Les principales sociétés savantes impliquées dans la gestion des plaies ont élaboré un livre blanc consacré aux plaies chroniques ou complexes. Objectif : aider les soignants de premier recours à repérer les situations à risque et à orienter plus rapidement les patients grâce à des circuits d’adressage mieux définis.

La prévalence de patients porteurs de plaies ouvertes en population générale est de 10,2 % en France, dont 43 % évoluant depuis plus de 6 semaines. Ce nombre devrait augmenter à l’avenir, avec le vieillissement de la population et la hausse d’autres facteurs de risques (diabète, pathologies CV). Mal connues du grand public et minimisées par nombre de soignants, les plaies chroniques représenteraient pourtant 2 à 5 % des dépenses de santé.

Dans un contexte de réformes des études infirmières et médicales, des experts issus des principales sociétés savantes impliquées dans la prise en charge des plaies* ont publié en juin 2026 un livre blanc du parcours de soins. Selon les auteurs, leur travail « vise à apporter des repères pratiques, structurer la démarche clinique et soutenir la prise de décision. » Qu’en retenir pour la pratique ?

Quelques rappels

Une plaie chronique est définie par un délai de cicatrisation allongé (≥ 4 à 6 semaines d’évolution). Les principales sont les ulcères de jambe, les escarres, les plaies du pied diabétique et les moignons d’amputation. Selon leur étiologie, elles ont des évolutions différentes (par exemple, une plaie du pied diabétique cicatrise plus lentement qu’un ulcère de jambe).

On parle de plaie complexe dès lors que le soignant qui la prend en charge l’évalue comme telle. Cette complexité est souvent multifactorielle : difficultés diagnostiques, gravité, comorbidités (infection osseuse sous-jacente ou associée, dénutrition, appui persistant sur la plaie…), facteurs liés au patient (précarité, troubles cognitifs, parcours de soins compliqué), etc.

Parcours de soins : évolutions organisationnelles

Le livre blanc met en avant l’importance d’une prise en charge multidisciplinaire. Le MG devient explicitement le coordinateur médical du parcours patient : il doit s’articuler avec les experts plaies et les IDE pour le choix du traitement local et le parcours de soins, dans un contexte d’élargissement légal des compétences de ces derniers en juin 2026. Pour rappel, les IDE peuvent désormais prescrire et renouveler les pansements pour la plupart des plaies chroniques (hors pied diabétique, absence de cicatrisation, ou plaie liée aux soins oncologiques).

Le groupe d’experts préconise la formation des professionnels de santé de premier recours par environ 10 heures de cours en faculté sur les « Plaies et Cicatrisation », la création de centres experts plaie labellisés par niveau d’expertise, le déploiement national du dispositif Domoplaies (triage rapide des plaies chroniques et coordination en télémédecine), ainsi que le renforcement de l’intégration des IPA dans le parcours plaies et dans la prise en charge des comorbidités des patients.

Quel degré d’urgence ?

Afin de sécuriser le traitement des plaies, quel que soit leur type, il est essentiel d’identifier précocement les situations à risque nécessitant une prise en charge rapide voire urgente. Un véritable triage temporel est proposé.

Les urgences (moins de 24 h)

Les signes d’alerte suivants justifient un recours immédiat au médecin traitant, au 15 ou à un spécialiste (chirurgien vasculaire, infectiologue…) :

  • douleur aiguë, intense et inhabituelle ;

  • signes d’infection sévère :

    • généraux : fièvre, frissons, altération de l’état général,

    • locaux : rougeur, chaleur, œdème, nécrose étendue ou rapidement évolutive,

    • suspicion d’infection grave des tissus mous (dermohypodermite, fasciite nécrosante) ;

  • plaie du pied diabétique avec signes inflammatoires, abcès ou signes infectieux systémiques ;

  • signes d’ischémie critique ;

  • en cas de brûlure, atteinte d’une zone anatomique à risque (main, visage, périnée).


