Le gouvernement a révélé le 5e Programme national nutrition santé pour la période 2026 - 2030. Ce plan s’articule autour de 3 axes et 20 mesures destinés à améliorer l'état de santé de la population via l'alimentation et l'activité physique, en agissant tant sur l'environnement que sur les comportements individuels. Une attention particulière est portée aux enfants et aux femmes enceintes et allaitantes.

À l’occasion du One health summit , rendez-vous international consacré à la santé globale organisé à Lyon du 5 au 7 avril 2026, le gouvernement a annoncé la publication de 2 programmes centraux de santé publique pour 2026 - 2030, le 4e Programme national pour l’alimentation (PNA 4) et le 5e Programme national nutrition santé (PNNS 5). C’est de ce dernier dont il est question dans cet article.

Tenir compte des limites du PNNS 4

Le PNNS 5 est inspiré de son prédécesseur, en essayant d’améliorer ce qui est ressorti de son évaluation, sévère, par l’Igas. Publiée en décembre 2025, cette dernière juge les avancées apportées par le PNNS 4 et le PNA 3 « très en-deçà des attentes » , et constate un manque de lisibilité et d’efficacité de ces programmes, par ailleurs difficiles à évaluer – « les rares éléments en matière d’impact » n’étant « pas favorables » (situation nutritionnelle très en deçà des repères, évolution préoccupante de l’obésité et de certaines maladies chroniques, etc.).

L’Igas a donc recommandé plusieurs pistes d’amélioration : renforcer l’action sur l’offre alimentaire, en limitant les teneurs en sel, sucres, graisse et additifs des aliments, à travers des accords collectifs et en soutenant « très fortement » l’agriculture biologique ; limiter la consommation et la promotion d’aliments ultratransformés ; réduire les inégalités nutritionnelles sociales et territoriales, avec une vigilance marquée pour les outre-mer ; prendre en compte les enjeux climatiques et environnementaux ; disposer de données collectées régulièrement pour évaluer l’impact des mesures.

Des propositions qui ont été entendues, d’après l’éditorial du PNNS 5 par sa présidente Mathilde Touvier, chercheuse ayant participé au développement du Nutri-Score. Concrètement, quelles sont les nouveautés de ce cinquième PNNS ?

Des objectifs ambitieux

Tout d’abord, le PNNS 5 donne des recos nutritionnelles générales pour la population (encadré 1), quasiment inchangées par rapport au PNNS 4. Les objectifs précis de cette nouvelle version sont indiqués dans le tableau ci-contre : améliorer l’offre alimentaire, en visant d’ici 2030 12 % des produits consommés bio et une réduction de 20 % des produits ultratransformés, ainsi qu’augmenter le volume des produits affichant le Nutri-Score et des consommateurs l’utilisant.

Concernant les apports nutritionnels, les objectifs sont là-aussi ambitieux : atteindre 90 % des adultes consommant moins de 7,5 g/jour de sel (la consommation moyenne était de 8,1 g/jour en 2015), ou encore toute la population adulte sous les 10 % de l’apport énergétique total provenant des sucres libres (moyenne à 11 % en 2015). Par types d’aliments, le PNNS 5 vise : une consommation de plus de 5 portions de fruits et légumes/j (une portion = 80 - 100 g) chez > 55 % des adultes ; une augmentation de la consommation de légumineuses (au moins une portion/semaine) ; au moins une portion/semaine de fruits à coque sans sel ajouté (pour les plus de 3 ans) ; 1 - 3 produits laitiers/jour ; limiter viande (hors volaille), poisson, charcuterie, boissons sucrées et alcool. Enfin, outre l’alimentation, d’autres objectifs sont visés : augmentation de l’activité physique des enfants et des seniors, lutte contre la sédentarité, amélioration de l’allaitement maternel.

Quelles mesures concrètes ?

Pour réaliser ces objectifs, le rapport comporte 20 actions regroupées en 3 axes (listées en encadré 2), ainsi que des mesures complémentaires tirées d’autres plans d’action publique (notamment de la Stratégie nationale sport-santé 2025 - 2030). Focus sur les mesures principales.

Cibler l’environnement nutritionnel

Le nouveau programme prévoit de réduire progressivement la teneur en sucres des produits consommés par les enfants (viennoiseries, pâtisseries, biscuits et gâteaux industriels) via un accord collectif avec la filière industrielle concernée. De même, il incitera à retirer les confiseries des sorties de caisse de supermarché, à améliorer l’environnement alimentaire en magasin et limiter les stratégies marketing à destination des enfants en faveur de produits trop gras, sucrés, salés, éventuellement par l’élaboration d’une charte entre le ministère de la Santé et les entreprises. En outre, une charte avec les industriels concernés devrait améliorer l’offre des distributeurs automatiques (plus petites portions, produits bio, meilleur Nutri-Score).

