Très répandue, l’arthrose du genou (ou gonarthrose) représente 30 % des 10 millions de cas d’arthrose en France, et sa prévalence augmente fortement avec l’âge mais aussi avec le poids, qui serait responsable d’un cas sur 5. Face à l’absence de traitement curatif, des approches non-pharmacologiques offrent un soulagement et limitent le recours à la chirurgie.
Parmi elles, la Société française de rhumatologie cite dans ses dernières recos (2024) la genouillère de décharge unicompartimentale, en cas de douleur impliquant majoritairement un compartiment tibiofémoral. Cependant, l’utilité d’une genouillère dans la gonarthrose ne fait pas l’unanimité à l’international, et la littérature sur le sujet manque de preuves issues d’essais randomisés contrôlés.
Comparaison avec les conseils d’un kiné
Pour déterminer l’intérêt d’une genouillère spécifique d’un compartiment en addition à une intervention non-pharmacologique standard (conseils d’exercice physique et instructions rédigées d’un kinésithérapeute), des chercheurs ont monté un essai randomisé multicentrique au Royaume-Uni. Les participants ont été recrutés entre novembre 2019 et septembre 2022 via des campagnes d’information locales ou par des MG dans 4 régions d’Angleterre. Ils devaient avoir 45 ans ou plus, des symptômes de gonarthrose validés cliniquement, une douleur modérée à sévère (évaluation sur l’échelle d’évaluation numérique ≥ 4/10), une instabilité du genou, et un accès aux SMS.
Principaux critères d’exclusion : présence d’une potentielle pathologie grave sous-jacente (cancer, infection articulaire), arthrite inflammatoire, antécédent de chirurgie lourde du genou, injections reçues dans les 3 mois précédents, prothèse totale de genou attendue dans les 6 mois à venir, utilisation actuelle de genouillère.
Les personnes sélectionnées ont été randomisées suivant un ratio 1 :1 entre un groupe contrôle (20 minutes de consultation avec un kiné, fournissant conseils généraux et instructions écrites pour un programme d’exercice physique à la maison) et un groupe avec genouillère (session initiale d’une heure avec même intervention que le groupe contrôle + don d’une genouillère de décharge unicompartimentale selon la gonarthrose du patient).
Les patients ont reçu comme consigne de la porter la genouillère au moins 1 h/jour, 2 jours/semaineau début, et de monter suivant leur tolérance jusqu’à 8 - 12 h/jour. Ils ont reçu une visite de suivi 2 semaines plus tard, et des rappels SMS réguliers les incitant à porter leur genouillère.
Le critère de jugement principal était un score d’évaluation par les patients de leurs symptômes, le Knee osteoarthritis outcomes score (KOOS- 5, allant de 0 [problèmes de genou extrêmes] à 100 [absence de problèmes]), évalué 6 mois après randomisation. Les principaux critères secondaires étaient le KOOS- 5 à 12 mois, et la douleur lors d’activités faisant porter le poids sur le genou à 3, 6 et 12 mois.
Les analyses statistiques étaient ajustées suivant plusieurs facteurs de confusion : âge, sexe, site, instabilité du genou, compartiment principal touché par la gonarthrose, ainsi qu’anxiété, dépression et KOOS- 5 à l’inclusion. Avant l’inclusion, les chercheurs ont calculé qu’ils devraient randomiser au moins 434 participants pour détecter une différence clinique de taille d’effet petite à modérée entre les 2 groupes (taille d’effet ≥ 0,35, c’est-à-dire une différence moyenne de KOOS- 5 ≥ 8 entre bras pour valider la supériorité clinique de l’intervention).
Une option sûre, mais peu efficace
Les résultats sont parus le 26 janvier 2026 dans le BMJ. Un total de 466 participants ont été randomisés (âge moyen [écart-type] = 64[9] ans ; 46 % de femmes). Respectivement, 86 %, 85 % et 79 % d’entre eux avaient des données analysables 3 mois, 6 mois et 12 mois après randomisation. Les 2 bras avaient des caractéristiques similaires à l’inclusion.
À 6 mois, l’amélioration du KOOS- 5 était statistiquement plus importante dans le groupe avec genouillère (différence moyenne avec le groupe contrôle = 3,39 ; IC95 % = [0,96 - 5,82] ; taille d’effet = 0,24), mais n’atteignait pas la valeur préspécifiée de 8, seuil minimal pour affirmer une amélioration clinique notable. Toutefois « bien que ce résultat soulève des questions quant à l’importance clinique de la genouillère, les valeurs minimales considérées comme cliniquement pertinentes sont aujourd’hui remises en question »,estiment les auteurs.
Les critères de jugement secondaires montraient un bénéfice de la genouillère qui diminuait avec le temps (KOOS- 5 non statistiquement différent entre les 2 groupes à 12 mois). Concernant le critère secondaire, la différence principale versus placebo était l’amélioration de la douleur à 6 mois, mesurée avec un sous-score du KOOS- 5 allant de 0 à 100 (différence moyenne avec le groupe contrôle = 6,13 ; IC95 % = [3,36 - 8,91] ; taille d’effet = 0,39). Les effets indésirables étaient mineurs.
Pour les auteurs, ces résultats indiquent que l’ajout d’une genouillère aux conseils standards peut améliorer les symptômes de gonarthrose rapportés par les patients, offrant ainsi une option sûre – bien que peu efficace en moyenne – contre cette pathologie très fréquente.
Pers YM, Nguyen C, Borie C, et al. Recommendations from the French Societies of Rheumatology and Physical Medicine and Rehabilitation on the non-pharmacological management of knee osteoarthritis. Annals of Physical and Rehabilitation Medicine 2024;67(7):101883.
Pour en savoir plus :
Goëb V, Shulenina E, Aupée O, et al. Item 129. Arthrose. Rev Prat 2024;74(1):101-10.
Henrotin Y, Demoulin C, Mathy C. Traitements non pharmacologiques de l’arthrose : incontournables et indispensables. Rev Prat 2019;69(5):510-4.
Mallordy F. Contre la gonarthrose, modifier sa démarche. Rev Prat (en ligne) 8 septembre 2025.
Nobile C. Arthrose de la main : premières recos françaises. Rev Prat (en ligne) 5 janvier 2026.