Le ronflement primaire est lié à la vibration sonore des parois nasopharyngées, provoquée par le rétrécissement du calibre des voies aériennes supérieures au cours du sommeil, en l’absence d’apnée, d’un autre trouble respiratoire du sommeil ou de symptômes diurnes associés. Plusieurs causes peuvent l’expliquer : nez bouché (sinusite, allergie, etc.), surpoids, position sur le dos, prise de somnifères, grosses amygdales, consommation d’alcool, manque de sommeil, rétrognathie, macroglossie, palais mou distendu, luette longue, etc.
Le ronflement primaire est très courant, et augmente en prévalence avec le poids et l’âge : il concerne plus de 40 % des adultes de plus de 50 ans, et plus de la moitié des plus de 60 ans. S’il ne nuit pas au sommeil du patient ni à ses activités diurnes, il peut avoir un retentissement majeur sur l’entourage, notamment sur le ou la partenaire, et donc sur la vie de couple.
Des guidelines récentes, notamment les recos allemandes de 2019 et celles de l’Australasian Sleep Association en 2023, ont abordé l’évaluation diagnostique et la prise en charge du ronflement primaire. Plus récemment, un consensus international d’experts, publié le 27 avril 2026, a proposé 44 recommandations fondées sur une méthode Delphi modifiée. Ce dernier a été élaboré par 35 experts ORL issus de 16 pays, dont 16 experts français.
Le ronflement est-il « sévère » ?
Une réduction significative de la qualité de vie du couple attribuée au ronflement définit un ronflement primaire sévère. Les retours du partenaire sont donc cruciaux pour le diagnostic. Le ronflement doit survenir la plupart des nuits, sans autre trouble respiratoire du sommeil associé. Il peut causer des perturbations pour les personnes hors de la chambre.
L’altération de la vie sociale (restriction des activités sociales, honte, etc.) doit être également prise en compte. Le taux de ronflement ou le volume de ronflement moyen/maximum peuvent être utiles à l’évaluation, mais selon les experts, ils ne constituent pas à eux seuls des critères de sévérité.
Quand suspecter un SAHOS ?
La présence de ronflements sévères quotidiens associés à des pauses respiratoires pendant le sommeil, une sensation d’étouffement/suffocation pendant le sommeil, des céphalées matinales ou encore des indices d’un sommeil perturbé ou non réparateur (insomnie, nycturie, somnolence diurne, fatigue, troubles de l’humeur ou de la concentration) doivent orienter vers un syndrome d’apnées-hypopnées obstructives du sommeil (SAHOS). Des échelles de dépistage prenant en compte la présence de comorbidités (obésité, âge, sexe, HTA, diabète) sont disponibles ici, et permettent d’évaluer rapidement le risque de SAHOS.
Prendre en charge les comorbidités nasales
Devant un ronflement primaire, il faut rechercher systématiquement des symptômes rhinologiques (congestion nasale, rhinorrhée, douleur sinusale). Chez un patient se plaignant de ronflement et d’obstruction nasale sans aucun signe clinique suggérant un SAHOS, il est possible de traiter d’abord l’obstruction nasale avant d’investiguer plus précisément le ronflement.
En cas d’inflammation de la muqueuse nasale, des rinçages du nez et des corticoïdes nasaux peuvent être proposés. Enfin, la possibilité d’une rhinite allergique doit être évoquée, et prise en charge le cas échéant.
Traitement non chirurgical : plusieurs options
Le traitement du ronflement est multimodal. Le développement de l’endoscopie sous sommeil induit (ESSI) a amélioré la compréhension des sites vibratoires pour proposer des traitements plus ciblés aux patients. Toutefois, elle reste peu utilisée.
Tout d’abord, on recommande les mesures hygiénodiététiques suivantes :
bonne hygiène nasale (contrôle des allergies, air plus humide dans la chambre, rinçage nasal si besoin, traiter toute obstruction nasale) ;
bonne hygiène de sommeil (dormir suffisamment, sur le côté et non sur le dos, la tête surélevée [oreiller]) ;
alimentation équilibrée, en évitant les repas trop lourds le soir ;
perte de poids ;
réduction/arrêt de la consommation d’alcool et de tabac ;
modification des traitements médicamenteux si possible (éviter les benzodiazépines au long cours, les opioïdes, les somnifères, les relaxants musculaires).