Il est également prévu d’améliorer la qualité de l’offre alimentaire en Outre-mer et d’y favoriser l’accès de tous les jeunes à un repas équilibré, en jouant sur l’amélioration de l’offre du Bouclier qualité prix et des dispositifs d’aide alimentaire.

Enfin, l’amélioration de l’environnement nutritionnel passe aussi par une protection accrue des jeunes vis-à-vis des publicités pour des produits non sains et des fast-foods, en particulier près des écoles, au profit de produits plus sains et durables. Enfin, il y aura un renouvellement des messages sanitaires devant accompagner les publicités alimentaires (en lien avec l’avis du HCSP).

Cibler les comportements individuels

Autre priorité : poursuivre le déploiement du (nouveau ) Nutri-Score. Une phase expérimentale de 3 ans sera lancée afin de permettre à l’ensemble des acteurs volontaires de l’utiliser en restauration collective et commerciale, ainsi que sur les denrées non préemballées.

De nouvelles recos nutritionnelles seront élaborées, en intégrant davantage les enjeux de durabilité environnementale (sujet sur lequel la Société française de nutrition a déjà publié des recos en 2024), ainsi que les régimes d’exclusion (végétarien, vegan, etc.).

La feuille de route prévoit en outre de sensibiliser sur les risques liés à la prise de compléments alimentaires sans suivi par un professionnel de santé ; pour ce faire, elle s’appuiera sur ces derniers comme relais d’information, en renforçant leurs connaissances sur Nutrivigilance, sur les situations à risque et les interactions médicamenteuses, avec création d’outils pratiques pour les aider.

La prévention du surpoids et de l’obésité chez l’enfant sera une grande cause nationale d’ici 2030, avec d’ambitieux objectifs (- 30 % de prévalence du surpoids), en s’appuyant sur des mesures tirées de la Stratégie nationale sport-santé 2025 - 2030, dont l’instauration d’un mois de l’activité physique et sportive (à partir de septembre 2026), et la formation des professionnels concernés à l’APA.

Le PNNS donne une place spécifique à l’accompagnement des femmes avant, pendant et après la grossesse, avec l’élaboration par Santé publique France de nouvelles recos nutritionnelles, en se basant sur celles de l’Anses et du HCSP. La promotion de la supplémentation en vitamine B9 sera maintenue, avec poursuite de l’évaluation par l’Anses de l’enrichissement des denrées alimentaires en acide folique. Enfin, plusieurs actions visent à favoriser l’allaitement maternel : en sortie de maternité (lignes d’écoute, coordination locale entre PMI, maternités, sage-femmes), ou lors de la reprise du travail (nouvelles réglementations, accroissement des capacités d’accueil des bébés).

Autre objectif : encadrer la qualité nutritionnelle des repas servis dans les établissements de la petite enfance, en cohérence avec les nouvelles recos, et diffuser ces dernières ainsi que les recos d’activité physique et de sédentarité auprès des professionnels et des parents d’enfants de moins de 4 ans.

Concernant les personnes âgées, la feuille de route appelle à renforcer la prévention et le repérage de la dénutrition, en s’appuyant sur la généralisation du programme Icope (test détaillé dans cet article), à partir de 60 ans. En outre, les guidelines pour les repas en Ehpad seront actualisées, et l’accès à l’APA amélioré.

Agir à l’échelle collective (écoles, entreprises)

Enfin, entre les grandes décisions de santé publique et les incitations individuelles, l’échelon des collectivités (écoles, universités, entreprises) est essentiel à mobiliser. Plusieurs actions sont évoquées  :

  • déployer des programmes nutritionnels adaptés au sein des écoles dans les territoires ultramarins ;

  • évaluer l’impact du dispositif des Petits Déjeuners à l’école ;

  • permettre aux entreprises de disposer d’outils de promotion d’une alimentation saine et durable, de la pratique d’activités physiques et sportives et de la diminution du temps de sédentarité en milieu professionnel ;

  • soutenir le développement d’environnements inclusifs et lutter contre les discriminations et la stigmatisation des personnes en situation d’obésité ;

  • permettre aux professionnels de s’informer, de se former et d’agir pour la mise en place de projets de prévention en nutrition.


Encadre

Recommandations nutritionnelles générales du PNNS 5

Augmenter la consommation :

  • fruits et légumes : au moins 5/jour ;

  • légumes secs : au moins 2 fois/semaine ;

  • fruits à coque non salés : une petite poignée par jour ;

  • plats faits maison quand c’est possible.

