Ces travaux portent sur deux grandes familles d’additifs largement utilisés par l’industrie agroalimentaire, retrouvés notamment dans les produits ultratransformés (aliments et boissons) : les colorants et les conservateurs. Parmi les trois millions et demi de produits répertoriés par la base Open Food Facts World, plus de 139 000 contiennent au moins un additif colorant alimentaire, et plus de 700 000 au moins un conservateur. Sur les emballages, ils correspondent aux codes européens compris entre E100 et E199 (colorants), entre E200 et E299 (conservateurs au sens strict) et entre E300 et E399 (additifs conservateurs antioxydants).
Jusqu’à récemment, il restait difficile d’évaluer précisément l’exposition des consommateurs à chaque additif et d’étudier leurs effets potentiels. C’est l’un des apports de ces nouvelles recherches, menées par des équipes de l’Inserm, d’INRAE, de l’Université Sorbonne Paris Nord, de l’Université Paris Cité et du Cnam, au sein de l’Équipe de recherche en épidémiologie nutritionnelle (Cress-Eren).Les résultats font l’objet de 3 articles publiés dans Diabetes Care , European Journal of Epidemiology et European Heart Journal .
Plus de 100 000 adultes français inclus
Les chercheurs se sont appuyés sur les données recueillies dans l’étude NutriNet-Santé, lancée en 2009. Les participants y renseignent régulièrement leurs habitudes alimentaires, leur mode de vie, leur état de santé, leurs antécédents médicaux, ainsi que des informations sociodémographiques. Les déclarations alimentaires, réalisées sur des périodes de 24 heures, incluent les noms et les marques des produits consommés. Ces données ont ensuite été croisées avec plusieurs bases, dont Oqali, Open Food Facts et GNPD, et couplées à des dosages d’additifs dans les aliments et les boissons et à une collecte de données de doses auprès de l’autorité européenne des aliments (EFSA). Cette méthodologie permet d’évaluer les expositions des participants au fil du suivi.
Les analyses ont tenu compte de nombreux facteurs confondants : âge, sexe, niveau socioéconomique, tabac, alcool, activité physique, qualité nutritionnelle globale et type d’alimentation (calories, sucre, sel, graisses saturées, fibres…)
Pour chaque étude, les personnes déjà diagnostiquées de la pathologie étudiée avant le début du suivi étaient exclues. Par conséquent, chacune porte sur un effectif total différent : 105 260 participants pour l’étude sur les colorants et le risque de cancer, 108 723 pour celle sur le risque de diabète de type 2, et 112 395 pour celle sur les conservateurs.
Surrique de diabète, cancer, HTA
Pour les colorants alimentaires, les études montrent un lien avec un surrisque de diabète de type 2 : au global, une forte consommation est associée à une augmentation de 38 %. Certains colorants individuels étaient associés à une hausse de risque : les caramels (43 %), les caroténoïdes (E160 ; 39 %), le bêta-carotène (E160a ; 44 %), le caramel ordinaire (E150a, 46 %), la curcumine (E100 ; 49 %), les anthocyanes (E163 ; 40 %).
La consommation globale de colorants était également associée à une augmentation de 14 % du risque de cancer, de 21 % du cancer du sein et de 32 % de cancer du sein post-ménopause. Parmi les colorants pris individuellement, émergent le bêta-carotène (E160a ; hausse de 16 % du risque de cancer et de 41 % du risque de cancer du sein) et le caramel ordinaire (E150a ; augmentation de 15 % du risque de cancer).
La troisième étude s’est intéressée aux conservateurs : elle met en évidence une augmentation de 24 % du risque d’hypertension artérielle chez les plus forts consommateurs par rapport aux personnes peu exposés. Pour les conservateurs non-antioxydants : hausse de 29 % du risque d’HTA et de 16 % du risque de maladies CV ; pour les antioxydants : surrisque de 22 % d’HTA. Parmi les 17 conservateurs alimentaires individuels, huit étaient associés à une incidence plus élevée d’HTA, dont le sorbate de potassium (E202 ; + 39 %) et l’acide citrique (E330 ; + 25 %). L’acide ascorbique (E300) était associé à une incidence plus élevée de maladies CV (+ 15 %).
Ces résultats s’ajoutent à ceux de deux études précédentes menées par la même équipe montrant des associations entre la consommation des conservateurs et le risque de cancer et de diabète de type 2.
Qu’en retenir ?
Si ces résultats ne démontrent pas à eux seuls un lien de cause à effet, ils mettent toutefois en évidence des associations observées à grande échelle, dans une cohorte suivie sur une longue période.
Ainsi, les auteurs plaident pour une réévaluation par les autorités sanitaires de la sécurité de ces additifs, intégrant, pour les conservateurs, une analyse bénéfice-risque.
Dans l’attente, ces travaux viennent appuyer les conseils du Programme national Nutrition santé : limiter autant que possible les aliments ultra-transformés, réduire l’exposition aux additifs non essentiels et privilégier les produits bruts ou peu transformés.
Shah S, Hasenböhler A, Javaux G, et al. Food colouring additives and cancer incidence in the NutriNet-Santé prospective cohort. Eur J Epidemiol 9 avril 2026.
Hasenböhler A, Javaux G, Payen de La Garanderie M, et al. Preservative food additives, hypertension, and cardiovascular diseases: the NutriNet-Santé study. Eur Heart J 20 mai 2026.
Inserm. Colorants, conservateurs : trois nouvelles études pointent des liens entre additifs alimentaires et risque accru de cancer, de diabète de type 2, de maladies cardiovasculaires et d’hypertension. 21 mai 2026.