L’incontinence urinaire peut s’expliquer par différentes causes : neurologiques, gynécologiques, urologiques, multimorbidité, iatrogénie, etc. Quand aucune cause n’est retrouvée, elle est dite idiopathique, alors même que les causes psychologiques n’ont pas été recherchées. Pourtant, les fuites urinaires peuvent constituer le signe révélateur d’un psychotraumatisme, plus ou moins ancien, ou d’une comorbidité psychologique. Plusieurs études rapportent une association significative entre événements de vie stressants et symptômes du bas appareil urinaire1.C’est le cas chez les personnes ayant vécu des expériences traumatisantes comme des agressions sexuelles durant l’enfance ou un état de stress post-traumatique à l’âge adulte.
Incontinence urinaire et événements traumatiques durant l’enfance
Plusieurs études montrent que les abus émotionnels, psychologiques, physiques et/ou sexuels subis dans l’enfance sont associés à la survenue d’une incontinence urinaire et à sa sévérité à l’âge adulte. Les femmes ayant subi des violences sexuelles ont par exemple deux fois plus de risque de présenter une hyperactivité vésicale ou une incontinence urinaire2.
Ce risque est également présent chez les hommes et semble même être plus important que chez les femmes3. Le nombre d’événements traumatisants semble jouer un rôle : plus il est élevé, plus le risque de développer des symptômes du bas appareil urinaire est important.
Incontinence urinaire et événements traumatiques durant l’âge adulte
À l’âge adulte, la survenue d’abus, ou d’événements de vie (accidents, attentats, etc.) responsables d’un état de stress post-traumatique sont associés à des symptômes du bas appareil urinaire4. Une étude menée auprès de vétérans américains a ainsi révélé que ceux souffrant d’état de stress post-traumatique avaient deux fois plus de risque d’avoir un trouble urinaire1. La prévalence de l’état de stress post-traumatique est également accrue chez les femmes souffrant d’incontinence urinaire par urgenturie ou mixte.
Hypothèses explicatives
Les expériences traumatisantes semblent affecter le système nerveux central, provoquant des modifications durables des voies sérotoninergiques et noradrénergiques, des zones cérébrales comme le cortex préfrontal, toutes impliquées dans la régulation du réflexe mictionnel5. Des perturbations hormonales, telles que des niveaux élevés de cortisol, pourraient contribuer au développement de symptômes urinaires en réponse au stress psychologique.
Par ailleurs, les comorbidités psychiatriques pourraient également expliquer cette association, puisque la dépression est fréquente chez les victimes d’abus6, et il existe une relation bidirectionnelle entre dépression et incontinence urinaire7.
Enfin, certains traitements psychotropes peuvent entraîner une incontinence urinaire.
Approches diagnostique et thérapeutique
Certains experts suggèrent d’inclure une évaluation psychologique dans le parcours de soins des patients ayant des symptômes du bas appareil urinaire, notamment pour ceux qui sont réfractaires aux traitements classiques5.
Le dépistage systématique des troubles de l’humeur, de l’anxiété et d’états de stress post-traumatique au moyen de questionnaires validés pourrait améliorer la qualité de vie des patients et renforcer l’efficacité des traitements urologiques. Par exemple, les thérapies cognitivocomportementales, combinées aux interventions urologiques, semblent apporter un bénéfice supplémentaire chez ces patients2.
Symptôme possible de traumatismes psychologiques
Les fuites urinaires peuvent être un symptôme révélateur de traumatismes psychologiques antérieurs.
Leur identification et une prise en charge intégrée tenant compte des aspects psychologiques sont nécessaires pour améliorer la continence urinaire et la qualité de vie des patients.
2. von Gontard A, Vrijens D, Selai C, et al. Are psychological comorbidities important in the aetiology of lower urinary tract dysfunction-ICI-RS 2018? Neurourol Urodyn 2019;38 Suppl 5:S8–17.
3. Teunissen TAM, Lagro-Janssen ALM, Akkermans RP, et al. Sex differences in the association between (sexual) abuse and lower urinary tract symptoms. Neurourol Urodyn 2024;43(5):1199–206.
4. Link CL, Lutfey KE, Steers WD, et al. Is abuse causally related to urologic symptoms? Results from the Boston Area Community Health (BACH) Survey. Eur Urol 2007;52(2):397-406.
5. Tarcan T, Selai C, Herve F, et al. Should we routinely assess psychological morbidities in idiopathic lower urinary tract dysfunction: ICI-RS 2019? Neurourol Urodyn 2020;39 Suppl 3:S70–9.
6. Hailes HP, Yu R, Danese A, et al. Long-term outcomes of childhood sexual abuse: An umbrella review. Lancet Psychiatry 2019;6(10):830–9.
7. Joinson C, Drake MJ, Fraser A, et al. Bidirectional relationships between depression, anxiety and urinary symptoms in women: A prospective cohort study. J Affect Disord 2024;369:516–22.