En France, on compte plus de 500 000 cas de morsures ou griffures par an, survenant surtout pendant l’été, période propice aux activités de loisirs impliquant des animaux. Retrouvez dans cette fiche synthétique les risques à connaître, ainsi que la conduite à tenir en médecine générale, selon l’animal incriminé, la localisation et la nature de la lésion. 

Touchant en majorité les enfants, les morsures et griffures sont le plus souvent causées par les chiens et les chats, mais aussi par les nouveaux animaux de compagnie (hamsters, souris et autres rongeurs), et plus rarement par les vipères, chauves-souris, lièvres, etc.

Les risques sont principalement fonctionnels (liés aux atteintes vasculonerveuses et tendineuses), esthétiques et infectieux. Ces derniers, dont les complications peuvent être graves, dépendent non seulement de l’animal (v. encadré ci-dessous) mais aussi de la sensibilité spécifique des victimes (gravité plus élevée chez les immunodéprimés), ainsi que du type de blessure et de sa localisation.

Ainsi, une prise en charge immédiate et adaptée permet de prévenir les complications graves : infections locorégionales (érysipèle, ostéite, arthrite), complications à distance (lymphadénite, endocardite), mais également les décès ou les séquelles esthétiques.

Traitement de la plaie

Lavage et parage

Tarir l’hémorragie en comprimant la plaie.

Laver abondamment au sérum physiologique, ce qui facilite l’examen de la plaie puis l’ablation des tissus nécrosés et dévitalisés (une anesthésie locale peut faciliter le geste).

Enfin, la désinfection doit être large, abondante, à base d’antiseptique iodé.

Quand suturer ?

L’indication de suture doit être évaluée au cas par cas, en fonction du bénéfice (esthétique) et du risque (infectieux). Le tableau ci-contre liste les principales indications et contre-indications (ces dernières concernent surtout : plaies par écrasement, ponctiformes, touchant mains et pieds, datant de plus de 12 heures, etc.).

Examens complémentaires et avis spécialisé

Les plaies profondes et touchant l’os, les plaies tendineuses, articulaires, vasculonerveuses, les lacérations faciales, les abcès et la présence d’un corps étranger peuvent orienter vers une prise en charge chirurgicale, si le pronostic fonctionnel et esthétique est mis en jeu.

La place des examens complémentaires est limitée. En cas de fièvre ou d’infection locorégionale, un bilan biologique à la recherche d’un syndrome inflammatoire est nécessaire (protéine C-réactive et hémogramme) ; en cas d’écoulement purulent, un prélèvement local et une hémoculture doivent être réalisés. L’imagerie, telle que l’échographie articulaire, doit être réalisée en cas d’arthrite avec ponction du liquide articulaire à visée microbiologique. La tomodensitométrie peut être proposée en cas de suspicion d’ostéite ou d’abcès. Enfin, s’il existe un souffle cardiaque fébrile, l’échographie cardiaque transthoracique doit être réalisée à la recherche une endocardite infectieuse (Bartonella, S. moniliformis, Pasteurella).

Enfin, la mise à jour du calendrier vaccinal et l’évaluation du risque rabique (v. encadré ci-dessous) sont deux éléments clés à ne pas manquer. Un test rapide à la recherche d’anticorps antitétaniques peut être réalisé.

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Antibiothérapie : quand la prescrire ?

Elle doit être initiée le plus rapidement possible en cas de :

– morsure de chat ou de rat ;

– souvent en cas de morsure de chien et de chauve-souris lorsque la plaie est profonde (en cas de morsure de chauve-souris, associer un traitement antirabique) ;

– recommandée pour les morsures d’autres animaux en cas de plaie souillée, délabrante, touchant certaines localisations (système vasculaire, mains, organes génitaux, visage, à proximité des articulations ou de l’os) et lorsqu’une suture est nécessaire ou que le patient est immunodéprimé.

Amoxicilline + acide clavulanique est le traitement de référence (1 g 3 fois par jour). En cas d’allergie à la pénicilline, l’alternative est la doxycycline (100 mg toutes les 12 heures). La durée du traitement est de 7 jours.

Le recours à un infectiologue est nécessaire en cas de complications.