Aller vers :

  • les féculents complets : au moins 1 fois/jour ;

  • les poissons, gras et maigres en alternance : 2 fois/semaine ;

  • une consommation de produits laitiers suffisante mais limitée : 2/jour pour les adultes, 3/jour pour les enfants ;

  • les aliments de saison et produits localement si possible ;

  • les aliments bio si possible.

Réduire la consommation :

  • alcool : maximum 2 verres/jour, et pas tous les jours ;

  • boissons sucrées, aliments gras, sucrés, salés et ultratransformés ;

  • produits salés et sel ;

  • produits avec un Nutri-Score D et E ;

  • viande : privilégier la volaille, limiter les autres viandes (porc, bœuf, veau, mouton, agneau, abats) à 500 g/semaine.

  • charcuterie : ≤ 150 g/semaine.

D’après : Ministère de la Santé, des Familles, de l’Autonomie et des Personnes handicapées. Programme national nutrition santé 2026 - 2030. 8 avril 2026.

Encadre

Les 20 mesures du PNNS 5

Axe 1 : Garantir à tous l’accès à des environnements nutritionnels durables favorables à la santé.

  • Action n°1 : Réduire progressivement la teneur en sucres des produits fréquemment consommés par les enfants à travers un accord collectif avec la filière.

  • Action n°2 : Inciter la grande distribution à retirer les produits de confiserie des sorties de caisse en supermarché.

  • Action n°3 : Améliorer la qualité de l’offre proposée dans les distributeurs automatiques.

  • Action n°4 : Améliorer la qualité de l’offre alimentaire et favoriser l’accès de tous les enfants et étudiants à un repas équilibré dans les territoires ultramarins.

  • Action n°5 : Renforcer et mieux structurer le soutien d’aide alimentaire pour les territoires ultramarins.

  • Action n°6 : Protéger les jeunes des publicités pour des produits non sains et les fast-foods, en particulier près des écoles.

  • Action n°7 : Réviser le dispositif obligatoire des messages sanitaires pour renforcer leur rôle d’incitation comportementale.

Axe 2 : Encourager des comportements nutritionnels sains et durables.

  • Action n°8 : Promouvoir le déploiement du logo Nutri-Score en France et à l’international sur les produits préemballés, non préemballés et en restauration hors foyer.

  • Action n°9 : Permettre à chacun de s’appuyer sur des recommandations de consommation alimentaire saine et durable.

  • Action n°10 : Sensibiliser sur les risques potentiels liés à la consommation de compléments alimentaires sans suivi par un professionnel de santé.

  • Action n°11 : Faire de la prévention du surpoids et de l’obésité chez l’enfant une grande cause nationale d’ici 2030.

  • Action n°12 : Accompagner les femmes enceintes, en post-partum, via l’élaboration de nouvelles recommandations nutritionnelles et assurer des apports suffisants en vitamine B9 pour la santé des nouveau-nés.

  • Action n°13 : Soutenir et faciliter l’allaitement maternel pour les femmes qui le souhaitent.

  • Action n°14 : Améliorer la qualité nutritionnelle des repas servis dans les établissements de la petite enfance et diffuser les recommandations nutritionnelles auprès des professionnels de la petite enfance et des parents d’enfants de moins de 4 ans.

  • Action n°15 : Renforcer la prévention et le repérage de la dénutrition et actualiser et promouvoir les recommandations nutritionnelles pour les personnes âgées.

Axe 3 : Renforcer le rôle des entreprises, des établissements scolaires et d’enseignement supérieur comme lieux promoteurs de santé.

  • Action n°16 : Déployer des programmes nutritionnels au sein des écoles dans les territoires ultramarins.

  • Action n°17 : Évaluer l’impact du dispositif des Petits Déjeuners à l’école.

  • Action n°18 : Permettre aux entreprises de disposer d’outils de promotion d’une alimentation saine et durable, de la pratique d’activités physiques et sportives et de la diminution du temps de sédentarité en milieu professionnel.

  • Action n°19 : Favoriser le développement d’une image corporelle positive chez les individus, soutenir le développement d’environnements inclusifs et lutter contre les discriminations et la stigmatisation des personnes en situation d’obésité.

  • Action n°20 : Permettre aux professionnels de s’informer, de se former et d’agir pour la mise en place de projets de prévention en nutrition.

D’après : Ministère de la Santé, des Familles, de l’Autonomie et des Personnes handicapées. Programme national nutrition santé 2026 - 2030. 8 avril 2026.

Dans cet article

Ce contenu est exclusivement réservé aux abonnés

Une question, un commentaire ?