Caractérisée par une obstruction permanente et progressive des voies aériennes, la bronchopneumopathie chronique obstructive (BPCO) toucherait environ 7,5 % des 45 ans et plus en France. Sa cause principale est le tabagisme, dans 85 % des cas, mais elle peut s’expliquer par d’autres expositions environnementales, notamment professionnelles (détaillées ci-contre en figure 1), et fait intervenir des prédispositions génétiques.
Son diagnostic est souvent trop tardif, pour plusieurs raisons : pathologie méconnue ; symptômes confondus avec d’autres maladies (asthme) ; adaptation progressive des patients au handicap (d’où une évolution insidieuse et un recours tardif aux soins) ; enfin, le diagnostic repose sur la spirométrie, sous-utilisée en MG : une étude estimait qu’en 2018, seuls 3,3 % des MG français réalisaient des spirométries (dont 18 % de MG « experts », en faisant > 60/an).
Résultat : plus de deux tiers des personnes atteintes de BPCO ne sont pas diagnostiquées, et 58 % des cas sont découverts à un stade modéré à sévère. Pourtant, une prise en charge précoce améliore symptômes et qualité de vie.
Une spirométrie adaptée aux soins primaires
Pour favoriser les diagnostics précoces, les recos de la HAS incitent les professionnels de santé à proposer une recherche de la BPCO par spirométrie chez tout patient, homme ou femme, de plus de 40 ans à risque (fumeur ou ex-fumeur, profession exposée [voir figure 1], pollution atmosphérique ou intérieure [chauffage au bois ou au charbon]) et ayant un ou des symptômes précoces chroniques, souvent quotidiens (dyspnée, toux, expectoration). Il est important de rechercher systématiquement et régulièrement ces symptômes à l’interrogatoire, ou par autoquestionnaire (en figure 2 ; 3 réponses positives doivent motiver une spirométrie).
La réalisation de la spirométrie étant l’un des principaux freins au diagnostic, son développement en soins primaires reste un enjeu crucial, surtout dans un contexte de manque de pneumologues et alors que la Société de pneumologie de langue française (SPLF) estimait en 2016 qu’une formation relativement rapide suffisait pour devenir compétent.
Toutefois, des obstacles limitent son implémentation en pratique : une spirométrie complète prend du temps (15 à 45 minutes), requiert une formation et un volume de pratique suffisants pour être correctement réalisée et interprétée, et demande un matériel spécifique onéreux avec contraintes d’utilisation (calibrations plus ou moins fréquentes). De plus, les rares spirométries réalisées en ville en France peuvent pécher par leur qualité.
Robustes et ne requérant pas d’étalonnage trop fréquent, les spiromètres à ultrasons sont particulièrement adaptés aux soins primaires. À l’aide d’un de ces outils, une équipe chinoise a développé un protocole raccourci, avec une seule manœuvre spirométrique acceptable (critères en encadré ci-dessous). Un résultat positif (rapport VEMS/CVF < 70 %) pourrait mieux sélectionner chez qui réaliser une spirométrie complète (avec 3 manœuvres acceptables minimum par mesure, et test de réversibilité), tandis qu’un résultat négatif amènerait à arrêter la recherche de BPCO.
Dans une étude de preuve de concept (N = 632 participants dépistés), cet examen raccourci s’est révélé 10 fois plus rapide que la spirométrie complète (3 vs 30 minutes), soit une durée adaptée à la MG, tout en conservant de bonnes performances diagnostiques (sensibilité = 96,6 % ; spécificité 86,0 % ; valeur prédictive positive [VPP] = 77,4 % ; valeur prédictive négative [VPN] = 98,1 %). Cependant, ce pré-diagnostic spirométrique n’avait jamais été évalué à grande échelle.
Spirométrie vs questionnaire de dépistage
Ainsi, des chercheurs et médecins de Canton (Chine) l’ont évalué dans 15 centres de soins primaires, répartis dans 3 provinces chinoises (Guangdong, Hunan et Shanxi). Il s’agissait d’un travail réalisé dans le cadre plus large d’une étude observationnelle prospective multicentrique populationnelle, la Respiratory health cohort study, dont l’objectif principal était d’explorer l’évolution de la fonction pulmonaire dans la population générale chinoise.
Des participants de cette cohorte ont été enrôlés dans l’étude actuelle entre juillet 2023 et avril 2025. Ils devaient avoir 20 ans ou plus. Les critères d’exclusion comportaient une infection respiratoire ou une exacerbation de BPCO le mois précédent ; un événement cardiaque (angor, infarctus du myocarde, arythmie maligne) dans les 3 mois ; une hospitalisation pour maladie cardiaque le mois précédent ; une chirurgie thoracique, abdominale ou oculaire dans les 3 mois ; une déficience cognitive (dont démence).
