Très attendues des professionnels et des familles, les nouvelles recos de la HAS clarifient les bonnes pratiques pour la prise en charge des TSA chez les moins de 20 ans. Repérage précoce, interventions recommandées, approches non validées, suivi en MG, outils pour former les parents, place des psychotropes… Focus sur les nouveautés.

Depuis les dernières recos de la HAS sur l’autisme de 2012, du chemin a été parcouru dans la compréhension de l’autisme. On parle désormais de « trouble du spectre de l’autisme » (TSA), définition qui reflète le « continuum de manifestations cliniques et de besoins » caractéristique de cette pathologie. La triade diagnostique a évolué en une dyade : association de perturbations dans la communication sociale avec des modes répétitifs ou restreints de comportement. La prévalence du TSA est estimée, avec une grande hétérogénéité selon les études et les pays, à environ 1 à 2  % de la population. Parallèlement, il y a une prise de conscience de l’importance de rechercher et diagnostiquer les troubles fréquemment associés, du neurodéveloppement, psychiatriques et somatiques (notamment neurologiques).

Pour prendre en compte les avancées scientifiques, la HAS a élaboré de nouvelles recos , parues le 12 février 2026. Leur objectif est d’améliorer les pratiques pour favoriser le développement des enfants et de leurs apprentissages dans une société plus inclusive. Le groupe de travail s’est appuyé sur la littérature récente et a auditionné de nombreux experts pour produire un document de 90 pages, assortie d’un argumentaire de 470 pages. Quels sont les points à retenir ?

Repérer tôt, évaluer au moins 1 fois/an

La HAS insiste sur la nécessité d’intervenir tôt, dès les premières inquiétudes liées au développement.

Pour rappel, les signes d’alerte majeurs du TSA sont :

  • inquiétude des parents concernant le développement de leur enfant, notamment en termes de communication sociale et de langage ;
  • régression des habiletés langagières ou relationnelles, en l’absence d’anomalie à l’examen neurologique ;
  • chez le jeune enfant : absence de babillage, de pointage à distance ou d’autres gestes sociaux pour communiquer à 12 mois et au-delà, absence de mots à 18 mois et au-delà, d’association de mots (non écholaliques) à 24 mois et au-delà.

Les autres signes sont indiqués dans l’encadré 1 ci-dessous. La conduite à tenir en MG est précisée ici (HAS 2018).

Si les évaluations initiales du fonctionnement doivent être multidimensionnelles, pluriprofessionnelles et fondées sur les observations réalisées par les parents et les soignants, la mise en place des interventions peut débuter avant même qu’elles soient terminées.

Précision importante dans ces recos : compte tenu de l’hétérogénéité des profils cliniques et de l’évolution, le groupe de travail préconise une évaluation au minimum annuelle, afin d’explorer les domaines listés dans le tableau 1.

Former les parents

Grande nouveauté par rapport aux recos de 2012, l’accent est mis non seulement sur l’accompagnement, mais aussi sur le soutien et la formation des parents. Guidance, psychoéducation, groupes de soutien aux parents, d’entraide et de support social, dispositifs de pair-aidance, solutions de répit… autant de modalités pouvant être encouragées.

En particulier, les experts recommandent de :

  • proposer une guidance parentale (PACT, Jasper) aux parents dès la suspicion d’autisme ; un guide a été diffusé en septembre 2025 par la délégation interministérielle à la stratégie nationale pour les TND ;
  • aider les parents à mieux comprendre le fonctionnement de leur enfant autiste, et leur expliquer les interventions à mettre en œuvre ;
  • leur fournir des moyens concrets pour agir, à travers des programmes éducatifs et des formations pratiques : formation des aidants proposée par les centres de ressources autisme (CRA), ressources gratuites d’information et supports éducatifs du groupement national des CRA (GNCRA [campus formation]) ;
  • informer les familles sur les services et ressources de proximité, notamment via les CRA, MDPH, plateformes de coordination et d’orientation dans les troubles du neurodéveloppement (PCO TND), associations de famille, groupements d’entraide mutuelle (GEM), professionnels libéraux, etc.

Interventions globales recommandées

Les interventions recommandées sont les approches développementales et comportementales, à mettre en place le plus précocement possible, dès l’apparition des premiers signes d’alerte (sans attendre la confirmation du diagnostic), puis à poursuivre une fois que le diagnostic d’autisme a été confirmé.

Dans le cadre d’une intervention précoce, il est recommandé de la proposer aux nourrissons et enfants ayant un risque avéré ou un diagnostic de TSA au moins 10 heures hebdomadaires d’interventions réalisées par des professionnels formés à ces approches (à compléter par des activités médiées par les parents à domicile et les professionnels de la petite enfance).

Pour les moins de 6 ans, sont recommandées : interventions comportementales intensives précoces (EIBI), en milieu naturel (NDBI), interventions développementales et pratiques médiées par les parents (PMI). La liste de ces interventions est détaillée dans le tableau 2.

