Bien que rares, les allergies aux colorants ne doivent pas être sous-estimées. L’allergie à l’E120, un colorant largement utilisé dans l’industrie alimentaire et cosmétique, est l’une des mieux documentées. Ses manifestations allergiques variées : urticaire de contact, anaphylaxie après ingestion ou encore asthme professionnel par inhalation. Le diagnostic est souvent difficile.

Les allergies aux colorants alimentaires restent exceptionnelles mais ne doivent pas être sous-estimée. L’une des plus citées est celle au colorant rouge E120, encore appelé carmin. Ce dernier, employé dans l’industrie alimentaire et dans la composition de nombreux produits cosmétiques, est responsable de nombreux tableaux allergiques. Le manque d’extraits commerciaux rend le diagnostic complexe. L’interrogatoire initial est essentiel dans la suspicion de cette allergie, en précisant les circonstances de déclenchement.

A ne pas confondre avec l’E124

L’E120 est un colorant naturel, extrait des corps desséchés de la cochenille femelle Dactylopius coccus. Cet insecte a principalement, pour habitat, les cactus d’Amérique centrale et du Sud. L’acide carminique, son principal constituant, permet d’obtenir le carmin, grâce à sa combinaison avec des sels d’aluminium ou de calcium.

L’E120 peut être confondu à tort avec l’E124, ou Ponceau 4R, colorant rouge synthétique de la famille des azoïques, paradoxalement dénommé « rouge cochenille A » alors qu’il n’est pas extrait de la cochenille.

Épidémiologie de l’allergie au colorant E120

La fréquence des allergies aux colorants est estimée entre 0,01 et 0,23 % dans la population générale et entre 2 et 7 % chez les sujets atopiques. Sous-estimée, méconnue et donc sous-diagnostiquée, celle liée au E120 est l’une des plus documentée. Une revue de 20181 a recensé 22 cas d’allergie immédiate survenus au Japon, chez des femmes adultes, dont 19 présentaient une anaphylaxie. Parmi ces patients, treize avaient des antécédents de manifestations locales lors de l’utilisation de cosmétiques contenant du carmin, suggérant que les manifestations cutanées pourraient précéder et contribuer à révéler l’allergie alimentaire.

La publication de Kägi et al.2 en 1994 rapporte le cas d’une femme de 34 ans ayant présenté, 15 minutes après l’ingestion d’un Campari-orange, une réaction anaphylactique sévère associant prurit, urticaire, œdème de Quincke, dyspnée, bronchospasme, symptômes digestifs et malaise. Les prick-tests étaient positifs avec le Campari et avec le carmin E120 utilisé pour sa coloration, tandis que les autres allergènes alimentaires testés étaient négatifs. La patiente signalait également des réactions à des cosmétiques contenant du carmin.

De l’urticaire de contact à l’anaphylaxie

La symptomatologie et les circonstances de déclenchement sont variables, comme le démontrent diverses publications.

Sensibilisation initiale cutanée suivie d’anaphylaxie

L’application cutanée de produits cosmétiques contenant ce colorant pourrait favoriser une sensibilisation, susceptible de se manifester quelques mois plus tard par une anaphylaxie lors de l’ingestion d’un plat contenant le colorant E120. En effet, une publication récente3 décrit une femme de 32 ans qui avait, depuis trois ans, une urticaire localisée et un œdème des paupières, survenant quelques minutes après l’application de fards à paupières roses contenant du carmin. Quelques mois plus tard, elle a présenté une anaphylaxie après ingestion d’une saucisse de poisson rose contenant de l’E120. Le bilan allergologique n’a pas retrouvé une allergie aux poissons. En revanche, les prick-tests étaient positifs pour la saucisse de poisson, le carmin et l’acide carminique.

Anaphylaxie inexpliquée à répétition

Parfois l’allergie à l’E120 peut être diagnostiquée de nombreuses années après le début des symptômes, voire être classée à tort dans les formes idiopathiques. C’est le cas de cette femme de 39 ans3 qui présentait, depuis l’âge de 30 ans, deux à quatre épisodes d’anaphylaxie par an. À 33 ans, sans cause retrouvée lors du bilan allergologique, ces épisodes avaient alors été considérés comme idiopathiques. Les manifestations cliniques (urticaire, angioœdème, symptômes respiratoires et/ou digestifs) survenaient dans les 30 minutes suivant un repas, le plus souvent au restaurant. En revanche, lorsqu’elle mangeait les mêmes plats confectionnés à domicile, elle ne présentait aucune réaction.

Devant les récidives, un interrogatoire plus poussé a mis en évidence la présence de E120 dans les plats consommés à l’extérieur. En l’absence d’extrait commercial standardisé, une solution de cochenille à 10 mg/ml a été utilisée pour réaliser un prick-to-prick ; une réaction positive a été observée pour l’E120 et la solution de cochenille. Le dosage des IgE spécifiques du carmin n’était pas concluant. Après éviction du carmin de son alimentation, de ses médicaments et de ses cosmétiques, aucun nouvel épisode d’anaphylaxie n’a été rapporté.

Réaction par inhalation

Des cas de rhinite et d’asthme professionnels liés à l’inhalation de carmin ont été rapportés chez des travailleurs de l’industrie des colorants et dans les secteurs des épices et de la fabrication de produits carnés. Une étude4 menée dans une usine de colorants naturels a mis en évidence une sensibilisation au carmin chez 41,7 % des ouvriers et un asthme professionnel chez 8,3 %, avec un test de provocation positif.

Un diagnostic souvent difficile

Orientés par l’interrogatoire, les tests sont parfois difficiles à réaliser. Un dosage d’IgE spécifiques du carmin est disponible (f340), mais son interprétation est incertaine5,6. Dans une étude incluant 110 patients explorés pour une suspicion d’hypersensibilité aux additifs alimentaires, la sensibilité du dosage était de 78 %, mais sa spécificité de seulement 40 %. Des patients ayant une allergie confirmée par test de provocation orale (TPO) avaient des taux faibles d’IgE spécifiques, voire des tests cutanés et sérologiques négatifs. Une publication récente souligne ainsi que le dosage des IgE spécifiques ne permet pas, à lui seul, d’exclure une allergie au carmin et doit être interprété en fonction des données cliniques et des autres tests allergologiques. La confirmation par TPO n’est pas toujours possible, les patients pouvant refuser devant la sévérite de leur épisode anaphylaxique.

Références
1. Takeo N, Nakamura M, Nakayama S, et al. Cochineal dye-induced immediate allergy: review of Japanese cases and proposed new diagnostic chart. Allergol Int 2018;67(4):496-505.
2. Kägi MK, Wüthrich B, Johansson SGO. Campari-Orange anaphylaxis due to carmine allergy. Lancet 1994;344(8914):60-61.
3. Khalil SM, Rahim S, Mobayed H, et al. Case report: not all recurrent “idiopathic” anaphylaxis is idiopathic. Front Allergy 2025;6:1661992.
4. Tabar-Purroy AI, Alvarez-Puebla MJ, Acero-Sainz S, et al. Carmine (E-120)-induced occupational asthma revisited. J Allergy Clin Immunol 2003;111(2):415-9.
5. Hamasaki M, Sakai T, Hatano Y. Cochineal allergy confirmed by specific IgE testing: Review of diagnostic sensitivity. J Dermatol 2025;52(6):e553-4.

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