Les participants ont d’abord complété un questionnaire de dépistage de la BPCO, le COPD-SQ (voir tableau ; test positif [nécessitant une spirométrie complète] si score ≥ 16 ; arrêt de la recherche de BPCO sinon), préalablement développé et évalué par l’équipe de recherche en soins primaires en Chine. Ensuite, tous ont reçu (via un spiromètre portable à ultrasons) deux spirométrie complètes, c’est-à-dire comportant chacune 3 manœuvres répondant aux critères internationaux d’acceptabilité et de reproductibilité (critères ATS/ERS de 2019, résumés en encadré ci-dessous). Il s’agissait d’une spirométrie prébronchodilatateur, puis postbronchodilatateur après administration de 400 µg de salbutamol (pour faire le test de réversibilité, nécessaire pour diagnostiquer la BPCO [définie par un rapport VEMS/CVF< 70 %qui persiste après l’administration de bronchodilatateurs par voie inhalée]). La réalisation systématique du questionnaire de dépistage, puis des deux spirométries a permis de comparer les performances diagnostiques des 2 dépistages adaptés à la MG (questionnaire COPD-SQ, spirométrie simplifiée prébronchodilatateur).
Une formation spécifique dispensée aux MG
Les MG de l’étude ont été formés : chaque centre de soins primaires a reçu 5 chercheurs leur dispensant une formation théorique à la spirométrie, suivie d’une formation pratique d’une semaine. Pendant l’étude, un chercheur était posté dans chaque centre et réalisait quotidiennement un contrôle qualité et une supervision des procédures spirométriques.
Le critère de jugement principal était la précision de la spirométrie simplifiée à identifier les personnes souffrant de BPCO, mesurée par l’aire sous la courbe ROC, ou Auroc (valeur entre 0 [totalement inefficace] et 1 [totalement efficace] ; 0,5 indique un test sans valeur [résultat du hasard], 0,7 - 0,8 un test acceptable, et au-delà un test excellent). Les critères secondaires comportaient la sensibilité, la spécificité, la VPP, la VPN et l’exactitude (accuracy ; probabilité d’un test juste). Les chercheurs ont calculé les mêmes statistiques pour le questionnaire.
La spirométrie simplifiée est supérieure au questionnaire
Les résultats sont parus le 19 mars 2026 dans le Lancet Primary Care – un des derniers-nés de la famille de journaux du Lancet, dédié à guider la pratique en soins primaires. En tout, 141 118 sujets ont été inclus, ayant passé leurs deux spirométries complètes et rempli le COPD-SQ, dont 0,3 % avaient reçu un diagnostic de BPCO avant l’étude. Leur âge moyen [écart-type] était de 47,1 [13,3] ans, avec 54, 5 % de femmes. Parmi eux, 5,3 % ont reçu un diagnostic de BPCO, 8,1 % ont eu une spirométrie simplifiée positive (diagnostic de BPCO confirmé ensuite dans 60 % des cas), et 8,8 % un COPD-SQ positif (diagnostic confirmé ensuite dans 30 % des cas).
Les performances des deux tests déployés en MG étaient les suivantes :
- spirométrie prébronchodilatateur simplifiée (une manœuvre) : Auroc = 0,987 (IC95 % = [0,987 - 0,988]) ; sensibilité = 93,0 % [92,4 %- 93,6 %] ; spécificité = 96,6 % [96,5 %- 96,7 %] ; VPP = 60,0 % [59,2 %- 61,0 %] ; VPN = 99,6 % [99,6 %- 99,7 %] ; exactitude = 96,4 % [96,3 %- 96,5 %] ;
- questionnaire de dépistage COPD-SQ : Auroc = 0,859 [0,857 - 0,861] ; sensibilité = 50,5 % [49,4 %- 51,6 %] ; spécificité = 93,6 % [93,4 %- 93,7 %] ; VPP = 30,3 % [29,5 %- 31,1 %] ; VPN = 97,1 % [97,1 %- 97,2 %] ; exactitude = 91,3 % [91,1 %- 91,4 %].
Ainsi, la spirométrie simplifiée faisait mieux que le questionnaire pour repérer correctement les patients réellement atteints de BPCO et pour exclure les non-atteints, avec des différences importantes en sensibilité, VPP et VPN. Elle limitait de 92 % les spirométries complètes inutiles en population générale (contre 91 % pour le COPD-SQ), avec un taux de faux négatifs de seulement 7 % (souvent des personnes avec une meilleure fonction pulmonaire [rapport VEMS/CVF proche de 0,70] et moins de symptômes que les autres malades), contre 49,5 % avec le COPD-SQ. La proportion de faux positifs était de 3,4 % avec la spirométrie simplifiée, contre 6,4 % avec le questionnaire COPD-SQ. La spirométrie simplifiée maintenait de bonnes performances quelle que soit la catégorie de sujets considérée (classe d’âge, sexe, classe d’IMC, niveau de tabagisme, BPCO plus ou moins symptomatique).
