Anticancéreux. Fréquents, variés, visibles, les effets indésirables dermatologiques des anticancéreux sont d’autant plus délicats à gérer que la poursuite du traitement s’impose dans la plupart des cas.

L
es effets indésirables dermatologiques des traitements anticancéreux sont à la fois très fréquents et extrêmement variés, aussi bien avec la chimiothérapie (mécanisme avant tout toxique sur les cellules épithéliales ou des annexes), l’immunothérapie (mécanisme avant tout dysimmunitaire, par activation lymphocytaire T) ou les thérapies ciblées (mécanisme avant tout lié à l’inhibition de récepteurs ou voies de signalisation exprimés à la fois dans la peau et dans la cellule tumorale ou péritumorale). Volontiers au premier plan, ils concernent à la fois les muqueuses, la peau mais aussi ses annexes (ongles, cheveux) et peuvent représenter le principal fardeau de la maladie cancéreuse. Le ou les traitements inducteurs doivent cependant être le plus souvent maintenus malgré leur toxicité. Le clinicien doit donc apprendre à reconnaître les principales manifestations dermatologiques observées dans ce contexte et surtout à savoir la gérer, afin de permettre la poursuite du traitement tout en améliorant la qualité de vie du malade.

Toxicité liée à la chimiothérapie

Toxicité cutanée

Érythème toxique à la chimiothérapie


Ce terme « ombrelle » n’a été que récemment proposé.
Il permet d’englober sous une même entité une réaction cutanée assez caractéristique de la chimiothérapie, mais décrite jusqu’ici avec un verbatim très varié :
Les principales molécules inductrices d’érythème toxique sont les taxanes (docétaxel, paclitaxel), la cytarabine, le busulfan, la dactinomycine ou la doxorubine pégylée.
Il correspond au développement, 8 à 21 jours après le traitement, d’un érythème inflammatoire dans les zones de friction et d’hypersudation, principalement les régions axillaires et inguinales (fig. 1).
Il peut survenir dès le premier cycle et s’associer à un décollement bulleux dans les formes sévères, avec un aspect de « pseudo-Lyell ». Il prend une distribution bilatérale, volontiers symétrique, et s’associe à une sensation de prurit ou de cuisson.
L’érythème toxique à la chimiothérapie n’est pas d’origine allergique mais est plus sûrement lié à l’excrétion privilégiée de certaines chimiothérapies par les glandes eccrines, induisant un phénomène directement toxique sur les kératinocytes et les annexes dans les zones particulièrement concernées par l’hypersudation ou les contacts répétés. L’évolution se fait vers la desquamation, et une hyperpigmentation séquellaire s’installe, pouvant perdurer de nombreux mois.
Il est cependant capital de retenir que toute éruption survenant sous chimiothérapie n’est pas nécessairement un érythème toxique.
Il faut donc garder ses réflexes de clinicien et savoir évoquer – entre autres – une véritable réaction immuno-allergique (penser aux médicaments associés), une infection opportuniste (plus fréquente dans ce contexte) ou d’autres réactions spécifiques (lupus induit, inflammation de kératose actinique, dermatose neutrophilique, pseudocellulite…).

Syndrome main-pied


Il correspond à l’atteinte inflammatoire bilatérale des paumes des mains et/ou des plantes des pieds survenant avec certaines chimiothérapies, notamment la capécitabine (50 % des cas) et la doxorubicine liposomale (30 %). De nombreuses autres molécules peuvent induire un syndrome mains-pieds, toutefois avec une incidence nettement plus faible :
étoposide, taxanes (formes inversées surtout), méthotrexate, cytarabine… Depuis sa description initiale, ce syndrome a été rapporté avec une terminologie assez variée : érythrodysesthésie palmo-plantaire, érythème acral, réaction de Burgdorf… En fait, ce syndrome main-pied doit être à notre sens intégré au cadre nosologique de l’érythème toxique à la chimiothérapie décrit précédemment, avec une prise en charge similaire.
Les lésions se développent progressivement, souvent...

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