À la suite de l’octroi d’une autorisation de mise sur le marché (AMM) au vaccin de Moderna par l’Agence européenne du médicament le 6 janvier, la Haute Autorité de santé l’a inclus dans la stratégie vaccinale française. Si sa place est équivalente à celle du vaccin de Pfizer-BioNTech, il y a quelques différences pratiques. Que faut-il savoir ?

 

Ces deux vaccins à ARNm messager (compositions précisées ci-dessous)* ont des profils de tolérance similaires et satisfaisants. Leur efficacité ne peut pas être comparée pour l’instant, puisque leurs essais cliniques ont été réalisés sur des populations non superposables, mais dans les deux cas elle est de haut niveau sur le nombre de cas symptomatiques – les données manquent encore sur les asymptomatiques et sur les effets sur la transmission du virus. À noter que pour le vaccin de Moderna, l’efficacité est optimale 14 jours après la seconde dose, contre 7 jours pour le vaccin Comirnaty (Pfizer).

Leurs indications diffèrent légèrement : alors que l’AMM de Comirnaty prévoit son utilisation dès 16 ans, le vaccin de Moderna ne peut être employé qu’à partir de 18 ans

[Concernant les contre-indications de ces vaccins, lire notre article : « Les vaccins à ARNm en 5 questions »]

À l’exception des jeunes adultes, le choix entre les deux vaccins repose donc essentiellement sur la disponibilité des doses et sur les contraintes logistiques. La HAS préconise que le même vaccin doit être utilisé pour la première et la seconde dose, conformément à leurs AMM, mais le 30 avril elle a émis une recommandation concernant la possibilité d'utiliser des spécialités différentes pour la première et la deuxième doses : en effet, étant donné le contexte épidémiologique, la HAS préconise que, en situation de forte tension d’approvisionnement pour l’un ou l’autre de ces deux vaccins, qui mettrait en péril la complétude du schéma vaccinal avec une même spécialité, une seconde dose d’un vaccin à ARNm différent de celui initialement administré en première dose puisse être utilisée.

Si les deux s’administrent de la même façon (injection intramusculaire dans le muscle deltoïde), le schéma vaccinal diffère quelque peu : le vaccin de Moderna consiste en 2 doses de 0,5 mL chacune et celui de Pfizer en 2 doses de 0,3 mL chacune. Pour les deux, l’intervalle entre les deux doses est de 3 à 4 semaines mais peut être étendu à 6.

Contrairement à Comirnaty, le vaccin de Moderna ne nécessite pas d’être dilué ni secoué : une fois décongelé, il est prêt à être utilisé.

Par ailleurs, ses conditions de conservation sont moins contraignantes : il peut être stocké 7 mois dans des congélateurs classiques(entre -25 et -15 °C), alors que le vaccin de Pfizer doit l’être dans des super congélateurs (entre -90 et -60 °C, pendant 6 mois). De plus, il peut être utilisé pendant 30 jours après décongélations’il est conservéentre 2° et 8 °C, quand cette durée est de 5 jours pour Comirnaty. Dans les deux cas, après utilisation de la première dose, le flacon doit être utilisé dans les 6 heures (10 doses par flacon pour le vaccin de Moderna, contre 5 doses pour Comirnaty ; toutefois, pour ce dernier, il est possible d’en extraire une 6e dose, lorsque les conditions définies par la Food and Drug Administration et l’Agence européenne du médicament sont respectées, v. note du Vidal à ce sujet).

La HAS rappelle en outre qu’il est possible d’administrer un autre vaccin (contre la grippe, le pneumocoque, …), sous réserve de respecter un intervalle de 14 jours minimum entre les deux vaccins.

Pour en savoir plus

HAS. Vaccination contre la Covid-19 : la HAS inclut le vaccin de Moderna dans la stratégie vaccinale. 8 janvier 2020.

Vidal.fr. Covid-19 : quelles différences pratiques entre les vaccins Moderna et Comirnaty ? 7 janvier 2020.

Ansm. Covid-19 - Vaccins. Mis à jour le 12 janvier 2020.

*Composants des vaccins à ARNm

Vaccin Pfizer-BioNTech :

– ARN messager codant la protéine Spike.

– Lipides : (4-hydroxybutyl)azanediyl)bis(hexane-6,1-diyl)bis (2-hexyldecanoate) [ALC-0315] ; 2-[(polyéthylène glycol)-2000]-N,N-ditétradécylacétamide (ALC-0159) ; 1,2-distéaroyl-snglycéro-3-phosphocholine (DSPC) ; cholestérol.

– Solution saline : chlorure de potassium ; phosphate monopotassique ; chlorure de sodium ; phosphate disodique dihydraté ; saccharose.

Vaccin Moderna : 

– ARN messager codant la protéine Spike.

– Lipides : SM-102 ; 1,2-distéaroyl-sn-glycéro-3-phosphocholine (DSPC) ; 1,2-dimyristoyl-rac-glycéro-3-méthoxypolyéthylène glycol-2000 (PEG2000 DMG) ; cholestérol.

– Solution saline : trométamol, trométamol hydrochloride, acide acétique, acétate de sodium trihydraté, saccharose.

L.M.A., La Revue du Praticien

Figures et tableaux
Références
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