L’European Dermatology Forum vient d’actualiser ses guidelines sur le traitement d’attaque de l’acné. Durée de l’antibiothérapie, place de l’isotrétinoïne, des traitements hormonaux, des nouvelles options topiques… Qu’en retenir ?

L’acné est une des principales pathologies des adolescents (prévalence : 70 - 95 %). Fréquent motif de consultation en MG, elle fait l’objet de préconisations datées sur le Vieux Continent : 2015 en France (SFD), 2016 en Europe. Après les lignes directrices américaines de 2024 (AAD), l’European Dermatology Forum s’est mis à la page et a publié en mars 2026 ses nouvelles guidelines , en version courte et en version longue. Elles abordent uniquement le traitement d’attaque de l’acné.

Les options considérées sont classées en 5 catégories : fortement recommandé (haut niveau de preuves), recommandable (niveau modéré), à considérer (niveau faible), sans avis (par manque de données), à éviter. Le traitement varie en fonction du type d’acné : rétentionnelle, papulopustuleuse légère à modérée, papulopustuleuse sévère ou nodulaire modérée, nodulaire sévère ou conglobata (voir encadré 1).

Acné rétentionnelle

Aucun traitement ne bénéficie d’une recommandation forte. Le forme légère relève d’un traitement topique en 1re intention. Les rétinoïdes – adapalène plutôt qu’(iso)trétinoïne, trifarotène disponible depuis 2020 – sont les seules options ayant un niveau de preuves modéré. On peut ensuite considérer l’acide azélaïque ou le peroxyde de benzoyle.

Il ne faut pas utiliser d’isotrétinoïne systémique (sauf rare cas d’acné rétentionnelle sévère), ni d’antibiotiques oraux. Certains contraceptifs hormonaux oraux, utilisables hors AMM dans des atteintes plus sévères (cf. plus bas), ne sont pas recommandés (hors prescription pour objectif gynécologique ou contraceptif : dans ce cas, proposer une option prenant en compte son action anti-acnéique).

Les experts ne disposent pas d’assez de preuves pour statuer sur la photothérapie dynamique, le laser, la lumière intense pulsée (IPL) et la lumière visible, ou sur la spironolactone chez l’adolescente.

Acné papulopustuleuse légère à modérée

Deux associations fixes topiques prédominent : peroxyde de benzoyle – adapalène (type Epiduo gel), et peroxyde de benzoyle – clindamycine (Encallik gel).

Viennent ensuite plusieurs recommandations conditionnelles :

  • des monothérapies locales : acide azélaïque, peroxyde de benzoyle, rétinoïdes (adapalène plutôt qu’(iso)trétinoïne, trifarotène) ;

  • la combinaison fixe topique trétinoïne – clindamycine (moins préconisée que peroxyde de benzoyle – clindamycine en raison d’un risque accru d’antibiorésistance) ;

  • des associations antibiotique oral (3 mois max) / rétinoïde topique, si l’acné est modérée (doxycycline ou lymécycline + adapalène ou trifarotène) ;

  • chez l’adolescente et la jeune femme, on peut envisager l’addition de spironolactone per os (hors AMM) au traitement choisi.


On peut considérer, sur la base d’une littérature plus parcellaire, le zinc oral, la lumière bleue, et plusieurs combinaisons médicamenteuses : doxycycline ou lymécycline per os + acide azélaïque local ; doxycycline ou lymécycline per os + peroxyde de benzoyle – adapalène topique ; doxycycline ou lymécycline per os + peroxyde de benzoyle local ; érythromycine – (iso)trétinoïne topique.

Il ne faut pas prescrire une antibiothérapie topique seule, ni l’association fixe zinc – érythromycine. Attention : en cas d’acné légère, il ne faut prescrire ni d’antibiotiques per os, ni d’isotrétinoïne ni de traitement d’appoint par contraceptifs hormonaux oraux.

Il n’y a pas de consensus sur la photothérapie dynamique, le laser, l’IPL et la lumière rouge.

Acné papulopustuleuse sévère ou nodulaire modérée

L’isotrétinoïne per os est à préférer, à 0,3 - 0,5 mg/kg/j, au moins 6 mois (prolongeable si réponse insuffisante). Viennent ensuite les associations doxycycline ou lymécycline per os + agent topique (adapalène, trifarotène, acide azélaïque, adapalène – peroxyde de benzoyle). Avec un faible niveau de preuves, on peut proposer doxycycline ou lymécycline per os + peroxyde de benzoyle topique, et chez les adolescentes l’ajout au traitement choisi d’un contraceptif hormonal ou de spironolactone (hors AMM).

Il n’y a pas de consensus sur la photothérapie dynamique, le laser, l’IPL et la lumière rouge.

On évite les monothérapies topique, antibiotique orale, par contraception hormonale.

Acné nodulaire sévère ou conglobata

On privilégie si possible l’isotrétinoïne per os (≥ 0,5 mg/kg/j possible, max 1 mg/kg/j). Viennent après les associations doxycycline ou lymécycline orale + acide azélaïque ou adapalène – peroxyde de benzoyle topique. Avec un faible niveau de preuves, on retrouve doxycycline ou lymécycline per os + adapalène ou peroxyde de benzoyle topique, et chez les adolescentes l’ajout hors AMM d’un contraceptif hormonal ou de spironolactone.

Il n’y a pas d’accord sur la photothérapie dynamique, le laser, l’IPL. Les options non recommandées sont les mêmes que dans les formes papulopustuleuse sévère ou nodulaire modérée.

Qu’en retenir ?

  • Les acnés papulopustuleuse sévère et nodulaire modérée sont à traiter initialement par isotrétinoïne per os dans la mesure du possible.

  • Si l’atteinte est légère, pas de prise orale d’antibiotiques ni d’isotrétinoïne.