Pour les enfants de 6 à 19 ans :

  • les groupes d’entraînement aux habiletés sociales ont montré une efficacité pour améliorer le fonctionnement sans handicap intellectuel ;
  • les TCC sont bénéfiques sur l’amélioration de la communication sociale ;
  • l’intégration des interventions comportementales médiées par les parents peut permettre de réduire les comportements problèmes.

Le groupe de travail se prononce contre l’usage de plusieurs méthodes :

  • en raison d’une absence d’études : Doman-Delacato ; Feuerstein ; méthode Padovan ou réorganisation neurofonctionnelle ; communication facilitée et autres méthodes apparentées telle que Rapid prompting method ; Saccade ;
  • du fait d’études d’un niveau de preuve insuffisant : intégration des réflexes archaïques ; Son-Rise ; 3i ; neurofeedback ; Snoezelen ; psychanalyse et autres interventions basées sur des approches psychanalytiques (évolution notable par rapport aux recos de 2012, où la psychanalyse était simplement qualifiée de « non consensuelle ») ;
  • en raison d’études montrant une absence d’effet : pratiques d’intégration auditive dont la méthode Tomatis ; packing (enveloppement dans des linges humides et froids).

Interventions par domaine fonctionnel

Ces interventions visent plusieurs domaines fonctionnels : autonomie dans la vie quotidienne, communication, habiletés sociales, sensorialité et motricité.

Les enfants et adolescents autistes ont toujours des difficultés de communication, associées ou non à des troubles du langage. Une évaluation orthophonique est préconisée lors de l’évaluation diagnostique.

Tout projet d’intervention inclut systématiquement un volet personnalisé portant sur l’amélioration de la communication. Aucun prérequis n’est nécessaire pour sa mise en place. Si indiquée, la communication alternative et améliorée  (CAA, permettant aux personnes non verbales de s’exprimer, grâce à des pictogrammes, des tablettes) est un pilier essentiel, à utiliser dès les premières étapes de l’accompagnement.

L’évaluation sensorielle et motrice est un préalable indispensable aux interventions. On peut proposer des séances de psychomotricité et/ou d’ergothérapie et/ou de kinésithérapie et d’activité physique adaptée, parfois combinées, pour favoriser le développement des habiletés motrices et praxiques. En particulier :

  • en cas de signes précoces de 0 à 2 ans (hypotonie sévère, manque d’ajustement postural, désengagement relationnel) : proposer l’ergothérapie ; en cas de signes neurologiques avérés, de postures atypiques ou de retard de la marche : prescrire un bilan et une intervention kinésithérapique concomitante ;
  • à partir de 3 ans et durant l’âge scolaire : intégrer une activité physique ou sportive de loisirs dans le programme d’interventions ; rechercher des difficultés de la coordination ou de l’organisation des habiletés motrices globales et fines ; proposer des interventions motrices centrées sur la tâche, en individuel et/ou en groupe.

Une réflexion doit être engagée sur l’aménagement des lieux de vie des enfants pour permettre une adaptation de l’environnement à leurs besoins individuels, éviter les sur-stimulations, ou au contraire, offrir des stimulations adéquates (bruit, lumière, textures).

Des aides techniques (téléconsultation, téléexpertise) peuvent faciliter le suivi des interventions spécialisées à distance.

Quant aux outils numériques, les recommandations générales sur l’utilisation des écrans s’appliquent. Le lien de causalité entre leur usage excessif et TSA chez l’enfant n’est pas établi. Lorsqu’ils sont encadrés et adaptés, certains outils peuvent être un levier d’apprentissage pour certains patients.

Une école inclusive

Par rapport à 2012, le chapitre scolarisation a été totalement revu, pour être en phase avec la loi de 2005 et la convention ONU des droits des personnes handicapées. Il met l’accent sur la nécessité d’allier aménagements pédagogiques et soutien éducatif, et d’y associer activités physiques et sportives. La participation du jeune aux loisirs et à la culture doit être favorisée, en tenant compte de ses intérêts.

L’objectif est que l’enfant reste le plus possible en milieu ordinaire. Sur le terrain, cependant, cette recommandation se heurte encore à des obstacles organisationnels et à un manque de moyens.

Suivi en soins primaires

Le suivi doit être très régulier en soins primaires à des fins de prévention et de prise en charge précoce. Il faut être particulièrement vigilant aux comorbidités fréquentes (épilepsie, sommeil, alimentation…).

Il est recommandé :

  • d’encourager et favoriser l’accès à la pratique régulière d’une activité physique ;
  • sensibiliser aux bonnes pratiques nutritionnelles (alimentation équilibrée), et d’hygiène quotidienne (brossage des dents) ;
  • prendre en charge la douleur ;
  • rechercher et traiter tout trouble du sommeil (la CAT est indiquée en figure) ;
  • assurer le suivi régulier du transit intestinal (risque de constipation).

Le groupe de travail incite les praticiens à utiliser, lors des consultations, des outils adaptés, comme des supports de CAA, et à aménager l’environnement.

