Touchant environ 6 % des enfants de moins de 5 ans et demi en France, les allergies alimentaires semblent augmenter en prévalence à l’échelle mondiale depuis quelques décennies. Les allergies alimentaires sont le plus souvent IgE-médiées. Or, ce type d’allergies se développe tôt, peut durer toute la vie et causer des réactions anaphylactiques mortelles. Comprendre les facteurs prédisposant aux allergies alimentaires afin de les prévenir constitue donc une piste importante pour enrayer leur progression. Mais, si plusieurs facteurs favorisants ont déjà été identifiés – prédisposition génétique, sexe masculin, faible diversité du microbiote, exposition moindre des jeunes enfants aux allergènes, antécédents familiaux d’allergie, exposition au tabac, à la pollution, niveau d’éducation élevée, etc. –, il n’y a pas encore de consensus établi à ce sujet.
190 études sur 2,8 millions d’enfants
Une équipe de médecins du Canada et des États-Unis se sont attelés à la tâche en réalisant une revue systématique de la littérature scientifique avec méta-analyse. Plus précisément, ils ont épluché les publications répertoriées à la date du 1er janvier 2025 dans deux grandes bases de données bibliographiques internationales (Medline et Embase), tous langages confondus.
Les études sélectionnées devaient avoir évalué rétrospectivement les facteurs de risque associés à une allergie alimentaire IgE-médiée confirmée chez des enfants ≤ 6 ans, ou avoir estimé l’incidence de l’allergie alimentaire pédiatrique IgE-médiée (en se restreignant dans ce cas aux études avec allergie confirmée par test de provocation orale). Il devait s’agir d’études de cohortes, cas-témoins ou transversales. Les critères de jugement principaux étaient l’incidence de l’allergie alimentaire pédiatrique IgE-médiée, et ses facteurs de risque chez les 6 ans et moins.
Les résultats sont parus le 9 février 2026 dans le JAMA Pediatrics. Les chercheurs ont inclus 190 études publiées entre 1973 et 2024 (156 études de cohortes, 22 études cas-témoins et 12 études transversales), réunissant 2,8 millions de participants issus de 40 pays. Chaque étude comprenait une médiane de 1 184 participants (écart interquartile = [459 ; 2 834]), et les publications provenaient du monde entier : Europe (à 36,8 %), Amérique (27,9 %), Asie (16,3 %), Australie ou Nouvelle-Zélande (15,3 %), Moyen-Orient (3,2 %) et Afrique (0,5 %). Cependant, deux tiers de ces études étaient à (très) haut risque de biais par au moins un aspect de leur méthodologie.
Près de 30 facteurs à risque identifiés
À partir d’un ensemble de 16 études (N = 18 279 participants), les auteurs indiquent que l’incidence moyenne mondiale de l’allergie alimentaire pédiatrique IgE-médiée est d’environ 4,7 % (IC95 % = [3,2 %- 6,9 %]). Cependant, ces estimations varient suivant les régions : d’une incidence moyenne de 1,8 % en Afrique à 10,2 % en Australie, en passant par 3,7 % [2,9 %- 4,6 %] en Europe.
Les scientifiques ont extrait 28 facteurs favorisant le développement d’une allergie alimentaire pédiatrique IgE-médiée, soutenus par un niveau de preuves élevé (7 facteurs) ou modéré (21 facteurs). Les facteurs de risque à niveau de preuves élevé étaient l’apparition d’eczéma dans la 1re année (odds ratio [OR] = 3,88 [3,03 - 4,97]), la rhinite/conjonctivite allergique (OR = 3,39 [2,51 - 4,58]), l’apparition précoce d’un wheezing (OR = 2,11 [1,46 - 3,04]), la présence de mutations avec perte de fonction du gène de la filaggrine (FLG) (OR = 1,93 [1,51 - 2,45]), l’introduction tardive (> 12 mois) de la cacahuète dans l’alimentation (OR = 2,55 [1,40 - 4,64]), et des antécédents maternels (OR = 1,98 [1,53 - 2,55]) ou dans la fratrie (OR = 2,36 [1,97 - 2,82]) d’allergie alimentaire.
Les facteurs de risque à niveau de preuves modéré étaient plus nombreux : facteurs environnementaux (apparition d’eczéma dans les 2 - 3 premières années, eczéma plus sévère sur l’échelle SCORAD, perte insensible en eau transcutanée (TEWL) élevée, introduction tardive des poissons [> 6 mois] et des fruits [> 3 mois]), périnataux (utilisation d’antibiotiques pendant la grossesse, le 1er mois ou la 1re année, âge plus élevé de la mère, naissance par césarienne), individuels (sexe masculin, être l’aîné), familiaux (antécédents d’allergie alimentaire IgE-médiée chez la mère, les 2 parents ou la fratrie ; antécédents d’allergie alimentaire tous types confondus chez le père seulement ou chez les 2 parents), et sociaux (histoire migratoire chez les parents ; enfants nés et élevés dans le même pays).
Mieux cibler la prévention
En conclusion, ces résultats soutiennent un paradigme où les allergies alimentaires IgE-médiées sont liées à des mécanismes convergents génétiques, environnementaux et sociaux, en plus d’une sensibilisation préalable nécessaire à l’allergène. Ces données pourraient participer à améliorer les pratiques cliniques, en permettant d’identifier dès le plus jeune âge les enfants les plus à risque, afin de mener des stratégies de prévention ciblées. Cette étude est en accord avec les dernières recos de diversification alimentaires, qui promeuvent l’introduction précoce des aliments allergènes.
Pour en savoir plus :
Martin Agudelo L. Les aliments ultratransformés en cause dans les allergies pédiatriques. Rev Prat (en ligne) 5 décembre 2024.
Mathelier-Fusade P. Épidémiologie des allergies. Rev Prat Med Gen 2023;37(1078):291-4.
Quéquet C. Allergie alimentaire : cherchez aussi en dehors de l’assiette ! Rev Prat (en ligne) 1 juin 2022.
Quéquet C. Allergies alimentaires : attention aux nouveaux tableaux cliniques digestifs. Rev Prat (en ligne) 23 septembre 2022.
Nobile C. Diversification alimentaire : nouvelles recos de la SFA. Rev Prat (en ligne) 28 juin 2022.