Entre début novembre, quand le Conseil d’orientation de la stratégie vaccinale et la Haute Autorité de santé ne prônaient pas encore l’élargissement du rappel à tous les adultes, et fin novembre, lorsque la 3e dose a été recommandée pour tous les 18 ans et plus, le changement de cap a été rapide. Explications sur cette évolution.

 

Début novembre, les experts français ne prônaient pas une dose de rappel de vaccin à ARN (6 mois après la primovaccination) pour tous les adultes, mais uniquement pour les sujets de plus de 65 ans, les personnes avec des comorbidités et l’entourage des patients immunodéprimés, ainsi que les professionnels de santé. Cette position a été motivée par le déclin relatif de la réponse immune et de l’efficacité vaccinale à l’égard des formes graves, observés en vie réelle chez les personnes vulnérables, et par les risques inhérents à l’exposition des professionnels de santé. Les experts de la FDA étaient du même avis.

Mais dès fin novembre, selon ces scientifiques, l’évolution de la situation épidémiologique ainsi que la parution de nouvelles études israéliennes appelaient à une nouvelle recommandation sur les critères d’éligibilité du rappel vaccinal.

 


Une reprise épidémique plus rapide que prévu

En effet, la situation épidémiologique s’est profondément modifiée au cours du mois de novembre, indiquant une reprise épidémique. La « 5e vague » a débuté en métropole dès début octobre et s’est nettement accélérée dès mi-novembre en relation probablement avec l’arrivée de la saison froide et ses conséquences sur les habitudes de vie.

« Cette reprise a été plus rapide que ce qui a été anticipé. Ça se voit dans toute l'Europe », a précisé Arnaud Fontanet, épidémiologiste à l’Institut Pasteur.

Elle se traduit par une hausse des nouveaux cas quotidiens (au 22 novembre 2021 : + 79 % par rapport à la semaine précédente) et, en moindre mesure, des hospitalisations (+ 12 % par rapport à la semaine précédente). Chiffres publiés dans notre article « Covid-19 : chiffres du jour et questions pratiques ».

Une augmentation qui est de mauvais augure… Selon les modélisations de l’épidémie faites par l’équipe de l’Institut Pasteur et par Santé publique France, l’impact sur le système de soins sera à nouveau marqué à partir de décembre 2021, son ampleur et sa durée étant difficiles à prévoir. Le niveau d’hospitalisations varie selon les différents scénarios, mais on pourrait craindre une montée des hospitalisations à des niveaux élevés, autour de 1 000 admissions quotidiennes en janvier-février.


Une augmentation du nombre de sujets vaccinés à l’hôpital

Par ailleurs, les données de la DREES indiquent que la proportion des personnes vaccinées hospitalisées pour Covid est en hausse : 38 % des personnes hospitalisées et 48 % des personnes en soins critiques en octobre avaient reçu un schéma complet de vaccination. Cette augmentation est logique : la proportion de la population vaccinée est nettement plus grande que celle non vaccinée, et aucun vaccin n’est efficace à 100 %. Cependant, à taille de population comparable, le risque de formes graves reste très supérieur pour les personnes non vaccinées : ces dernières ont un risque 12 fois supérieur à celui des personnes complètement vaccinées d’entrer en soins critiques. Malgré cela, le nombre absolu de personnes vaccinées hospitalisées en soins conventionnels ou en soins critiques est loin d’être négligeable, comme le montre le tableau ci-dessous. Il serait toutefois intéressant de connaître le profil de ces patients et notamment leurs comorbidités…

Tableau

Source : COSV. Avis du 19 novembre 2021 relatif au rappel en population générale (données de la DREES du premier au 31 octobre fournies par Frédéric Tallet, Charlotte Geay et Mathilde Gaini).

 


Les données israéliennes sur la 3e dose

Selon de nouvelles données israéliennes, que nous avons analysées dans un précédent article (analyse de Catherine Hill), un rappel administré au moins 5 mois après la seconde dose réduit les risques d’admission à l’hôpital de 93 %, de maladie grave de 92 % et de décès de 91 %. La réduction du risque est plus grande chez les hommes, et d’autant plus importante que la population est plus âgée ou a plus de comorbidités. Le bénéfice individuel chez les jeunes sans comorbidité n’est pas évident dans cette étude…


Un passe conditionné à la 3e dose pour tous les adultes

La HAS, quelques jours seulement après avoir recommandé l’extension au plus de 40 ans, a donc préconisé le 25 novembre de proposer la dose de rappel à l’ensemble des personnes âgées de 18 ans et plus, dès 5 mois après la primovaccination complète, selon les mêmes règles que pour les autres patients (vaccin à ARNm, quel que soit celui utilisé auparavant : Pfizer en dose pleine ou Moderna en demi-dose). Elle s’est fondée pour cette recommandation sur les résultats préliminaires d’une modélisation de l’Institut Pasteur (données non encore publiées). Selon ce modèle, la réduction du pic épidémique serait de l’ordre de 40% si la dose de rappel est élargie à toutes les personnes de 18 ans et plus (vs 20 % si le rappel concernait uniquement les plus de 65 ans)...

Olivier Véran a annoncé le 25 novembre que la validité du passe sanitaire sera conditionnée à la 3e dose pour toutes les personnes de 18 ans et plus, à partir du 15 janvier 2022 (rappel à effectuer maximum 7 mois après la primovaccination complète). Pour les plus de 65 ans, c’est toujours à partir du 15 décembre que le passe sera conditionné au rappel.


Des mesures complémentaires

Afin de s’armer contre la 5e vague, le Conseil scientifique propose d’associer d’autres mesures :

– Maintenir, voire renforcer les efforts de primovaccination. Rappelons que 13 % des plus de 80 ans n’ont pas reçu de vaccin, soit 550 000 personnes !

– Mettre en œuvre tous les moyens « d’aller-vers » pour que les personnes éligibles, en particulier les plus fragiles sur le plan sociétal, puissent bénéficier du rappel.

– Maintenir et renforcer les gestes barrières, individuels et collectifs, notamment le port du masque, l’hygiène des mains, mais également l’aération des lieux clos publics et privés.

– Appliquer et contrôler l’utilisation du passe sanitaire en particulier dans les lieux clos.

– Élargissement du télétravail, réintroduction du port du masque dans certains lieux, limitation des rassemblements, renforcement du dépistage réactif à l’école.

– Renforcer l’utilisation des tests diagnostiques le plus rapidement possible dès l’apparition de symptômes, et cela même chez les vaccinés.

Cinzia Nobile, La Revue du Praticien

Pour en savoir plus :

Nobile C. [Covid] 3e dose pour tous : ce n’est pas la panacée !  Rev Prat (en ligne) 24 septembre 2021.

Hill C. 3e dose de vaccin anti-Covid : quel intérêt ? L’analyse de C. Hill.  Rev Prat (en ligne) novembre 2021.

Martin Agudelo L. Rappel vaccinal après infection Covid : nouvelles recos.  Rev Prat (en ligne) 22 novembre 2021.

Figures et tableaux