Cette analyse menée par l’Observatoire national de la santé des femmes repose sur 14 652 dossiers médicaux issus des dépistages du Bus du cœur des femmes effectués entre 2021 et mi- 2025. Seuls 1 062 dossiers ont été retenus car ils concernaient des femmes de 15 à 55 ans (38,9 ans en moyenne) pour lesquelles le type de contraception était renseigné. L’étude s’est focalisée sur les prescriptions de contraceptions œstroprogestatives (sous forme de pilule, anneau vaginal ou patch cutané), qui concernaient près d’un quart de ces femmes.
Les contre-indications non respectées
Ses conclusions sont alarmantes : en tenant compte des seuls facteurs de risque cardiovasculaires (CV), la prescription était inadaptée pour 40,7 % des femmes incluses dans cette cohorte. Les facteurs de risque les plus fréquents étaient l’hypertension, les antécédents CV familiaux au 1er degré, la combinaison âge (plus de 35 ans) et tabac ou obésité.
En considérant, en plus des autres facteurs de risques CV, les antécédents CV familiaux au 1er degré (indépendamment de l’âge de survenue de l’évènement CV), la prescription d’une contraception combinée était injustifiée pour 59,8 % d’entre elles.
« Il n’est pas acceptable aujourd’hui de mourir d’une embolie pulmonaire massive, d’un infarctus ou d’un accident vasculaire cérébral parce que la contraception est contre-indiquée », déplore dans un communiqué la fondation Agir pour le cœur des femmes.
Les femmes ont la possibilité d’avoir une consultation longue remboursée par l’Assurance maladie avec leur médecin traitant ou leur gynécologue lors de la prescription de la première contraception. « C’est l’occasion de faire un point sur les éventuels facteurs de risque cardiovasculaire et rechercher les contre-indications. Ensuite lors de chaque renouvellement, il est important de vérifier l’absence d’apparition de contre-indications cardiovasculaires », rappelle le Pr Claire Mounier-Véhier, cofondatrice de la fondation et cardiologue au CHU de Lille.
Pour rappel, les principales contre-indications absolues des contraceptions œstroprogestatives sont les suivantes :
antécédents personnels ou familiaux de thrombose veineuse ou artérielle (phlébite, embolie pulmonaire, AVC, infarctus) ;
migraine avec aura ;
tabagisme actif après l’âge de 35 ans ;
hypertension artérielle non contrôlée ;
diabète compliqué (rétinopathie, néphropathie, neuropathie) ;
cancer hormonodépendant (sein, endomètre) ;
pathologies hépatiques sévères (hépatite active, cirrhose, tumeurs hépatiques) ;
saignements génitaux inexpliqués.
Les contre-indications relatives et précautions d’utilisation sont :
l’obésité (indice de masse corporelle [IMC] ≥ 30 kg/m2) ;
la dyslipidémie ;
une chirurgie majeure avec immobilisation prolongée, surtout orthopédique ;
l’utilisation de certains médicaments inducteurs enzymatiques (antiépileptiques, antirétroviraux).
Les alternatives sont nombreuses. Il faut choisir la plus adaptée à chaque patiente, en tenant compte de ses préférences et ses besoins.
Un état des lieux « alarmant » de la santé des femmes
Par ailleurs, l’analyse de l’ensemble des dossiers médicaux collectés par l’Observatoire national de la santé des femmes montre un panorama préoccupant de la santé vasculaire des femmes en France. Dans cette cohorte à haut risque (femmes âgées de 15 à 85 ans, avec un âge médian de à 57 ans), 9 personnes sur 10 cumulent au moins deux facteurs de risque, deux tiers avaient des signes d’alerte CV (palpitation, essoufflement, douleur thoracique, malaise…) et 4 sur 10 une anomalie des troncs supra-aortiques et/ou de l’aorte abdominale et des artères des membres inférieurs (plaque de cholestérol ou sténose athéromateuse). Pourtant, 8 femmes sur 10 n’avaient aucun suivi CV. Si 1 personne sur 2 avait une PA élevée, seulement 1 sur 5 était traitée.
Coëz L, Christin-Maitre S. Contraception féminine. Rev Prat Med Gen 2026;40(1104):69-78.