Place des médicaments

En l’absence de médicament curatif, les prescriptions pharmacologiques sont symptomatiques, pour réduire l’intensité de troubles du comportement ou prendre en charge des pathologies associées (épilepsie, TDAH).

Aujourd’hui, de nombreux patients reçoivent des psychotropes, alors que la plupart des molécules n’ont pas d’AMM dans cette indication ou pour cette population. Ainsi, toute prescription doit être strictement encadrée, faire l’objet d’une information préalable des familles, être précédée d’un bilan initial et s’accompagner d’une surveillance régulière (tous les 6 mois ou plus tôt selon la molécule).

Par principe, les psychotropes peuvent être prescrits en cas d’échec des interventions non médicamenteuses, de manière exceptionnelle et temporaire. Hors situations d’urgence, la prescription initiale est réservée aux spécialistes (le MG peut la renouveler).

L’admission d’un enfant/adolescent autiste dans un établissement ne peut être conditionnée à la prise d’un traitement psychotrope.

La mélatonine peut être prescrite :

  • en cas de troubles significatifs et chroniques du sommeil, en complément de mesures éducatives, comportementales et hygiénodiététiques (cf. figure) ;
  • en adaptant la galénique aux besoins individuels ;
  • en sécurisant l’utilisation via des schémas d’introduction et de dose maximale clairs.

On peut maintenir la prescription au-delà de 18 ans si les troubles chroniques du sommeil persistent.

Les régimes alimentaires et les compléments alimentaires n’ont pas d’indication dans le traitement de l’autisme. Les régimes d’exclusion (sans gluten, sans caséine…) sont réservés à la stricte prescription médicale à la suite de la confirmation d’un diagnostic d’intolérance alimentaire ou d’une pathologie digestive (maladie cœliaque).

Adolescence et transition vers l’âge adulte

Il faut renforcer la vigilance à cette étape : les comorbidités psychiatriques sont fréquentes à partir de l’adolescence, et nécessitent une intervention spécialisée la plus précoce possible.

La continuité des soins doit être assurée jusqu’à l’entrée dans la vie adulte : les professionnels sont garants d’une transmission des informations et de la mise en place des relais nécessaires.

Les personnes ayant un « profound autism » ont des besoins spécifiques à la fois intensifs, constants et globaux d’accompagnement.

La gestion d’éventuels comportements problématiques requiert un bilan médical, une analyse fonctionnelle et des interventions comportementales.

Enfin, la question de la pertinence de la prescription de contraceptifs doit être posée.

Ces recommandations sont ambitieuses, mais il reste la question de leur mise en œuvre et des moyens qui leur seront accordés.

Encadre

Signes faisant évoquer un TND avant 18 mois ou un TSA à partir de 18 mois

  • Avant 18 mois, la persistance de particularités de développement de l’enfant concernant son niveau de vigilance, son sommeil, la diversification alimentaire, la régulation des émotions, le développement de son répertoire moteur, l’exploration inhabituelle des « objets » de l’environnement. Il n’existe à ce jour aucun marqueur pathognomonique d’une évolution vers un TSA avant 18 mois.
  • Autour de 18 mois, l’association d’au moins deux signes parmi des difficultés d’engagement relationnel, d’attention, de réciprocité et de réaction sociales (initiation, réponse et maintien de l’attention conjointe, regard adressé, sourire partagé, pointage à distance coordonné avec le regard, réponse au prénom), de langage réceptif et expressif, dans le jeu socio-imitatif et symbolique ou les réponses sensorielles (recherche ou évitements de sensations). Aucun de ces signes pris de façon isolée n’a de valeur prédictive.
  • Au-delà de 18 mois et jusqu’à l’adolescence, signes précédents ou difficultés relationnelles précoces et persistantes (difficultés à créer des liens amicaux, à engager, suivre ou participer à une conversation, à prendre des initiatives sociales), à comprendre ou interpréter des intentions, des expressions langagières, le second degré… combinées à des particularités dans le comportement et les intérêts prenant un caractère anormalement répétitif, restreint et stéréotypé.
Encadre

Que retenir ?

• Les interventions recommandées sont développementales et comportementales, et doivent commencer le plus tôt possible.• L’évaluation doit être régulière (au moins tous les ans) et multidimensionnelle.• La communication est un axe central, avec recours à la CAA dès le début si nécessaire.• Les parents doivent être soutenus et formés, avec accès à la guidance et au répit.• La scolarisation nécessite une coordination forte entre parents, école et professionnels.• Il n’existe pas de traitement médicamenteux spécifique : les prescriptions doivent être encadrées.• La transition vers l’âge adulte doit être anticipée et organisée. 

Pour en savoir plus
HAS. Trouble du spectre de l’autisme : interventions et parcours de vie du nourrisson, de l’enfant et de l’adolescent. 12 février 2026.
Invitation au webinaire de la HAS : « TSA enfant & adolescent – Comment co-construire un accompagnement de qualité ? » (mardi 31 mars 2026, de 19 h 30 à 21 h 00)

Dans cet article

Ce contenu est exclusivement réservé aux abonnés