Plusieurs études ont montré l’intérêt des oméga- 3 dans certaines formes de dépression de l’adulte, en complément des antidépresseurs. Mais qu’en est-il chez les enfants et les ados ? Une étude parue dans JAMA Network Open a comparé les effets d’une prise quotidienne d’oméga- 3 pendant 36 semaines versus placebo dans cette population jeune.

Face à un épisode dépressif caractérisé (EDC) modéré ou sévère de l’enfant ou de l’adolescent, en accompagnement du traitement (psychothérapie en 1re intention, antidépresseur en 2e intention), il est conseillé d’adopter une alimentation saine (type régime méditerranéen). Cependant, l’intérêt des compléments alimentaires, et notamment des oméga- 3 (à l’efficacité reconnue chez l’adulte), n’est pas clair chez l’enfant et l’adolescent, une méta-analyse spécifique ainsi qu’une récente étude clinique contrôlée et randomisée le remettant en cause dans cette population.

Pour y voir plus clair, une équipe de chercheurs a mené dans 5 services suisses de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent un essai randomisé contrôlé contre placebo en double aveugle. À l’inclusion, les participants devaient avoir 8 à 18 ans, et vivre un EDC modéré à sévère. La sévérité de l’épisode était évaluée avec le score Children depression rating scale-revised (CDRS-R), allant de 17 à 113 – un score ≥ 40 confirmant le diagnostic de dépression.

Le bras complémenté a reçu 1,5 g/jour d’oméga- 3 sous la forme d’une gélule (1 g d’acide eicosapentaénoïque [EPA] + 0,5 g d’acide docosahexaénoïque [DHA]) pendant 36 semaines. Les moins de 13 ans ont reçu la moitié de cette dose pour réduire la gêne gastrointestinale. Le bras placebo a reçu une gélule identique en apparence, mais constituée de gélatine de poisson. L’usage d’antidépresseurs avant ou durant l’essai était autorisé pour permettre l’inclusion d’enfants souffrant d’EDC sévère.

Le critère de jugement principal était le changement du CDRS-R entre l’inclusion et les semaines 6, 12, 24 et 36. Les critères secondaires incluaient la rémission (CDRS-R ≤ 28) à chaque étape, une réponse (définie comme une réduction de 30 % du CDRS-R) aux semaines 6 et 12, la qualité de vie et la dépression rapportée.

Pas de différence significative

Les résultats sont parus le 2 janvier 2026 dans le JAMA Network Open . Sur les 257 participants randomisés (âge moyen [± écart-type] = 15,7 ± 1,7 ans ; 73,2 % de filles ; CDRS-R à l’inclusion = 58,5 ± 8,8), 129 ont reçu des oméga- 3, et 128 la gélule placebo. Les scores CDRS-R moyens ont baissé de manière similaire entre les 2 groupes ; à 12 semaines, ils étaient respectivement (oméga- 3 vs placebo) de 45,98 vs 46,08, et à 36 semaines de 36,50 vs 36,83. De même, la différence dans la réponse observée n’était pas significative entre les 2 bras, ainsi que les critères secondaires précédemment évoqués.

Les auteurs en concluent que leurs résultatsne soutiennent pas le bénéfice des oméga- 3 par rapport au placebo comme traitement adjuvant de la dépression chez l’enfant et l’adolescent.

Référence
Berger G, Häberling I, Emery S, et al. ω-3 Fatty Acids in Pediatric Major Depressive Disorder: A Randomized Clinical Trial.  JAMA Netw Open 2026;9(1):e2548703.
Pour en savoir plus :
Martin Agudelo L. Dépression : quelles mesures nutritionnelles prescrire ?  Rev Prat (en ligne) 29 octobre 2024.
Fond G. Nutrition et santé mentale.  Rev Prat Med Gen 2024;38(1092):515-7.
Nobile C. Dépression : les mesures nutritionnelles qui ont fait leurs preuves. Rev Prat (en ligne) 4 mai 2022.
Fond G, Lançon C, Boyer L. Nutrition et psychiatrie.  Rev Prat Med Gen 2020;34(1042):428-9.

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