Encadre

Principaux risques infectieux liés aux morsures et griffures d’animaux

Les agents infectieux incriminés en cas de morsure et griffure sont ceux de la cavité orale et ceux de la peau (Pasteurella, Bartonella, Staphylococcus, Streptococcus spp, Capnocytophaga canimorsus et les bactéries anaérobies).

Maladie des griffes du chat

Due à Bartonella henselae, bactérie intracellulaire à Gram négatif, la maladie est responsable de lésions cutanées érythémateuses vésiculeuses ou papuleuses (3-10 jours d’incubation), suivie d’une adénopathie dans le territoire de drainage qui peut évoluer vers la suppuration (fig. 2). L’endocardite infectieuse à B. henselae survient préférentiellement sur une valvulopathie préexistante et impose une sérologie et d’une échographie cardiaque transthoracique.

Pasteurellose

Elle est due à Pasteurella multilocida (bactérie à Gram négatif). L’incubation est très courte (3 à 24 heures). La lésion d’inoculation est inflammatoire (fig. 1) avec un écoulement purulent, et peut s’accompagner d’une adénopathie satellite et parfois d’une lymphangite. En l’absence de traitement, des arthrites, ostéomyélites, tendinopathies, et plus rarement le sepsis et les localisations secondaires (pneumopathie, méningite, endocardite) peuvent survenir.

Infection à Capnocytophaga canimorsus

Elle peut causer chez l’homme de sévères complications telles qu’une endocardite, un sepsis, un choc septique, voire le décès, et ce, particulièrement chez les sujets aspléniques, immunodéprimés ou atteints d’hépatopathie chronique.

Infection à Streptobacillus moniliformis

Même si les griffures et morsures de rat, de souris ou d’autres rongeurs demeurent anecdotiques, 10 % d’entre elles peuvent se compliquer de cette infection (incubation de 4 à 10 jours) qui se manifeste par un rash fébrile, un sepsis, des localisations secondaires (arthrite, abcès, pneumopathie, méningite, endocardite) et rarement le décès.

Morsure de serpent

Une morsure de serpent peut s’infecter avec la flore orale de l’animal (probablement de nature fécale, à cause des déjections de leurs proies) : Pseudomonas aeruginosa, Proteus sp, Clostridium sp, Bacteroides fragilis, Salmonella sp.

Outre le risque infectieux, il peut exister un risque d’envenimation (en France, seules les vipères et les couleuvres de Montpellier possèdent des crochets à venin). Pour limiter la diffusion du venin : immobiliser la personne, la placer de sorte que la partie mordue soit située plus bas que le niveau du cœur (ne jamais poser de garrot ; inutile d’aspirer le venin). Il faut rassurer le patient, le calmer et surtout éviter les gestes inutiles voire dangereux (garrot, ingestion d’alcool, injection systématique de sérum antivenin polyvalent, administration de corticoïdes ou d’héparine sous-cutanée) et appeler le 15 (évaluation et prise en charge hospitalières). 

Rage

Elle est devenue en France métropolitaine une maladie essentiellement du voyageur exposé en zone d’enzootie rabique, le risque d’exposition humaine à un mammifère terrestre y est faible (quelques animaux illégalement introduits). Toutefois, la rage doit être prise en compte notamment en cas de morsure de chauve-souris (indication absolue à une prophylaxie post-exposition immédiate associant immunoglobulines spécifiques et traitement antirabique) ; si la morsure provient d’un animal inconnu, contacter le centre antirabique.

D’après
Melenotte C, Lagier JC. Conduite à tenir devant une morsure ou une griffure animale.  Rev Prat 2019;69(3);324-7.
Lire aussi :
Delarue K. Gestion d’une plaie aiguë au cabinet. Rev Prat (en ligne), 21 juillet 2022.
Ganière JP. Risque de zoonoses par morsures et griffures animales.  Rev Prat 2019;69(3);320-3.
Dossier élaboré selon les conseils du Pr Barbara Dufour. Zoonoses infectieuses.  Rev Prat 2019;69(3);319-41.
Bourée P. Morsures de serpents : ce qu’il ne faut pas faire.  Rev Prat (en ligne) 25 août 2021.
Parize P. Rage : une maladie d’importation.  Rev Prat Med Gen 2020;34(1041);361-2.

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