Les teignes sont des dermatophyties touchant surtout l’enfant. Depuis l’arrêt de commercialisation de la griséofulvine, la prise en charge systémique repose sur des traitements utilisés hors AMM dans cette indication. L’algorithme de prise en charge vient d’être actualisé par le Centre de preuves en dermatologie.

La teigne est une dermatose infectieuse du cuir chevelu et des follicules pileux due à un dermatophyte, touchant le plus souvent les enfants d’âge scolaire, surtout entre 6 et 10 ans.

Les principales espèces impliquées appartiennent aux genres des Trichophyton et des Microsporum . Certaines sont anthropophiles (transmission strictement interhumaine), d’autres zoophiles (transmission par des animaux comme les cochons d’Inde, chats, chiens, animaux de la ferme, etc.) et plus rarement géophiles.

L’examen clinique est essentiel

On distingue deux grandes formes cliniques  :

  • la teigne dite tondante, peu inflammatoire, est la plus fréquente ; due à Trichophyton ou à Microsporum (figure 1A), elle provoque une cassure du cheveu. La teigne trichophytique se manifeste classiquement par de multiples plaques de petite taille ; les lésions ne sont pas fluorescentes sous la lampe de Wood. En revanche, la forme microsporique est caractérisée par des aires érythématosquameuses alopéciques d’assez grande taille, prenant une fluorescence verte sous la lampe de Wood. Toutefois, malgré ces différences cliniques évocatrices, un prélèvement est indispensable pour établir un diagnostic microbiologique précis ;

  • la teigne inflammatoire, ou kérion, est provoquée principalement par des dermatophytes zoophiles ou géophiles. Elle prend l’aspect d’un macaron inflammatoire, douloureux, surmonté de pustules (figure 1B). Elle peut être confondue avec un abcès d’origine bactérienne, d’autant plus qu’elle est souvent compliquée de surinfection à Staphylococcus aureus. Le kérion peut entraîner une alopécie définitive.


La teigne favique est devenue exceptionnelle en Europe, mais est encore présente dans certains pays d’Asie. Due à Trichophyton schoenleinii, c’est une forme très contagieuse, débutant par des lésions érythémateuses qui se transforment en « godets faviques » (cupules millimétriques coalescentes), induisant une alopécie définitive.

L’examen dermoscopique peut être utile au diagnostic car il permet de mettre en évidence des cheveux « en tire-bouchon », « en virgule », « en zigzag » ou « en code-barres ».

La confirmation du diagnostic et l’identification du germe en cause se font grâce aux prélèvements de cheveux et de squames, examinés au microscope, puis mis en culture.

Prise en charge : algorithme actualisé

La prise en charge de la teigne repose sur l’association d’un traitement systémique, qui peut être initié de manière probabiliste après la réalisation de prélèvements, et d’un antifongique local, pendant au moins quatre semaines.

En France, depuis l’arrêt de la commercialisation en 2021 de la griséofulvine (qui était la seule molécule ayant une AMM dans cette indication), la prise en charge systémique repose sur la terbinafine et l’itraconazole, à la dose adaptée au poids de l’enfant. L’itraconazole est désormais utilisé sous forme de gélule, car la solution buvable n’est plus commercialisée en ville. Le fluconazole n’a pas de place en première intention.

L’algorithme de prise en charge (illustré en figure 2), élaboré initialement en 2011 par le Centre de preuves en dermatologie, a été actualisé en septembre 2026, avec des changements dans certaines modalités de prescription et d’administration.

En pratique

Pour les enfants < 10 kg, une prise en charge hospitalière reste préconisée.

Si Trichophyton :

  • traitement probabiliste par terbinafine pendant quatre semaines, 1 fois par jour au cours d’un repas ;

  • pour l’enfant de 10 à 20 kg : 62,5 mg/j (préparation magistrale) ; de 21 à 40 kg : 125 mg/j (un demi-comprimé) ; > 40 kg : 250 mg/j (un comprimé entier).


Si Microsporum :

  • 10 à 20 kg (ou 20 kg et plus avec difficulté à avaler) : terbinafine d’emblée pendant six semaines (62,5 mg/j, préparation magistrale au cours d’un repas) ;

  • 20 kg et plus : itraconazole 100 mg/j (1 gélule/j),pendant un repas.


Les principaux effets indésirables sont des troubles digestifs, des vertiges et des céphalées. Quelques cas d’hépatite ont été décrits sous itraconazole ; un bilan biologique est recommandé en cas de traitement prolongé.

Dans tous les cas : associer un traitement topique antifongique 1 à 2 fois par jour pendant quatre semaines (crème, lotion, shampoing : imidazole, terbinafine, ciclopirox ou amorolfine).

Les mesures de décontamination, le dépistage de l’entourage et des animaux de compagnie (pour les formes zoophiles) sont également nécessaires. Néanmoins, une fois le traitement initié, l’éviction scolaire n’est pas utile.

Au bout de quatre semaines, un contrôle clinique est systématique pour évaluer l’efficacité du traitement (et l’adapter au résultat de la culture), sa tolérance et l’observance :

  • si Trichophyton : arrêter la terbinafine ;

  • si Microsporum : la poursuivre pendant deux semaines (pour les moins de 20 kg) ou, pour les enfants à partir de 20 kg, switcher vers l’itraconazole (gélules, pendant deux semaines).


En cas d’inefficacité, 3 réflexes : vérifier la bonne observance, reconsidérer les possibles diagnostics différentiels, évoquer une éventuelle résistance (avis hospitalier).

Pour en savoir plus
Centre de preuves en dermatologie. Teignes : algorithme de prise en charge des teignes de l’enfant. 23 septembre 2026.
Ranger L, Maruani A. Prise en charge des teignes du cuir chevelu. Rev Prat Med Gen 2025;39(1099):321-3.

Dans cet article

Ce contenu est exclusivement réservé aux abonnés

Une question, un commentaire ?