Pour la première fois, une étude randomisée a comparé la stimulation transcutanée auriculaire du nerf vague (taVNS) à une stimulation factice dans le traitement de la rosacée érythématotélangiectasique. Les résultats sont parus en octobre 2025 dans le JAMA Dermatology.

Maladie dermatologique faciale chronique et fréquente, la rosacée touche 1 à 6 % de la population en France. Forme vasculaire permanente de la maladie, la rosacée érythématotélangiectasique en est le sous-type le plus fréquent (51 - 62 % des cas, selon une méta-analyse de 2022). Elle associe un érythème facial permanent à des télangiectasies (couperose) touchant certaines régions du visage : joues, nez, mention, partie médiane du front. Elle peut s’accompagner de bouffées vasomotrices.

Son étiologie est mal comprise et multifactorielle, impliquant peut-être la neuro-inflammation. Des facteurs psychologiques pourraient sous-tendre sa progression et sa récidive. Stigmatisante, la rosacée affecte la qualité de vie, avec des conséquences psychiques et sociales importantes : diminution de l’estime de soi, peur des relations sociales, risque accru d’anxiété et de dépression.

L’éventail des traitements reste pourtant maigre :

  • mesures hygiénodiététiques supprimer les facteurs favorisants, rafraîchir le visage/la bouche) ;
  • laser contre les télangiectasies (laser KTP, à colorants pulsés, Nd-Yag) ;
  • brimonidine 0,33 % en gel pour diminuer la rougeur (efficace quelques heures, mais à prescrire avec parcimonie en raison d’effets rebond : rougeur paradoxale, prurit, etc.).

Une nouvelle technique qui intéresse

Dans ce contexte, des dermatologues du Southwest Hospital de Chongqing (Chine) se sont intéressés à la stimulation transcutanée auriculaire du nerf vague (ou taVNS, pour transcutaneous auricular vagus nerve stimulation), une neurostimulation non invasive développée à partir des années 2010. « Très sécurisée, rentable et facile à mettre en œuvre » selon les auteurs, elle consiste à délivrer un faible courant électrique au rameau auriculaire du nerf vague au niveau de la cymba conchae  (partie supérieure de la conque au-dessus de la racine de l’hélix).

Grâce à ses effets anti-inflammatoires et/ou d’augmentation de la neuromodulation monoaminergique, cette stimulation vagale a fait ses preuves ou est déjà étudiée dans plusieurs atteintes complexes : dépression et migraine pharmacorésistantes – corrélées avec la rosacée –, mais aussi épilepsie, algie vasculaire de la face, MICI, arthrose des mains, etc.

Après une étude pilote concluante menée en 2024 sur une seule patiente, avec amélioration importante des symptômes anxieux et de l’atteinte vasculaire après 6 mois, les auteurs ont organisé le premier essai randomisé contrôlé évaluant la taVNS contre une intervention placebo.

3 semaines de stimulation réelle ou factice

L’essai randomisé en double aveugle, monocentrique, a mené ses inclusions de février à août 2024. Les participants, adultes, devaient souffrir depuis au moins 6 mois de rosacée érythématotélangiectasique – c’est-à-dire caractérisée par des bouffées vasomotrices faciales et un érythème persistant, selon les critères internationaux ROSCO 2017 (voir tableau 1). Leur score initial CEA (voir tableau 2), une évaluation clinique de l’érythème allant de 0 à 4, devait être ≥ 2.

Les critères d’exclusion comportaient :

  • les autres formes de rosacée (papulopustuleuse, hypertrophique [présence de phyma], oculaire) ;
  • la prise de médicaments contre la rosacée dans le mois précédent ;
  • une thérapie par laser dans les 6 mois précédents ;
  • la présence d’autres maladies dermatologiques faciales ;
  • une maladie grave.

Tous les patients éligibles ont été assignés en ratio 1 :1 à recevoir pendant 3 semaines soit la taVNS (1 session supervisée de 30 mins/jour, avec impulsions électriques de fréquence 30 Hz, de largeur d’impulsion 200 μs, et d’intensité modulable [1,5 - 25 mA]), soit une intervention placebo (1 session factice supervisée de 30 mins/jour, avec arrêt des impulsions après 25 secondes). Il y a eu ensuite un suivi de 24 semaines sans traitement autorisé.

