Un épisode de fortes chaleurs est prévu pour la fin de cette semaine. Il faut savoir distinguer déshydratation et coup de chaleur (la prise en charge est différente !), connaître les facteurs de risque (outre l’âge avancé), les principes de prévention, les signes d’appel et éviter les erreurs de prise en charge (hyponatrémie de dilution). Une fiche d’après les recos de Santé publique France.

Patients à risque en cas de forte chaleur

En dehors du grand âge, de nombreuses pathologies et certaines situations et traitements médicamenteux aggravent la vulnérabilité des personnes en période caniculaire (tableau ci-contre).

Que faire en cas de pathologies liées aux fortes chaleurs ?

Déshydratation et coup de chaleur sont les deux pathologies liées à la chaleur : potentiellement mortelles, elles peuvent survenir dès les premiers jours de hautes températures.

Déshydratation

Ses principaux symptômes sont (du plus précoce aux plus tardifs) : oligurie (pas d’urine depuis plus de 5 h, urines foncées) sauf chez les patients diabétiques où une polyurie survient associée à une hyperglycémie, bouffées de sueurs en buvant un verre d’eau, crampes, fatigue, soif intense accompagnée d’une sécheresse de la peau et des muqueuses, pli cutané et/ou perte de poids et/ou fatigue extrême, vertiges, tachypnée et/ou somnolence, perte de connaissance.

Rappeler aux patients que, devant les premiers signes, il faut se mettre au frais et boire immédiatement même en l’absence de soif, augmenter les boissons en maintenant une alimentation normale.

Pendant les vagues de chaleur, une adaptation des traitements médicamenteux habituels peut être nécessaire : réévaluer l’intérêt de chacun des médicaments (ne pas changer d’emblée un traitement), avec une vigilance particulière chez le sujet âgé, en cas d’association de médicaments néphrotoxiques, ou d’association d’un neuroleptique avec un médicament anticholinergique (v. tableau). De façon générale, recommander aux patients de ne prendre aucun médicament sans l’avis d’un professionnel de santé (y compris ceux délivrés sans ordonnance).

Paracétamol, aspirine, AINS sont à éviter, car particulièrement néphrotoxiques pour les patients déshydratés.

L’ANSM met à disposition plusieurs documents à ce sujet : bon usage et conservation des médicaments pendant les vagues de chaleur, médicaments susceptibles d’altérer l’adaptation de l’organisme à la chaleur, conservation et utilisation des lecteurs de glycémie et de leurs réactifs associés…

Coup de chaleur

Ses principaux symptômes sont (du plus précoce aux plus tardifs) : sensation de bien-être lorsqu’on passe les avant-bras sous un filet d’eau, fatigue, maux de tête, nausée, peau généralement rouge, chaude, sèche, beaucoup plus rarement moite (contrastant avec une muqueuse gingivo-jugale humide), pouls rapide, température > 39°C, et/ou maux de tête violents et/ou nausées vomissements et/ou propos incohérents et/ou perte de connaissance, convulsions.

Une atteinte respiratoire avec polypnée, qui peut se manifester sous la forme d’un syndrome de détresse respiratoire aiguë, est possible. Un syndrome de réponse inflammatoire systémique ou une coagulation intravasculaire disséminée peuvent s’observer. Le risque de thrombose coronaire ou cérébrale est majeur, particulièrement chez les personnes âgées.

Devant les premiers signes : mettre la personne au frais, augmenter l’humidification et la ventilation de la peau.

Devant des signes tardifs (céphalée, fatigue extrême, cernes sous les yeux, malaise, désorientation perte de connaissance…), le pronostic vital est engagé. Appeler le 15 (ou 114 pour les malentendants). En attendant les secours, rafraîchir le plus vite possible : coucher la personne et l’envelopper dans un drap humide (à défaut, l’asperger d’eau) ou lui donner une douche fraîche sans l’essuyer, faire le plus possible de ventilation (ventilateur, courant d’air), donner de l’eau fraîche si la personne est lucide ; les antipyrétiques (paracétamol, aspirine) sont à éviter car inefficaces, voire dangereux.

Bien distinguer déshydratation et coup de chaleur pour ne pas « hyperhydrater » en cas de coup de chaleur. Devant l’absence de sécheresse de la muqueuse gingivo-jugale, d’hypotonie oculaire et en présence d’une fièvre > 40°C, qui orientent vers un coup de chaleur, éviter toute réhydratation intensive dans l’attente du bilan électrolytique, ainsi que l’utilisation de paracétamol potentiellement dangereux.

En effet, l’hyponatrémie de dilution est fréquente chez les personnes âgées et s’observe notamment quand les recommandations d’hydratation sont suivies par excès. La présence de symptômes (asthénie, nausées, vomissements) ou de signes cliniques suggestifs (œdèmes chez les insuffisants cardiaques et hépatiques) impose le dosage de la natrémie. Des symptômes neuropsychiatriques (léthargie, état confusionnel, convulsions et coma) sont le signe d’une hyponatrémie aiguë sévère.