  • On peut choisir un traitement d’attaque avec un plus faible niveau de preuves selon la disponibilité, le remboursement, sa sécurité, le profil du patient et ses préférences.

  • Les antibiotiques oraux doivent être prescrits pendant 3 mois maximum. Antibiotiques oraux et topiques ne doivent pas être associés.

  • Dans les acnés modérées à sévères de la jeune femme, certains contraceptifs hormonaux et la spironolactone (hors AMM) ont une place en traitement d’appoint. En conséquence, lors du choix d’un contraceptif, il faut prendre en compte son effet potentiel sur l’acné (encadré 2).

  • En cas de grossesse, l’isotrétinoïne per os est CI. On peut proposer par voie topique l’acide azélaïque ou le peroxyde de benzoyle (associable avec clindamycine ou érythromycine), et par voie orale le zinc ou l’azithromycine.

  • L’imprécision demeure sur la position des nouveaux topiques (trifarotène, clascotérone [anti-androgène ayant l’AMM européenne depuis octobre 2025, indisponible en France]), par manque de comparaisons directes.

  • Des conseils pratiques sur le traitement de l’acné en MG sont à retrouver ici.


Encadre

1. Les quatre formes d’acné des guidelines européennes de 2026

  • Acné rétentionnelle : souvent une acné débutante. On observe des lésions rétentionnelles, les comédons ouverts (« points noirs ») et fermés (« points blancs »). Souvent très légère à légère selon la classification GEA de la SFD (score = 1 - 2), elle est sévère dans de rares cas (aspect « en papier de verre »).

  • Acné papulopustuleuse légère à modérée : zone touchée facilement identifiable (moins de la moitié du visage). La plupart des patients ont une forme mixte, avec quelques lésions à la fois inflammatoires superficielles (papules ou pustules ≤ 5 mm de diamètre) et rétentionnelles (comédons). Elle est très légère à légère selon le GEA (score = 1 - 2).

  • Acné papulopustuleuse sévère ou nodulaire modérée : extension des lésions très variable, de moins de la moitié du visage à son intégralité. Observation de nombreuses papulopustules / comédons et/ou de quelques lésions inflammatoires profondes (ou nodules > 5 mm de diamètre). Le GEA la classe en légère à sévère (score = 2 - 4).

  • Acné nodulaire sévère ou conglobata : visage recouvert de nodules. La forme conglobata est marquée par une extension sur le cou, le tronc, les membres supérieurs voire les fesses, avec kystes et comédons polyporeux ; elle cause souvent des cicatrices définitives. Atteinte très sévère (GEA = 5).

D’après : Nast A, Al Wattar BH, Beylot-Barry M, et al. Update of the EuroGuiDerm evidence-based guideline for the treatment of acne – short version. J Eur Acad Dermatol Venereol 2026 ;40(7) :1162 - 72. CC BY 4.0.

Encadre

2. L’impact potentiel sur l’acné des principaux contraceptifs hormonaux.

Effet bénéfique potentiel :

  • cocyprindiol (EE + acétate de cyprotérone) ;

  • certains COC de 1re génération (EE + acétate de chlormadinone), 2e g. (EE+ lévonorgestrel ou noréthistérone), 3e g. (EE + désogestrel ou gestodène ou norgestimate), 4e g. (EE + diénogest ou drospirénone, estradiol + acétate de nomégestrol).

Peu susceptible d’aggraver l’acné, voire bénéfique :

Certains progestatifs oraux seuls de 3e g. (désogestrel) et 4e g. (diénogest, drospirénone).

Susceptible d’aggraver l’acné :

  • des progestatifs oraux seuls de 1re g. (acétate de médroxyprogestérone), 2e g. (lévonorgestrel, noréthistérone), 3e g. (norgestimate, gestodène) et 4e g. (acétate de nomégestrol) ;

  • contraceptifs non oraux : implant à l’étonogestrel, patch à la norelgestromine, DIU au lévonorgestrel, anneau vaginal à l’EE + étonogestrel.

COC : contraceptifs oraux combinés ; DIU : dispositif untra-utérin ; EE : éthinylestradiol.
COC : contraceptifs oraux combinés ; DIU : dispositif untra-utérin ; EE : éthinylestradiol.

D’après : Nast A, Al Wattar BH, Beylot-Barry M, et al. Update of the EuroGuiDerm evidence-based guideline for the treatment of acne – short version. J Eur Acad Dermatol Venereol 2026 ;40(7) :1162 - 72. CC BY 4.0.

Pour en savoir plus
Nast A, Al Wattar BH, Beylot-Barry M, et al. Update of the EuroGuiDerm evidence-based guideline for the treatment of acne – short version.  J Eur Acad Dermatol Venereol 2026;40(7):1162-72. CC BY 4.0.
Nast A, Al Wattar BH, Beylot-Barry M, et al. EuroGuiDerm evidence-based guideline for the treatment of acne – long version. 2025.
Ballanger-Desolneux F. Acné de l’adulte.  Rev Prat Med Gen 2026;40(1104):91-6.
Nobile C. Acné de l’adolescente et de la femme.  Rev Prat (en ligne) 25 avril 2025.
CEDEF. Item 111 – Dermatoses faciales : acné, rosacée, dermatite séborrhéique.  Ann Dermatol Venereol FMC 2023;3(7):465-75.
Acné : que prescrire en attendant l’avis du dermatologue ?  Rev Prat (en ligne) 15 mars 2022.
Badaoui A, Mahé E. Item 109. Dermatoses faciales.  Rev Prat 2018;68(8):e303-9.
SFD, CDP. Les recommandations du CDP : acné. 2015.
SFD. Acné. Évaluation de la sévérité. Global Acne Evaluation (GEA).

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