En parallèle, des mesures peuvent être proposées au partenaire pour mieux dormir : bouchons d’oreille, couchage avant le ronfleur voire dans une pièce différente, mesures de réduction du stress, évaluation d’autres causes possible contribuant au manque de sommeil.
Concernant les traitements non médicamenteux, les orthèses d’avancée mandibulaire (OAM) sont proposées en première intention chez les patients ayant un ronflement primaire, après évaluation par un médecin du sommeil et examen dentaire approprié. Ce traitement requiert une capacité suffisante à ouvrir la bouche, ainsi qu’une dentition adaptée.
La thérapie positionnelle (dormir sur le côté, ou utiliser un dispositif empêchant le sommeil en décubitus dorsal) est une option simple et peu risquée en cas de ronflements prédominants en décubitus dorsal.
La ventilation à pression positive continue (PPC) est efficace sur le ronflement associé au SAHOS, mais elle n’est pas un traitement habituel du ronflement primaire isolé, en raison notamment de contraintes d’observance et de tolérance. Elle peut toutefois être proposée aux patients prêts à l’utiliser.
Les dispositifs nasaux à pression expiratoire positive (ou EPAP) sont peu invasifs et globalement bien tolérés, avec des données surtout disponibles dans le SAHOS léger à modéré ; leur place dans le ronflement primaire reste moins bien établie.
La thérapie myofonctionnelle (exercices oropharyngiens anti-ronflements) a peu de risques, mais nécessite un fort engagement pour des résultats modestes.
La sclérothérapie (agent sclérosant injecté dans la sous-muqueuse du palais mou pour le rigidifier) peut être proposée aux patients ayant une vibration du palais, mais les résultats ne sont pas prévisibles et peu susceptibles d’être maintenus à long terme.
Enfin, des méthodes alternatives/complémentaires (sprays oraux, lubrifiants nasaux, dilatateurs nasaux, bandelettes nasales, scotch pour fermer la bouche, herbes) sont peu nocives, mais déconseillées par manque de données d’efficacité. Les dilatateurs nasaux peuvent toutefois être pertinents en cas d’obstruction nasale due à une pathologie des valves nasales.
Chirurgie : pour qui ?
En cas d’anatomie adaptée (notamment obstruction nasale objective, anomalies du palais mou), une chirurgie peut être proposée, après évaluation minutieuse des avantages et des risques.
Les principales méthodes et leurs indications, d’après les recos de 2023, sont les suivantes :
chirurgie nasale (septoplastie sous anesthésie générale, turbinoplastie sous anesthésie locale ou générale) : recommandée chez les patients ayant des preuves objectives respectivement de déviation septale ou d’hypertrophie turbinale ;
radiofréquence vélaire (réduction et rigidification du palais mou, sous anesthésie locale) : peut être efficace à court terme, mais les patients peuvent avoir besoin d’un traitement supplémentaire ;
uvulopalatopharyngoplastie (UPPP, ou résection d’une partie de la luette et du palais mou), proposée aux patients qui ont envisagé un traitement par OAM ou PPC. Elle se pratique sous anesthésie générale, et peut être associée à une amygdalectomie ;
implants de tissus mous palatins (pour rigidifier le palais mou et ainsi réduire sa vibration ; sous anesthésie locale) : efficace à court terme, mais taux d’extrusion trop élevé et bénéfice clinique limité ;
d’autres techniques chirurgicales existent, mini-invasives (uvulopalatoplastie au laser, laser vélaire [CO2, YAG, diode, KTP]) ou non (ostéotomie maxillomandibulaire, glossectomie, implantation d’un neurostimulateur du nerf hypoglosse [pour améliorer le tonus musculaire des voies aériennes supérieures]), mais disposent de trop peu de données pour être recommandées dans le ronflement primaire ;
une thérapie combinée (associant traitements chirurgical et non chirurgical est à considérer lorsque les risques de chacune des thérapies employées ont été discutés.
Suivi post-traitement
Les objectifs du traitement sont multiples : réduire la durée des ronflements et leur intensité moyenne/maximale, améliorer la qualité de vie du patient et du partenaire de lit. Il n’est pas conseillé d’évaluer l’intensité du ronflement uniquement via des mesures objectives isolées. L’impact subjectif, en particulier sur la qualité de vie du partenaire, doit être au centre de l’évaluation.
La réévaluation doit être effectuée 3 à 6 mois après la prise en charge choisie, qu’elle soit ou non chirurgicale. L’utilisation par le patient d’une application pour smartphone validée peut être utile pour suivre l’efficacité du traitement.
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