Une nouvelle option arrive dans le traitement des dyslipidémies ! L’acide bempédoïque, destiné aux adultes à haut risque CV ayant une intolérance avérée ou une CI aux statines, est désormais disponible.

L’industriel américain Organon a révélé le 8 janvier 2026 avoir conclu un accord de commercialisation en France pour le médicament Nilemdo (acide bempédoïque) avec le laboratoire japonais Daiichi Sankyo, titulaire de son AMM.

Premier hypolipémiant de sa classe thérapeutique, l’acide bempédoïque a été découvert en 2004, puis étudié à partir des années 2010 comme traitement dans les dyslipidémies. L’étude Clear Outcomes, un essai de grande ampleur de phase 3 paru en 2023 dans le NEJM , a conclu à son intérêt chez des patients à haut risque cardiovasculaire (CV) intolérants aux statines. Depuis 2025, il est recommandé pour la première fois par la Société européenne de cardiologie (ESC) parmi les thérapies sans statines, aux côtés de l’ézétimibe et des anticorps monoclonaux anti-PCSK9 (alirocumab, évolocumab).

Mécanisme d’action

L’acide bempédoïque est une prodrogue qui se transforme uniquement dans le foie en métabolite actif inhibant l’ATP-citrate lyase (ACL), une enzyme de la biosynthèse du cholestérol. En inhibant la synthèse hépatique de cholestérol, il réduit le taux de cholestérol LDL (LDL-C). Ce nouveau principe actif agit sur la même voie de biosynthèse hépatique du cholestérol que les statines (qui ciblent l’enzyme HMG-COA réductase), mais en amont.

Remboursement et indications

Le prix de vente en officine de la boîte de 30 comprimés est de 57,27 € . Il est remboursé à 65 % chez les patients adultes à haut ou très haut risque CV, avec une intolérance avérée aux statines ou chez qui les statines sont contre-indiquées, pour diminuer le taux de LDL-C lorsque celui-ci n’est pas à l’objectif malgré un traitement hypolipémiant optimisé en prévention primaire et secondaire.

La commission de la transparence de la HAS s’est prononcée en février 2025 pour ce remboursement, précisant qu’ilconstitue une option thérapeutique en association à un traitement hypolipémiant optimisé incluant au moins l’ézétimibe.

En revanche, la commission s’est prononcée défavorablement aux autres indications figurant dans l’AMM (traitement de l’hypercholestérolémie primaire [familiale hétérozygote et non familiale] et de la dyslipidémie mixte), en raison d’un service médical rendu insuffisant.

Posologie et CI

Selon le résumé des caractéristiques du produit (RCP), la dose recommandée est d’un comprimé pelliculé de 180 mg/jour (prise au cours ou en dehors des repas, à avaler entier).

Si l’acide bempédoïque est administré conjointement à la simvastatine, la prise de cette dernière doit être limitée à 20 mg/jour (ou 40 mg/jour chez les patients avec hypercholestérolémie sévère et risque élevé de complications CV, qui n’ont pas atteint les objectifs thérapeutiques à dose plus faible).

Les contre-indications sont les suivantes :

  • hypersensibilité à la substance active ou à un excipient (listés en section 6.1 du RCP). Nilemdo contient du lactose : les patients ayant une intolérance au galactose, un déficit total en lactase ou un syndrome de malabsorption du glucose et du galactose ne doivent pas prendre ce médicament ;
  • grossesse : absence de données chez la femme enceinte (mais toxicité sur les fonctions de reproduction dans les études animales) ;
  • allaitement : principe de précaution (on ignore si Nilemdo passe dans le lait) ;
  • administration concomitante de simvastatine > 40 mg/jour : des myosites accompagnées de taux de CPK > 10 LSN (limite supérieure à la normale) ont rarement été rapportées.

Effets indésirables

Les EI les plus fréquemment signalés avec l’acide bempédoïque lors des essais pivots étaient l’hyperuricémie (3,8 %), les douleurs aux extrémités (3,1 %), l’anémie (2,5 %) et la goutte (1,4 %).

Le RCP liste les EI fréquents (jusqu’à 1 personne sur 10) suivants :

  • diminution du nombre de globules rouges (anémie) ;
  • augmentation des taux d’acide urique dans le sang, goutte ;
  • douleurs dans les épaules, les jambes ou les bras ;
  • anomalies du bilan hépatique ;
  • diminution du débit de filtration glomérulaire.

Les EI peu fréquents (jusqu’à 1 personne sur 100) sont :

  • diminution de l’hémoglobine ;
  • augmentation du taux de créatinine et d’azote uréique sanguin (analyses biologiques pour évaluer la fonction rénale) ;
  • perte de poids.

Attention : l’acide bempédoïque augmente les concentrations plasmatiques de statines. Tous les patients traités par Nilemdo conjointement à une statine (un cas de figure qui sort de l’indication remboursée) doivent donc être informés du risque accru de myopathie (EI des statines) et signaler rapidement toute douleur, sensibilité ou faiblesse musculaire inexpliquée. Il convient aussi d’être attentif aux autres EI des statines dans ce cas.

Surveillance

Les patients traités doivent signaler rapidement toute douleur, sensibilité ou faiblesse musculaire inexpliquée (signes d’une possible myopathie). Dans ce cas, déterminer la CPK pour choisir la marche à suivre (adapter ou arrêter le traitement).

Un bilan hépatique (transaminases) doit être réalisé au début du traitement. Ce dernier doit être interrompu si une augmentation des taux de transaminases > 3 LSN persiste.

Des bilans hépatiques réguliers doivent être envisagés pour les patients souffrant d’une insuffisance hépatique sévère.

Le dosage de l’uricémie doit être réalisé en cas de signes évocateurs d’une crise de goutte.

Qu’en attendre ?

Dans un article de 2023 pour Cardio-online, le média de la Société française de cardiologie, le Dr Matthieu Besutti note que « pris isolément, l’ampleur de l’effet de l’acide bempédoïque sur le LDL-c est comprise entre 20 et 30 % », soit l’équivalent d’une statine d’intensité faible.

Contrairement aux statines, aucune augmentation des myalgies n’a été observée, ce qui est important pour les patients réellement intolérants à ces médicaments.

Cependant, dans son avis, la commission de la transparence de la HAS note plusieurs limites de l’acide bempédoïque dans son indication remboursée, observées dans l’étude Clear Outcomes :

  • absence de comparaison directe contre un comparateur actif : anticorps monoclonaux anti-PCSK9 (alirocumab, évolocumab) ou ézétimibe chez les patients en échec des statines ;
  • incertitude sur l’effet clinique global concernant la mortalité CV, du fait de l’absence de démonstration d’une différence statistiquement significative versus placebo sur la réduction des AVC et des décès ;
  • absence de données d’observance et de qualité de vie.

De son côté, la revue Prescrire considère dans son avis de décembre 2025 que Nilemdo a un profil d’EI « aussi chargé que celui des autres hypocholestérolémiants » et qu’il n’apporte pas de progrès dans la prévention des évènements CV,appelant à lui privilégier l’ézétimibe et les anticorps monoclonaux anti-PCSK9 en raison du meilleur recul sur leur utilisation.

Dans cet article

Ce contenu est exclusivement réservé aux abonnés

Une question, un commentaire ?