À l’heure où l’IA prend une place croissante et où les réseaux sociaux sont omniprésents, la question des usages problématiques des écrans se pose de plus en plus tôt, dès l’enfance. Trois médecins français (l’addictologue Julia de Ternay, la pédopsychiatre Nathalie Franc et l’addictologue Benjamin Rolland) ont donc rédigé en 2024 pour l’EMC Psychiatrieun article dédié à la prise en charge de ces troubles chez l’enfant et l’adolescent.
Quand évoquer un usage problématique ?
Concernant le jeu vidéo, le sujet de l’usage problématique est souvent formulé spontanément en consultation par l’entourage, voire par le patient. Devant une suspicion, outre le temps de jeu (qui n’est pas un critère diagnostic du trouble de l’usage du jeu vidéo dans la CIM- 11), le médecin doit rechercher ses répercussions fonctionnelles : dégradation des résultats scolaires, isolement social, détérioration du sommeil, arrêt d’autres activités de loisir, dépenses inconsidérées, etc. Il faut donc explorer les éléments médicaux, la santé mentale et d’éventuelles comorbidités psychiatriques (notamment TDAH, trouble anxieux, dépression, voire autisme), les loisirs, l’hygiène de vie, l’environnement familial, scolaire et social.
Des échelles de dépistage rapide sont disponibles. Un score validé en français, la Game addition scale permet d’évaluer rapidement un potentiel usage problématique du jeu vidéo selon 7 questions portant sur les 6 derniers mois (réponse « parfois » à « très souvent » à au moins 4 items : potentiel usage problématique).
Concernant les troubles liés au téléphone portable et aux réseaux sociaux, l’évocation est plus difficile car elle se heurte à l’absence de définition officielle de ces troubles. À défaut de disposer d’outils validés, les auteurs recommandent de manière pragmatique de s’inspirer de la méthode d’évaluation du trouble du jeu vidéo, et de façon plus générale d’évoquer un problème dès qu’une inquiétude est formulée par les parents ou le jeune.
Là aussi, il existe des outils de dépistage. Le centre hospitalier Esquirol de Limoges propose une Réseaux sociaux addiction scale (réponse « souvent » ou « très souvent » à au moins 4 items : potentiel usage problématique). Pour les réseaux sociaux, on peut suggérer l’emploi du questionnaire utilisé dans une récente étude de l’American Journal of Preventive Medicine, présenté dans le tableau ci-contre. Enfin, le score Internet addiction test en français est disponible ici (20 questions, chacune à noter de 1 à 5 ; un score de 50 - 79 indique des problèmes occasionnels à fréquents liés à l’usage d’internet, et un score ≥ 80 des troubles importants).
Poser le diagnostic
En l’absence de repères spécifiques, les cliniciens conseillent de transposer les critères diagnostiques du trouble du jeu vidéo, détaillés ci-dessous, aux autres troubles de l’usage lié au numérique (smartphone, réseaux sociaux, internet, etc.) afin de les « diagnostiquer » dans un contexte pratique.
Selon la CIM- 11, pour établir le diagnostic de trouble du jeu vidéo, le joueur doit présenter les 3 symptômes suivants depuis au moins 12 mois (durée qui peut être raccourcie en cas de symptômes sévères) :
une perte de contrôle par rapport au comportement de jeu ;
une priorité accrue donnée au jeu vidéo au détriment d’autres domaines de vie et des activités quotidiennes ;
la poursuite, voire l’aggravation, du comportement de jeu malgré l’apparition de conséquences négatives est évocatrice.
Le trouble du jeu doit également avoir un impact délétère sur le plan personnel, familial, scolaire, professionnel ou dans d’autres domaines de la vie de l’individu.
Prise en charge : comportementale, avec traitement des comorbidités
La prise en charge repose avant tout sur une thérapie cognitivo-comportementale (TCC) axée sur l’usage numérique problématique repéré (jeu vidéo ou autre), et/ou des entretiens motivationnels et/ou une thérapie familiale. Dans ce cadre, la TCC cherche à modifier les pensées dysfonctionnelles et à développer de nouveaux comportements en visant des cibles thérapeutiques personnalisées (modification des horaires de jeu, diversification des activités de loisir, travail sur l’estime de soi et les ruminations anxieuses, hygiène de sommeil, etc.).
Le bupropion et l’escitalopram se sont montré efficaces dans des études pour réduire la sévérité du trouble du jeu vidéo, mais ne sont pas indiqués chez l’enfant et l’adolescent dans cette indication.
Les éventuelles comorbidités psychiatriques sont à traiter en parallèle, et peuvent nécessiter un traitement médicamenteux.
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