En parallèle des soins standard, l’usage de médecines complémentaires (MC, définies ici comme les interventions non conventionnelles dans la médecine occidentale, souvent délivrées en dehors du système de santé standard) est répandu chez les patients autistes. Une revue systématique parue en 2016 dans la revue Autism évalue la proportion médiane de patients autistes en ayant fait usage à 54 % (proportion allant de 39 à 92 % selon les études individuelles). Cela s’explique en partie par la perception positive par le grand public de leur sécurité et de leur efficacité, dans un contexte d’absence de traitement spécifique et de possible surmédication aux psychotropes chez certains enfants.
Cependant, la littérature indique un manque d’efficacité des MC, voire des effets indésirables, sans qu’il n’existe de synthèse cohérente à jour des données scientifiques sur le sujet. De fait, les méta-analyses sur ces méthodes sont difficiles à interpréter car contradictoires et/ou à faible niveau de preuves. Les parents d’enfants autistes expriment pourtant le besoin de disposer de ressources fiables et accessibles résumant les informations scientifiques disponibles.
Afin de proposer un état de l’art et une information claire sur les MC dans l’autisme, une équipe internationale de chercheurs (dont des psychiatres et psychologues français) a réalisé une revue parapluie – c’est-à-dire une revue synthétique de revues systématiques, particulièrement utile dans les domaines où ces dernières divergent.
53 revues incluses
Les travaux inclus ont été sélectionnés parmi 5 bases de données bibliographiques (Cinahl, Embase, Medline, PsycInfo, Web of Science), et devaient avoir été publiés avant 2023 inclus. Il devait s’agir de revues systématiques avec méta-analyse d’essais cliniques contrôlés (randomisés ou non) ayant évalué une médecine complémentaire et en particulier :
- les effets sur les symptômes fondamentaux de l’autisme (altération des interactions sociales, comportements restreints/stéréotypés/répétitifs, réactions sensorielles inhabituelles) et la sécurité (EI, tolérance, acceptabilité). Il s’agit des critères de jugements principaux de la revue parapluie ;
- les effets sur les autres symptômes liés à l’autisme (critères secondaires) : fonctionnement cognitif global, comportements adaptatifs, qualité de vie, langage expressif/réceptif/global, symptômes de TDAH, anxiété, symptômes liés à l’humeur, comportements perturbateurs, qualité et durée du sommeil.
Les résultats sont parus en août 2025 dans Nature Human Behaviour. Ils étaient classés par groupes d’âge des participants ( 6 ans, 6 - 12 ans, 13 - 19 ans, ≥ 20 ans).
En tout, 53 revues avec méta-analyses ont été incluses ; elles contenaient un total de 248 méta-analyses différentes, correspondant à des combinaisons de différentes groupe d’âge/MC/comparatif/critère de jugement. Ces méta-analyses constituent un condensé d’environ 200 essais cliniques contrôlés, regroupant plus de 10 000 participants ayant utilisé 19 MC : activité physique, acupuncture, musicothérapie, phytothérapie, probiotiques, régime alimentaire spécifique (notamment sans gluten ni caséine), sécrétine, stimulation magnétique transcrânienne répétée, stimulation transcrânienne à courant continu, thérapie d’intégration sensorielle, zoothérapie, supplémentations en oméga- 3, L-carnitine, L-carnosine, mélatonine, N-acétylcystéine, ocytocine, sulforaphane, vitamine D.
Des résultats peu concluants…
« Nous n’avons trouvé aucune preuve de haute qualité pour étayer l’efficacité d’une MC quelconque sur les symptômes fondamentaux ou associés à l’autisme », résument les auteurs. Par ailleurs, ils notent que plusieurs MC ont des résultats prometteurs, mais étayés par des preuves de très faible qualité. « Plus ennuyeux, la sécurité de ces thérapies alternatives a rarement été évaluée », s’alarme sur LinkedIn Richard Delorme, professeur de psychiatrie à l’AP-HP et dernier auteur de l’étude.
Les chercheurs remarquent que l’ocytocine est l’intervention avec le plus haut niveau de preuves dans chaque groupe d’âge, bien que son efficacité soit négligeable et non significative sur les symptômes fondamentaux, à part sur les comportements restrictifs/répétitifs chez les adultes. Concernant les critères secondaires, aucune intervention n’a présenté de résultats statistiquement significatifs étayés par au moins un faible niveau de preuve.
...mais des signaux encourageants
Pour autant, plusieurs interventions ont démontré des effets importants et statistiquement significatifs, malgré des niveaux de preuve très faibles. Concernant les critères de jugement principaux, c’est notamment le cas des MC suivantes (dont l’acceptabilité, la tolérance et les EI sont toutefois inconnus) :
- à 6 - 12 ans, pour réduire les symptômes généraux : musicothérapie, zoothérapie, stimulation transcrânienne à courant continu ;
- à 13 - 19 ans, sur les comportements restrictifs/répétitifs : stimulation transcrânienne à courant continu ;
- à l’âge adulte, l’activité physique a des bénéfices potentiels sur la communication sociale.
Concernant les critères secondaires, il s’agit notamment des MC suivantes :
- à 6 - 12 ans, pour la qualité et la durée de sommeil : mélatonine ;
- à 13 - 19 ans, sur les comportements perturbateurs : stimulation magnétique transcrânienne répétée (acceptabilité, tolérance et EI inconnus).
Un nouveau site dédié à l’information
Les résultats de la revue parapluie sont aussi présentés visuellement via un nouveau site à vocation informationnelle créé pour l’occasion, https ://ebiact-database.com/ (en anglais). Y sont également représentées les résultats de 8 interventions psychosociales (thérapie cognitivocomportementale, interventions comportementales intensives et précoces, méthode TEACCH, etc.).
L’objectif de cette plateforme est de disséminer les résultats à un large public (patients, aidants, non spécialistes, etc.). Les auteurs précisent que ce site n’a pas vocation à remplacer les conseils d’un médecin, et recommandent fortement d’en discuter en consultation avec un soignant qualifié.
À l’avenir : nouveaux essais
« Cette étude fournit des preuves scientifiques accessibles concernant les MC dans l’autisme, et souligne le manque actuel de preuves adéquates étayant leur efficacité et leur innocuité, rappellent les scientifiques en conclusion. Ce domaine nécessite des essais contrôlés randomisés bien conçus utilisant des mesures de résultats et de sécurité standardisées pour mieux saisir les bénéfices et inconvénients de chaque MC. »
Enfin, ils comptent enrichir leur plateforme au fur et à mesure de nouvelles données, en mettant régulièrement à jour cette revue parapluie et en en réalisant d’autres (par exemple, sur les interventions pharmacologiques).
Site internet : Evidence-based interventions for autism: clinical trials (EBIA-CT) database.
Pour en savoir plus :
Mallordy F. Probiotiques : un intérêt dans l’autisme ou le TDAH ? Rev Prat (en ligne) 10 juillet 2025.
Mallordy F. Autisme : une vaste étude bouscule les critères diagnostiques. Rev Prat (en ligne) 22 avril 2025.
Martin Agudelo L. Repérer l’autisme : un nouveau test réalisable en soins primaires. Rev Prat (en ligne) 30 mai 2024.