Les patients ont été évalués à l’inclusion et aux semaines 1, 2, 3, 15 et 27 pour le score CEA, mais aussi pour le score d’évaluation de l’érythème par le patient (PSA) [voir tableau 2]. Les visites de suivi portaient aussi sur les effets indésirables, les symptômes vasomoteurs faciaux (score GFSS- 9, allant de 0 [absence] à 10 [extrême]), et les comorbidités d’intérêt. Ces dernières, évaluées par des scores remplis par les patients, étaient les suivantes :

  • migraine (évaluation de l’intensité de la céphalée dans les dernières 24 h sur une échelle visuelle analogique [EVA] allant de 0 à 10) ;
  • qualité du sommeil (score ISI- 7, allant de 0 à 28 ; un score ≥ 8 indique un trouble du sommeil) ;
  • anxiété (score GAD- 7, allant de 0 à 21 ; un score ≥ 5 indique une anxiété, légère à sévère) ;
  • dépression (score PHQ- 9, allant de 0 à 27 ; un score ≥ 10 indique une dépression, légère à sévère) ;
  • fatigue (score FSS- 9, allant de 9 à 63 ; un score ≥ 36 suggère un état de fatigue).

Le critère de jugement principalétait le score CEA après les 3 semaines de traitement. Les critères secondaires, exploratoires, incluaient la sévérité de l’érythème et des bouffées vasomotrices au cours du traitement, et l’évolution des comorbidités précédentes pendant le suivi.

Amélioration des critères évalués

Les résultats sont parus le 8 octobre 2025 dans le JAMA Dermatology . 72 participants ont été randomisés (âge [écart interquartile] = 29,5 ans [24,0 - 36,0] ; 93,1 % de femmes), avec 36 personnes dans chaque groupe. Après les 3 semaines, le score CEA moyen était significativement plus bas dans le groupe taVNS que dans le groupe placebo (respectivement, CEA [écart-type] = 1,56 [0,84] vs 2,47 [0,81] ; différence moyenne entre les 2 groupes = - 0,92 ; IC95 % = [- 1,3 ; - 0,53] ; p  0,001).

À noter, cette amélioration n’est peut-être pas cliniquement significative, le minimum d’amélioration cliniquement pertinente du CEA étant souvent fixé à 1 dans les essais cliniques sur la rosacée.

À 3 semaines, la taVNS était aussi associée à une réduction de l’appréciation par le patient de son érythème (différence moyenne du score PSA = - 0,97 [- 1,36 ; - 0,58] ; p  0,001), des symptômes vasomoteurs (différence moyenne du GFSS- 9 = - 2,36 [- 3,43 ; - 1,29] ; p  0,001), et des différentes comorbidités précédemment évoquées (toujours avec p  0,001).

À ce stade, plusieurs comorbidités semblaient s’améliorer de manière significative dans le groupe traité par rapport au groupe placebo : la migraine, la qualité du sommeil, l’anxiété, la dépression et la fatigue. Cependant, ces critères secondaires étant exploratoires, l’essai ne permettait pas de conclure sur l’intérêt de la taVNS dans les comorbidités. En effet, les critères exploratoires ne peuvent être utilisés que pour rechercher un signal statistique à des fins de recherche ultérieure.

Maintien des effets

L’amélioration statistiquement significative des critères de jugement dans le groupe traité versus placebo a persisté, voire s’est amplifiée pendant le suivi jusqu’à la 27e semaine. À cette dernière visite, tous les critères évalués montraient une différence entre groupes statistiquement significative (p  0,001).

Les effets indésirables étaient rares, non graves et de fréquence similaire entre groupes.

Quelques limites

Pour les auteurs, ce premier essai randomisé montre que la taVNS améliore rapidement et durablement (sur 6 mois) les symptômes et les comorbidités de la rosacée érythématotélangiectasique, ce qui en fait potentiellement « une nouvelle option thérapeutique ».

Pour autant, l’étude présente plusieurs limites :

  • son faible échantillon et son design monocentrique empêchent les conclusions cliniques sur les comorbidités ;
  • l’effet de la taVNS sur les autres formes de rosacée et sur les patients déjà traités reste à évaluer ;
  • l’incertitude quant à l’efficacité du double aveugle ;
  • un suivi des comorbidités basé uniquement sur l’autoévaluation des patients.

Références
Li J, Wei J, Zhang M, et al. Transcutaneous Auricular Vagus Nerve Stimulation Treatment for Erythematotelangiectatic Rosacea: A Randomized Clinical Trial.  JAMA Dermatol 2025;161(12):1229-37.
Collège des enseignants en dermatologie de France. Item 111. Dermatoses faciales : acné, rosacée, dermatite séborrhéique.  Ann Dermatol Vénéréol FMC 2023;3(7):465-75.
Trouche F, Ronjat L. Tout savoir sur la rosacée. Dermato Info, 15 juillet 2025.
Pour en savoir plus :
Nobile C. Rosacée : traiter chaque symptôme.  Rev Prat (en ligne) 13 mars 2025.

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