Une étude sur la cohorte française NutriNet-Santé a évalué le lien entre le moment, la fréquence et le contenu des repas et l’incidence du syndrome métabolique. Publiés en mai 2026 dans Scientific Reports, les résultats montrent l’importance du timing des prises alimentaires, avec toutefois des différences entre les femmes et les hommes.

Le syndrome métabolique correspond à l’association de plusieurs facteurs de risque qui augmentent la probabilité de maladies CV et de DT2 : obésité abdominale, dyslipidémie, HTA, hyperglycémie (encadré). Touchant près d’un quart de la population adulte en Europe, sa prévention et sa prise en charge reposent sur les mesures hygiénodiététiques (alimentation, activité physique), associées si besoin aux médicaments.

Au cours des deux dernières décennies, un nombre croissant de données issues d’études précliniques, observationnelles et interventionnelles ont suggéré que l’horaire, la fréquence et la régularité des repas peuvent influencer la santé métabolique, indépendamment de la qualité de l’alimentation. Cependant, les travaux chez l’être humain restent peu concluants, en raison de l’hétérogénéité des études et du manque de travaux prospectifs.

Plus de 16 000 adultes suivis sur deux ans

Des épidémiologistes de l’Inserm et de l’Inrae ont analysé la grande cohorte française observationnelle NutriNet-Santé. Lancée en 2009, elle regroupe des volontaires adultes remplissant à l’inclusion (et régulièrement ensuite) des questionnaires détaillés sur leurs habitudes alimentaires et leurs caractéristiques sociodémographiques et cliniques.

Les chercheurs ont utilisé les données remplies par 16 436 d’entre eux (72 % de femmes, âge moyen de 51,3 ans ± 13,7) ayant passé un examen clinicobiologique dans le cadre de NutriNet-Santé en 2011 - 2014. Le délai entre l’inclusion dans la cohorte et cet examen était en moyenne de 2,1 ans. Lors de ce rendez-vous, un syndrome métabolique était diagnostiqué suivant les critères en encadré. Les participants ont été classés en 3 groupes de « chrononutrition »  : type 1 (horaires de repas tardifs, prises alimentaires fréquentes et repas léger voire grignotage le soir), 2 (premier repas tardif, dernier repas riche en énergie) et 3 (premier repas riche en énergie).

Les analyses statistiques ont évalué l’association entre le risque de syndrome métabolique à l’examen et diverses variables : l’heure du premier et du dernier repas de la journée, le nombre de repas, la durée du jeûne nocturne, le jetlag alimentaire, le pourcentage de l’apport énergétique quotidien consommé après 17 h, et le type de chrononutrition. Elles ont pris en compte les principaux facteurs de confusion : âge, sexe, niveau d’éducation académique, revenus, statut marital et professionnel, IMC, consommation d’alcool et de tabac, niveau d’activité physique, apport énergétique total, composition nutritionnelle de l’alimentation, chronotype et durée de sommeil.

Des différences entre hommes et femmes

Les résultats sont parus en mai 2026 dans Scientific Reports. Un total de 1 936 cas de syndrome métabolique ont été identifiés (11,8 % de la cohorte). Chez les femmes, un premier repas plus tardif est lié à un risque accru de diagnostic (relative risk [RR] = 1,11 ; IC95 % = 1,03 - 1,20 ; p = 0,006), de même qu’un jeune nocturne prolongé avec premier repas après 8 h du matin (RR = 1,11 [1,04 - 1,20] ; p = 0,002).

Chez les hommes, une part plus grande de l’apport énergétique quotidien consommée après 17 h était associée à un surrisque de syndrome métabolique (RR = 1,09 [1,00 - 1,20] ; p = 0,04), tandis qu’un premier repas riche (type 3 de chrononutrition) était corrélé à un moindre risque (RR = 0,89 [0,84 - 0,95] ; p < 0,001). Aucune association significative n’a été trouvée avec le jetlag ou le nombre de prises alimentaires.

Pour les auteurs, ces résultats suggèrent qu’au-delà de la qualité de l’alimentation, sa dimension temporelle – horaires des repas, durée du jeûne nocturne, répartition énergétique dans la journée – pourrait constituer une stratégie complémentaire de prévention du syndrome métabolique. Cependant, l’équipe de recherche de Nutrinet-Santé note que « des études longitudinales et interventionnelles restent toutefois indispensables pour établir des relations causales et préciser les recommandations cliniques  ».

Encadre

Définition du syndrome métabolique selon l’accord inter-sociétés savantes de 2009

Le syndrome métabolique correspond à l’association d’au moins 3 des facteurs ci-dessous :

  • obésité abdominale (tour de taille ≥ 80/94 cm chez les femmes / hommes) ;

  • faible taux de HDL ( 0,5/0,4 g/L chez les femmes / hommes) ;

  • hypertriglycéridémie (≥ 1,5 g/L ou prise de fibrates) ;

  • PA élevée (PAS/PAD ≥ 130/85 mmHg ou sous antihypertenseurs) ;

  • glycémie élevée (valeur à jeun ≥ 1 g/L ou prise d’antidiabétiques).

D’après : Alberti KGMM, Eckel RH, Grundy SM, et al. Harmonizing the metabolic syndrome : A joint interim statement of the International Diabetes Federation Task Force on Epidemiology and Prevention ; National Heart, Lung, and Blood Institute ; American Heart Association ; World Heart Federation ; International Atherosclerosis Society ; and International Association for the Study of Obesity. Circulation 2009 ;120(16) :1640 - 5.

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