Les oméga- 3 jouent-ils un rôle en prévention primaire, secondaire ou tertiaire du cancer du sein ? Dès 2011, l’Anses avait identifié « la possibilité d’un effet protecteur ». Quinze ans plus tard, une revue réexamine cette hypothèse en se fondant sur les données les plus récentes.

Les oméga- 3 les plus actifs sont l’acide docosahexaénoïque (DHA) et l’acide eicosapentaénoïque (EPA), des nutriments essentiels issus de l’acide alphalinolénique (ALA). Ces acides gras sont nécessaires au développement et au fonctionnement de la rétine, du cerveau et du système nerveux. Ils proviennent majoritairement d’huiles végétales hydrogénées pour l’ALA, et des poissons gras pour l’EPA et le DHA.

La consommation d’oméga- 3 serait bénéfique dans différentes affections : HTA (diminution de la PA), maladie CV (réduction de la morbimortalité, par exemple en cas de FA), DMLA (en prévention primaire), dépression (efficacité de la supplémentation en curatif), mais aussi cancer. Sur ce dernier point, un travail de l’Anses avait conclu en 2011 à « la possibilité d’un effet protecteur » pour « les cancers du sein, du colorectum et de la prostate ». Mais quelles sont les dernières données ? Un papierparu en septembre 2026 dans les Cahiers de Nutrition et de Diététique fait le point.

Mécanismes d’action

Les données précliniques récentes montrent que l’EPA et le DHA inhibent la cancérogénèse mammaire à 4 niveaux :

  • effet apoptotique induit par l’activation de voies intrinsèques (mitochondriale) et extrinsèques (« récepteurs de mort ») ;

  • impact sur la signalisation cellulaire, dérégulée dans certains cancers (inhibition des voies PI3K-Akt-mTOR et JAK-STAT, activation des voies MAPK-ERK et Ras-Raf-MEK-ERK) ;

  • induction d’un stress oxydatif et d’une peroxydation lipidique menant à la mort cellulaire ;

  • accumulation de cholestérolvia l’inhibition par l’EPA des protéines SREBP2 et ABCA1, ce qui peut causer la mort cellulaire.


Les effets favorables potentiels de ces lipides reposent aussi sur la synthèse de molécules anti-inflammatoires appelées résolvines et sur l’inhibition de la synthèse d’acide arachidonique. Ce dernier sert de précurseur à la synthèse des eicosanoïdes, molécules pro-inflammatoires jouant un rôle dans le développement du cancer du sein.

En outre, les oméga- 3 inhibent la croissance tumorale et favorisent l’autophagie, et exercent des effets anti-angiogéniques et antimétastatiques (surtout le DHA) sur le microenvironnement tumoral.

Enfin, l’association EPA/DHA semble potentialiser l’effet de la chimiothérapie et de la thérapie ciblée sur des lignées de cancer du sein hormonodépendant et triple négatif.

En prévention primaire

Le rapport de l’Anses suggérait qu’une consommation de poisson et/ou d’oméga- 3 pourrait être associée à une réduction du risque de survenue du cancer du sein. Depuis, l’ensemble des données de la littérature reste assez limité avec quelques études cas-témoins (ici, ici et là), de cohorte (ici et là) et 2 méta-analyses. Parmi ces dernières, l’une nie et l’autre ne fait que suggérer un éventuel effet protecteur des oméga- 3, et toutes soulignent la faible qualité des travaux publiés.

Ainsi, même si les études cas-témoins et de cohortes suggèrent une tendance à la diminution du risque de cancer du sein chez les plus fortes consommatrices d’oméga- 3, aucun argument ne justifie à l’heure actuelle une supplémentation en prévention primaire.

Pendant le cancer

La localisation cancéreuse mammaire s’avère la plus étudiée concernant l’intérêt des oméga- 3 pendant le cancer.

En cours de traitement, quelques études cliniques suggèrent un lien entre sévérité du cancer du sein (présence de métastases osseuses et tumeurs multifocales) et faibles concentrations érythrocytaires d’oméga- 3. Aucune donnée ne soutient l’intérêt d’un apport d’oméga- 3 pour améliorer la tolérance aux chimiothérapies. Cependant, dans les rares études disponibles, la supplémentation en oméga- 3 est associée à une amélioration de la qualité de vie des patientes mais également des paramètres nutritionnels, inflammatoires et immunitaires.

En conséquence, il est d’usage de supplémenter les patientes sous traitement en cas de statut nutritionnel dégradé (20 % des femmes touchées) afin d’améliorer l’appétit et limiter la prise de poids (faible niveau de preuves), en accord avec les guidelines européennes.

En prévention tertiaire

En prévention tertiaire, les oméga- 3 semblent associés à une diminution de la récidive et une amélioration de la survie globale. Par ailleurs, comme évoqué dans une revue de 2015, l’efficacité peut varier selon la source (poisson vs compléments), la qualité des aliments, et la consommation d’oméga- 6, souvent trop élevée dans les régimes occidentaux pour permettre aux oméga- 3 d’agir efficacement.

Cependant, aucun effet de ces lipides sur la mortalité spécifique n’est décrit. Ce résultat soulève des interrogations sur leur mode d’action, qui pourrait être indirect, lié à des bénéfices CV généraux.

En conclusion, si les oméga- 3 pourraient être d’excellents candidats pour améliorer la qualité de vie et le pronostic des survivantes,les preuves cliniques de haut niveau manquent encore pour une recommandation systématique en prévention tertiaire.

Améliorer la recherche

Pour conclure, les auteurs soulignent la faiblesse de la littérature actuelle, 15 ans après l’expertise initiale de l’Anses. D’après eux, beaucoup reste à faire : « il est nécessaire de définir l’intérêt et les effets cliniques selon la forme et l’origine des oméga- 3 (totaux, marins, apports individuels de DHA, EPA et ALA), et de développer des études cliniques, notamment interventionnelles, avec une méthodologie robuste. Il reste également à définir des doses d’oméga- 3 cliniquement efficaces et acceptables pour les sujets compte tenu de leur faible tolérance digestive. »

Pour en savoir plus
Bobin-Dubigeon C, Bard JM. Acides gras polyinsaturés oméga 3 EPA/DHA et cancer du sein – Du nouveau en clinique ? Cah Nutr Diet 16 septembre 2026.

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