trouble.

Traitements médicamenteux

  • En cas de symptômes épisodiques ( 1 fois/semaine)  :

  • acide alginique – bicarbonate de sodium, 3 fois/j, matin, midi et soir après chacun des repas ;

  • IPP demi-dose à la demande ou anti-H2 ;

  • En cas de symptômes plus réguliers (> 1 fois/semaine) :

  • IPP demi-dose (ésoméprazole 20 mg, lansoprazole 15 mg, pantoprazole 20 mg, oméprazole 10 mg, rabéprazole 10 mg) 1 fois/j pendant 4 semaines, à prendre le matin à jeun (30 - 60 min avant le petit déjeuner) ;

  • En cas d’inefficacité :

  • passer à double dose d’IPP en 2 prises ;

  • changer l’IPP ;

  • ajouter un alginate ou un anti-H2.


En cas de résistance au traitement, prescrire une EOGD.

Savoir déprescrire

Le RGO est une maladie chronique et fluctuante dans le temps : débuter un traitement pour quelques mois à l’occasion de symptômes majorés dans une période de stress ou de prise de poids ne signifie pas qu’il devra être poursuivi à vie.

Compte tenu des possibles effets indésirables des IPP sur le long terme, leur prescription doit donc être réévaluée régulièrement, notamment chez les sujets âgés. Pour aider les praticiens, une fiche outil « Inhibiteurs de la pompe à protons (IPP) pour les personnes de plus de 75 ans et aide à la déprescription » a été élaboré par la SFGG (Société française de gériatrie et gérontologie) .

Encadre

Encadré. Drapeaux rouges : les signes d’alarme du reflux gastro-œsophagien.

Les drapeaux rouges du reflux gastro-œsophagien sont d’abord les signes d’alarme qui doivent faire réaliser une EOGD avant même d’envisager un test thérapeutique. Ces critères, précisés par la Haute Autorité de santé en 2001, incluent :

  • un âge supérieur à 50 ans : le RGO est une pathologie qui débute chez l’enfant et le jeune adulte. Un début des symptômes après 50 ans est inhabituel et doit faire redouter un diagnostic différentiel, en particulier une sténose œsophagienne, notamment d’origine tumorale ;

  • un amaigrissement : souvent, le patient qui consulte pour des symptômes de reflux est en surpoids ou obèse, l’excès alimentaire et l’obésité abdominale augmentant le risque de RGO. Quand il est de poids normal, il fractionne spontanément les repas et grignote au fil de la journée, pour éviter la réplétion gastrique complète qui favorise le reflux. Il est, en revanche, tout à fait inhabituel qu’un patient évite la prise alimentaire et/ou maigrisse s’il est atteint de RGO ;

  • une dysphagie : bien que de nombreux reflueurs rapportent une dysphagie occasionnelle en lien avec leur hernie hiatale ou un péristaltisme œsophagien inefficace, la dysphagie pose toujours l’indication d’une EOGD rapide ;

  • une hémorragie digestive ou une anémie ferriprive : il est ici question d’éliminer un cancer de l’œsophage mais également une œsophagite sévère qui pourrait nécessiter un traitement par IPP spécifique tant par la dose (double) que par la durée (8 semaines en théorie, souvent au long cours en pratique).

D’après : Barret M. Reflux gastro-œsophagien. Rev Prat Med Gen 2024 ;38(1091) :453 - 7.

Pour en savoir plus
Joubert H, Zerbib F, Cordet F. Reflux gastro-œsophagien. Société nationale française de gastro-entérologie (SNFGE) Février 2018.
Dermine S. Reflux gastro-œsophagien de l’adulte.  Douleurs Eval Diag Trait 2025;26(2):112-3.
Nobile C. IPP : mieux prescrire et moins longtemps.  Rev Prat (en ligne) 18 octobre 2022.
SFGG. Fiche outil : inhibiteurs de la pompe à protons (IPP) pour les personnes de plus de 75 ans et aide à la déprescription. Linkedin, avril 2026.
Barret M. Reflux gastro-œsophagien.  Rev Prat Med Gen 2024;38(1091):453-7.

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