À évaluer rapidement (dans la semaine)

Contexte médical à risque :

  • plaie du pied diabétique non infectée ;

  • pathologies vasculaires :

    • artériopathie oblitérante des membres inférieurs (AOMI) modérée,

    • insuffisance veineuse chronique ;

  • immunodépression ;

  • pathologie cancéreuse ;

  • antécédent de plaie chronique ;

  • exposition de structures profondes (tendon, os, articulation) ;

  • pathologie neurologique (neuropathie, paraplégie, tétraplégie…).


Contexte psychosocial :

  • situation de précarité ;

  • troubles cognitifs impactant la prise en charge.


Vigilance renforcée

Certaines situations doivent inciter à une surveillance accrue et à une réévaluation régulière.

Éléments cliniques :

  • plaie très exsudative ;

  • échec de traitements successifs ;

  • étiologie atypique ou mal identifiée ;

  • plaie cavitaire difficile à explorer (profondeur ou décollements non évaluables) ;

  • absence d’amélioration après 2 semaines sans cause identifiée (au lieu de 4 semaines précédemment).


Contexte médical associé :

  • maladies systémiques ;

  • cancer ;

  • traitements impactant la cicatrisation (corticothérapie, chimiothérapie) ;

  • maladie rénale chronique ;

  • insuffisance cardiaque ;

  • dénutrition ;

  • récidive d’escarre chez une personne lésée médullaire ;

  • pathologie psychiatrique.


Contexte social : isolement.

CAT en premier recours

Le livre blanc propose des arbres décisionnels pour les principales plaies chroniques : les escarres (figures 1, 2 et 3), les ulcères de jambe (figure 4) et les plaies du pied diabétique (figure 5).

Escarres

Le médecin traitant réalise une évaluation étiologique de la plaie, note sa surface et prend des photos pour surveiller l’évolution. Il peut prescrire un écho-Doppler en cas d’escarre au talon. Il sollicite un avis d’expert urgent (présentiel en centre de cicatrisation ou téléconsultation) en cas de signes d’infection sévère, de plaie impossible à mettre en décharge, d’escarre de stade ≥ 3 (cf. figure 3), de douleur non contrôlée, ou en présence de comorbidités. La prise en charge initiale repose sur la décharge de la plaie, la correction de la dénutrition et un traitement local.

Après 7 jours, un avis d’expert est recommandé en cas d’évolution défavorable.

Ulcère de jambe

Les experts insistent sur l’importance d’un diagnostic étiologique rapide et notamment sur la réalisation d’écho-Doppler artériel et/ou veineux pour préciser la nature de l’ulcère et « gagner du temps sur la cicatrisation ».

La prise en charge de l’ulcère de jambe veineux – IPS entre 0,91 et 1,40 – a fait l’objet de récentes recos de la SFMV : elle repose sur la compression veineuse par bandages multicouches ou orthèses, la réduction de la surcharge pondérale et une activité physique adaptée.

En cas d’ulcère mixte, artériel, de type non identifié ou d’ulcère veineux ayant une évolution défavorable (absence de réduction de surface > 40 % après 4 à 6 semaines, signes du paragraphe précédent), demander un avis d’expert.

Plaie de pied diabétique

Pour le pied diabétique, les experts recommandent de s’orienter selon la classification SINBAD (tableau). Un score SINBAD de 0 - 2correspond à une plaie non compliquée, qui peut être suivie en ville avec décharge et surveillance rapprochée, sous réserve d’une évolution favorable à 2 semaines (définie par une diminution d’un moins 25 % de la surface de la plaie). Un score ≥ 3 caractérise une plaie complexe nécessitant une orientation vers un centre spécialisé dans les 48 h.

La prise en chargerepose sur 5 piliers : équilibre glycémique, antibiothérapie voire parage chirurgical anti-infectieux, mise en décharge, revascularisation si nécessaire et traitement local.

Société française de dermatologie, Société française de l’escarre, Société française et francophone des plaies et cicatrisation, Société francophone du diabète, Société française de gériatrie et gérontologie, Société française de médecine vasculaire.

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