Au-delà des situations très à risque pour lesquelles le dosage de la vitamine D est recommandé, faut-il prescrire une supplémentation en population générale ? Les recommandations ont évolué récemment, à la fois chez les adultes et les enfants, avec parfois des messages contradictoires. Le point pour s’y retrouver.

Population adulte

Le statut en vitamine D ne peut être estimé que par le taux sanguin de 25(OH)D. Mais son dosage est recommandé – et remboursé – par la HAS uniquement dans certaines situations à risque : suspicion de rachitisme, d’ostéomalacie, transplantation rénale, chirurgie bariatrique, personnes âgées à risque de chute (encadré 1). 

En population générale, en l’absence de remboursement de cet examen, il se pose la question de l’intérêt (ou pas) de la supplémentation : une prescription systématique équivaudrait à supplémenter une proportion non négligeable de personnes qui n’en ont probablement pas besoin ; inversement, ne supplémenter personne conduirait à « oublier » près d’un tiers de la population qui pourrait en bénéficier. En effet, selon l’étude Esteban 2014-2016, 6,5 % de la population générale adulte en France aurait une carence en vitamine D (< 10 ng/mL) et 28 % aurait un déficit modéré (< 20 ng/mL). 

Le Groupe de recherche et d’information sur les ostéoporoses (GRIO) et un consensus d’experts et de sociétés savantes nationales françaises proposent donc de cibler la supplémentation chez les patients qui ont un ou plusieurs facteurs de risque d’hypovitaminose D : personnes âgées, dépendantes, obèses, vivant en Ehpad, faisant peu d’activité en extérieur ou portant de vêtements couvrants. Durant la période hivernale (novembre-début avril) – qui est en soi un facteur de risque de déficit en vitamine D –, la supplémentation est proposée à l’ensemble de la population générale.

Quelle dose ?

La supplémentation en vitamine D3 (cholécalciférol) à petites doses à intervalles courts semble être une méthode plus bénéfique en termes de stabilité de la concentration sanguine de 25(OH)D que les forte doses à intervalles longs : soit 1 000 UI/jour (ce dosage, qui semble être optimal selon des données récentes, est disponible sous forme de capsule depuis début 2022) ; soit 50 000 UI/mois (si meilleure observance, par exemple). 

En pratique, les experts cités ci-dessus recommandent les dosages suivants : 

  • 1 000 UI/jour ou 50 000 UI/mois toute l’année chez les sujets à risque d’hypovitaminose D ;
  • 1 000 UI/jour ou 50 000 UI/mois pendant l’hiver chez les personnes sans facteur de risque ;
  • 2 000 UI/jour ou 100 000 UI/mois chez les patients obèses.

 

Les autorités de santé ne se sont pas encore prononcées sur ces recos. Tout récemment, le Haut Comité de santé publique a rendu un avis (datant de juin et publié en septembre 2022) faisant suite à une saisine de la Direction générale de la santé, pour évaluer l’intérêt des mesures de supplémentation et, si nécessaire, guider leur élaboration. Sa position est plus « conservatrice ». Pour assurer un statut vitaminique optimal en population générale, il préconise de privilégier « un mode de vie sain » : exposition solaire modérée mais suffisante et compatible avec la prévention des cancers cutanés, consommation d’aliments riches en vitamine D (poissons gras une fois par semaine ; œufs, fromages et produits laitiers, deux portions par jour), tout en évitant l’autoprescription de compléments alimentaires riches en cette vitamine. 

Pour les populations identifiées à risque de carence vitamine D, il indique également « ne pas disposer de données scientifiques suffisantes pour recommander une supplémentation systématique » dans ces groupes à risque. On reste donc sur sa faim !

Enfants et adolescents

Les sociétés de pédiatrie ont élaboré un nouveau consensus en 2022. Ils recommandent les modalités suivantes :

Entre 0 et 2 ans

400 à 800 UI par jour de vitamine D2 ou D3. Pas d’apport différent selon que l’enfant soit en allaitement maternel ou non.

Entre 2 et 18 ans

  • En l’absence de facteur de risque

 

Entre 400 et 800 UI par jour de vitamine D2 ou D3 (recommandée +++).

 

Si observance douteuse, remplacer par une supplémentation par vitamine D3 : 50 000 UI tous les trimestres ou alors 2 doses de 80 000-100 000 UI sur la période automne-hiver.

  • En présence de facteurs de risque (obésité, peau noire, absence d’exposition solaire, régime végétalien)

 

Entre 800 et 1 600 UI par jour de vitamine D2 ou D3 (recommandé +++).

 

Si observance douteuse, remplacer par une supplémentation par vitamine D3 : 50 000 UI toutes les 6 semaines ou 80 000 à 100 000 UI tous les trimestres.

Plusieurs médicaments administrés sous forme de gouttes sont disponibles.

Pour rappel, les compléments alimentaires à base de vitamine D ne sont pas recommandés, car leur utilisation non supervisée est associée à un risque d’intoxication, avec des conséquences graves notamment chez les nourrissons (cf. alerte de l’ANSM). En effet, ils peuvent contenir des concentrations en vitamine D très élevées (jusqu’à 10 000 UI par goutte) et/ou d’autres vitamines ou du calcium à forte dose.

Encadre

Quand doser la vitamine D ?

Le statut en vitamine D ne peut être estimé que par le taux sanguin de 25(OH)D. Son dosage n’est recommandé par la HAS – et remboursé – que dans 6 situations cliniques :

  • suspicion de rachitisme ;
  • suspicion d'ostéomalacie ;
  • au cours d'un suivi ambulatoire de l'adulte transplanté rénal au-delà de trois mois après transplantation ;
  • avant et après une chirurgie bariatrique ;
  • lors de l'évaluation et de la prise en charge des personnes âgées sujettes aux chutes répétées ;
  • pour respecter les résumés des caractéristiques du produit (RCP) des médicaments préconisant la réalisation du dosage de vitamine D (corticoïdes à forte dose, anti-aromatase, analogues de la GnRH, etc.) ;

Chez ces patients, le dosage de la 25(OH)D est recommandé, au moment du diagnostic (afin de corriger de manière personnalisée un éventuel déficit) et après 3 à 6 mois de traitement pour ajuster la posologie.

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