Quels conseils de prévention ?

  • Maintenir fraîche l’habitation : fermer les volets (rideaux, stores…) et les fenêtres le jour, les ouvrir lorsque que la température extérieure est inférieure à la température intérieure ; éviter d’utiliser des appareils chauffants.
  • Éviter les expositions à la chaleur : éviter de sortir aux heures les plus chaudes ; rester à l’ombre, porter un chapeau d’été, des vêtements légers (coton) amples et de couleur claire ; en l’absence de rafraîchissement possible dans l’habitation, passer plusieurs heures par jour dans des lieux publics frais ; éviter les activités extérieures (courses, jardinage, bricolage, sport...).
  • Se rafraîchir, s’hydrater et adapter son alimentation :

– boire régulièrement sans attendre d’avoir soif (environ 1,5 L/jour) et continuer à manger normalement, tout en évitant de boire ou de manger « trop froid » (la sensation de soif s’atténue plus vite en cas de consommation de boissons glacées), éviter l’alcool (altère les capacités de lutte contre la chaleur, favorise la déshydratation) ; diversifier l’apport d’eau (thé ou café frais avec modération, soupes froides, compotes de fruits, sorbets, fruits et légumes riches en eau comme : pastèque, melon, fraises, concombres, etc., le yaourt hydrate aussi bien qu’un verre d’eau ou une eau gélifiée et permet d’éviter l’hyponatrémie de dilution ;

– appliquer régulièrement des linges humides ou vaporiser de l’eau sur le visage et le corps ; prendre, si possible, des douches ou des bains frais sans se sécher, favoriser l’évaporation de cette eau par un léger courant d’air (éventail, ventilateur...).

  • Éviter certains médicaments (v. ci-dessus) : paracétamol, aspirine, AINS (néphrotoxiques pour les patients déshydratés).

Personnes âgées ou handicapées

Pour les patients âgés et/ou handicapés, en particulier, il est recommandé également d’indiquer sur un document mis en évidence près du téléphone les coordonnées des personnes référentes (famille, auxiliaire de vie...), de rendre facilement accessibles les derniers documents médicaux, de se signaler à la mairie de leur domicile afin que les services sociaux puissent organiser des visites régulières en cas de forte chaleur.

Enfants

Outre les conseils généraux de prévention ci-dessus, on peut rappeler aux parents :

  • Un jeune enfant ne doit jamais être laissé dans une pièce mal ventilée ou un véhicule, même pendant une très courte durée.
  • Pour rafraîchir l’enfant régulièrement : bains tièdes (de l’ordre de 2 °C de moins que la température corporelle) fréquemment dans la journée, sans sécher l’enfant ; mouiller les vêtements, pulvériser de l’eau sur le visage et le corps avec un aérosol, favoriser l’évaporation de cette eau par un léger courant d’air (éventail, ventilateur...).
  • Pour l’hydrater :

– enfant au sein exclusif : l’allaitement à la demande apporte l’hydratation suffisante, la composition du lait maternel s’adapte (rappeler toutefois à la mère de bien s’hydrater) ;

– dans les autres cas (substitut de lait maternel, alimentation diversifiée) : lui proposer de l’eau à boire régulièrement, même si l’enfant ne manifeste pas sa soif, au moins toutes les heures dans la journée et au moment des réveils la nuit. L’eau du robinet convient, sauf interdiction communale. Éviter les boissons sucrées, dont les jus de fruits, nectars et sodas, mêmes lights.

Signes d’alerte ou de gravité :

– en cas de signes d’alerte (fièvre ≥ à 38°C, respiration ou pulsations cardiaques rapides, somnolence ou agitation inhabituelle, soif intense avec une perte de poids (> 5 %), urines moins fréquentes et plus foncées), les parents doivent : mettre l’enfant dans une pièce fraîche, lui donner à boire (SRO, eau, ou lait maternel si l’enfant est au sein), appeler sans tarder un médecin ou amener l’enfant aux urgences ;

– en cas de signes de gravité (troubles de la conscience, refus ou impossibilité de boire, couleur anormale de la peau, fièvre > à 39°C), appeler immédiatement le SAMU en composant le 15.

D’après :

Santé publique France. Canicule adultes vulnérables – repères pour votre pratique. 17 juin 2021.
Santé publique France. Prévenir les risques liés aux fortes chaleurs chez l’enfant. 5 juillet 2021.

Quelques outils pour s’informer et informer

— Avis de vigilance orange ou rouge : prévisions Météo France (site officiel de Météo France, prévisions gratuites à 15 jours sur la France et sur le monde).

— Canicule Info Service 0800 06 66 66 (appel gratuit depuis un poste fixe). Du lundi au samedi de 8 heures à 20 heures (au minimum) en cas de vigilance orange.

— Affiches, dépliants pour les patients, fiches pour les professionnels : Santé publique France. Fortes chaleurs, canicule.

— Site du ministère des Solidarités et de la Santé : vagues de chaleur.

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