Bonne nouvelle : le tabagisme est en baisse en France, en particulier chez les adolescents. Les 15 - 16 ans ne sont plus que 3 % à fumer des cigarettes en 2024, contre plus de 31 % en 1999, ce qui laisse espérer d’atteindre une génération sans tabac dès 2032 !
En parallèle, le vapotage est en progression continue depuis les années 2010. Selon le Baromètre de Santé publique France de 2024, plus de 6 adultes sur 100 vapotent de façon quotidienne, soit plus de 3 millions de personnes. Cet usage s’inscrit dans la durée : une part importante déclare une utilisation de plusieurs années, 59 % au-delà de 2 ans. De plus, 65 % des vapoteurs y associent une consommation de tabac. L’offre de produits est de plus en plus diversifiée, avec une grande variété de dispositifs, d’arômes, et même la possibilité de mélanger les ingrédients soi-même (pratique appelée « do it yourself »).
Contrairement au tabac, le vapotage repose sur le chauffage d’un liquide sans combustion, mais cela n’exclut pas l’exposition à des substances toxiques. Après une analyse rigoureuse de la littérature scientifique – soit près de 3 000 articles et plusieurs rapports internationaux –, l’Anses a publié son évaluation des risques sanitaires liés au vapotage. Quels enseignements en tirer ?
Des effets sanitaires « possibles » à moyen/long termes
L’analyse montre que le vapotage est associé à des effets sanitaires possibles à moyen et long termes, notamment cardiovasculaires : augmentation de la pression artérielle, de la fréquence cardiaque, de la rigidité artérielle, altération de la fonction endothéliale, réduction de la réponse hyperhémique, probablement liées à la nicotine. Il s’agit toutefois de modifications réversibles. À ce jour, le lien avec l'émergence de maladies chroniques, comme l’HTA, les coronaropathies, ou la survenue d’AVC reste à démontrer.
L’agence a identifié également des possibles effets sur les voies respiratoires, tels que la survenue de BPCO et d’inflammation pulmonaire (liées aux e-liquides et non à la nicotine), ainsi que l’association « probable » avec des modifications biologiques compatibles avec les premières étapes de la cancérogenèse (stress oxydant), sans pouvoir conclure à un effet cancérogène à ce jour.
De plus, des données expérimentales animales récentes suggèrent que l’exposition à la e-cigarette pendant la gestation pourrait avoir un impact sur le développement cardiaque fœtal (altérations des cellules cardiaques, hémodynamiques ou troubles du rythme cardiaque) et induire des altérations morphologiques et fonctionnelles du poumon. Ces observations doivent être interprétées avec précaution (modèles animaux), mais incitent à la prudence chez la femme enceinte.
Enfin, les experts ont évalué les risques liés à certaines substances émises et inhalées lors du vapotage. Les études montrent que, malgré l’absence de combustion, plusieurs aldéhydes (acétaldéhyde, acroléine, formaldéhyde, furfural, glyoxal, propionaldéhyde) reconnus pour leurs effets toxiques, notamment cancérogènes, sont toujours présents dans les émissions des produits du vapotage. « Leur inhalation présente un risque sanitaire pour le vapoteur », concluent les experts. D’autres substances potentiellement problématiques ont été identifiées, comme des métaux ou des produits de dégradation de la sucralose, formés par le processus d’aérosolisation de l’e-cigarette.
Mieux que le tabac, mais…
L’Anses reconnaît que les effets associés à l’usage de la cigarette électronique ne sont pas d’une gravité équivalente à ceux provoqués par le tabac. Pour l’ensemble des effets sanitaires décrits, les poids de preuves sont toujours inférieurs à ceux connus pour le tabagisme. L'absence de combustion réduit significativement l'exposition aux substances toxiques et cancérogènes contenues dans la fumée du tabac.
Néanmoins, la présence de composés toxiques dans les émissions, ainsi que d’une substance addictive comme la nicotine, imposent une vigilance, à cause du manque de recul. En effet, les connaissances sur le vapotage n’ont pas l’antériorité de celles sur le tabac, et la distinction entre les effets spécifiques du vapotage et ceux du tabac fumé est complexe à étudier en raison des parcours d’usage, la quasi-totalité des vapoteurs adultes étant fumeurs ou anciens fumeurs.
Une place dans le sevrage tabagique ?
Au regard des risques identifiés, l’Anses recommande de ne pas encourager le vapotage, en particulier chez les non-fumeurs et les jeunes, et d’éviter toute forme de banalisation de la cigarette électronique, la consommation par les adolescents étant largement motivée par un effet de mode et l’attrait pour certains produits au goût fruité.
Toutefois, la cigarette électronique peut s’inscrire dans une démarche de sevrage tabagique en complément des dispositifs d’accompagnement existants, tout en conservant l’objectif d’un arrêt de cet outil à terme.
Plus particulièrement, les experts recommandent :
- pour les non-vapoteurs (y compris anciens fumeurs) et les personnes n’ayant jamais fumé : ne jamais commencer à vapoter ;
- pour les fumeurs ou vapofumeurs : l’arrêt complet reste l’objectif ultime en matière de santé. La cigarette électronique peut être utilisée dans un objectif de sevrage tabagique, après échec des autres méthodes (accompagnement, médicaments), mais pour viser un arrêt complet de tout produit fumé et non seulement pour réduire sa consommation de tabac ;
- chez la femme fumeuse enceinte : privilégier l’arrêt complet de la cigarette fumée avec un accompagnement et des traitements de substitution nicotinique, sans utiliser la cigarette électronique. En cas d’échec, la cigarette électronique peut être envisagée comme une alternative pour un arrêt complet de la cigarette fumée, tout en sachant les risques du vapotage sur la descendance existent même s’ils sont moindres que ceux du tabac fumé ;
- la pratique « do it yourself » n’est pas dénuée de risques tels que le surdosage, l’emploi d’ingrédients non adaptés à l’inhalation et l’exposition accidentelle de l’entourage en particulier des enfants. Respecter les préconisations de mélange disponibles et de n’utiliser que les kits prévus à cet effet.
Anses. Avis et rapport sur l’évaluation des risques sanitaires liés aux produits du vapotage. Décembre 2025.
Pour aller plus loin :
Mallordy F. Cigarette électronique : moins nocive, mais plus addictogène ? Rev Prat (en ligne) 1er avril 2025.
Martin Agudelo L. Vapotage : quels risques pulmonaires et cardiovasculaires ? Rev Prat (en ligne) 6 mai 2025.
Mallordy F. Vapotage : quels risques de pathologies pulmonaires et de cancer ? Rev Prat (en ligne) 6 février 2025.
Mallordy F. Le vapotage responsable d’asthme et de bronchite chronique. Rev Prat (en ligne) 9 avril 2024.