Pour conclure, les auteurs indiquent que cette étude est la première à valider la performance de la spirométrie simplifiée pour dépister la BPCO en soins primaires. « En vraie vie, le niveau de contrôle qualité requis en spirométrie complète n’est pas nécessaire pour la spirométrie simplifiée, et les praticiens sans bagages en spirométrie peuvent apprendre l’examen simplifié avec un entraînement minimal », affirment-ils. Enfin, la spirométrie simplifiée est efficace tant en population générale que chez les sujets à haut risque clinique de BPCO (tabagisme ≥ 10 paquets-années et/ou symptômes respiratoires chroniques).
Cependant, ils notent plusieurs limites à leur étude : l’absence d’analyse coût-efficacité de la spirométrie simplifiée, bien que des études précédentes suggèrent un meilleur ratio coût-efficacité que l’absence de dépistage ou qu’un questionnaire ; le coût du spiromètre, qui peut être un obstacle.
Critères d’acceptabilité et de répétabilité utilisés
Critères d’acceptabilité (conformité de chaque courbe) :
- VEMS extrapolé < 0,10 L ou à 5 % de la CVF ;
- bon calibrage du matériel (pas de signe de mauvais réglage du zéro [zero-flow setting]) ;
- absence de toux dans la 1re seconde d’expiration ;
- absence de fermeture de la glotte pendant l’expiration ;
- pas de signes d’obstruction du spiromètre ou de l’embout ;
- pas de signes de fuites ;
- atteinte d’au moins un des critères suivants d’une expiration forcée complète :
- plateau sur la courbe volume-temps (≤ 0,025 L de changement de volume dans la dernière seconde d’expiration),
- temps d’expiration ≥ 15 secondes,
- CVF remplissant le critère de répétabilité ;
- si le volume de l’inspiration maximale (CVIF) après expiration forcée dépasse la CVF, la différence CVIF-CVF doit être < 0,10 L ou à 5 % de la CVF.
Critères de répétabilité (accord entre les différentes courbes) :
- pour le VEMS et la CVF : écart entre les 2 meilleures mesures < 0,15 L.
CVIF : capacité vitale inspiratoire forcée ; CVF : capacité vitale forcée ; DIP : débit inspiratoire de pointe ; VEMS : volume expiratoire maximal par seconde.
D’après : Wu F, Tang G, Wan Q, et al. Prebronchodilator simplified spirometry for screening spirometry-defined chronic obstructive pulmonary disease in primary care settings : a prospective cross-sectional diagnostic accuracy study. Lancet Prim Care 25 février 2026.
Quelques outils pour se former
- Spirométrie en médecine générale (Degano B et Soumagne T, Revue du Praticien)
- Formation à la spirométrie : détecter la BPCO en médecine générale (Société de pneumologie de langue française et Fédération française de pneumologie)
- Spirométrie (Kharat A, hôpitaux universitaires de Genève)
- Spirométrie (Cohorte Constances)
- La spirométrie portative dans la prise en charge de la BPCO en médecine générale (Welter L, HAL)
- Comment la spirométrie est intégrée par le médecin généraliste : du dépistage au suivi, dans le parcours du patient BPCO ? (Rastoll J, HAL)
Pour en savoir plus :
Roussey G, Jebrak G, Renaud-Picard B, et al. La bronchopneumopathie chronique obstructive en 2025. Rev Prat Med Gen 2025;39(1094):67-75.
BPCO : diagnostiquer et accompagner en 2025. Rev Prat (en ligne) 21 novembre 2025.
Regard L, Roche N. Diagnostic et évaluation de la gravité de la BPCO. Rev Prat 2024;74(3):318-22.
Nobile C. BPCO : 7 messages clés pour améliorer la pratique. Rev Prat (en ligne) 5 avril 2022.
Degano B, Soumagne T. Spirométrie en médecine générale. Rev Prat Med Gen 2020;34(1035):124-5.
Groupe de travail BPCO de la SPLF. « Siproforme BPCO ». Formation à la spirométrie. Détecter la BPCO en médecine générale. 2016.
HAS. Détecter et diagnostiquer la BPCO même sans symptôme apparent. 31 janvier 2020.
HAS. Guide du parcours de soins bronchopneumopathie chronique obstructive (BPCO). 30 janvier 2020.
Fron JB. Bronchopneumopathie chronique obstructive (BPCO). Recomedicales.fr 8 juillet 2025.