L’insuffisance rénale chronique (IRC) résulte d’une maladie rénale entraînant une détérioration irréversible du débit de filtration glomérulaire (DFG). Sa prévalence est estimée entre 7 et 10 % en France dans la population adulte. Elle peut évoluer jusqu’à l’insuffisance rénale chronique terminale, nécessitant la mise en place d’un traitement de suppléance rénale. Fréquente et potentiellement grave, cette maladie est un problème majeur de santé publique. Par ailleurs, au-delà de l’enjeu économique important qu’elle représente, le coût humain de l’IRC est élevé – en termes de morbimortalité, notamment cardiovasculaire, et de qualité de vie. Dans un cas sur deux, l’IRC est liée à une hypertension artérielle ou à un diabète. Des mesures préventives, l’identification et la prise en charge précoce de la maladie rénale chronique (MRC) permettent de ralentir sa progression. La place du médecin généraliste étant centrale dans la prise en charge de ces patients, le CMG a élaboré en février 2026 une fiche pour faciliter le dépistage en MG.
Qui dépister et comment ?
Le dépistage ciblé est recommandé dans les situations à risque suivantes :
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diabète et maladies cardiovasculaires (HTA, cardiopathie, pathologie vasculaire, athéromateuse) ;
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affections urologiques (malformation urinaire, infections urinaires à répétition) ;
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maladies de système, maladies auto-immunes ;
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antécédents personnels ou familiaux de maladie rénale ;
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obésité ;
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exposition aux traitements et produits néphrotoxiques : AINS, chimiothérapie, produit de contraste iodé, radiothérapie ciblant l’aire rénale, toxiques professionnels (plomb, cadmium, mercure).
Pour le dépistage, les urines des 24 h ne sont plus d’actualité. On prescrit un RAC = rapport albuminurie/créatininurie. En fonction du résultat de ce dosage et du DFG, il faut instaurer un traitement et/ou demander avis néphrologique (cf. ci-après).
Évaluer les symptômes associés à la MRC
Cette évaluation est indispensable, rappelle le CMG, d’autant plus que de nombreux symptômes ne sont pas intuitivement associés à la MRC. Il faut donc en informer le patient et chercher des solutions pour soulager : fatigue, douleurs, nycturie, œdèmes des membres inférieurs, diminution de l’appétit, démangeaisons ou prurit, troubles de la sexualité, essoufflement, épigastralgies, crampes, douleurs ostéoarticulaires, somnolence diurne.
Traiter ou adresser ?
La fiche du CMG présente un tableau résumant les situations pour lesquelles il faut instaurer un traitement ou alors demander un avis au néphrologue (téléexpertise, etc.). Il faut également adresser au néphrologue les patients présentant une MRC progressive (perte de DFG > 5 mL/min/an ou RAC non contrôlé), une MRC héréditaire (ou une gammapathie), ou une insuffisance rénale aiguë.
Instaurer une néphroprotection efficace
En dehors du traitement causal de la maladie rénale, les facteurs de progression sont modifiables, et des mesures de néphroprotection doivent être mises en place afin de ralentir la progression de la MRC. Ainsi, le CMG conseille de montrer la courbe du DFG au patient en consultation, pour évaluer la stabilité de son état rénal.
Les mesures hygiénodiététiques sont cruciales : sel < 5 g/jour ; moins de protéines ; éviter les néphrotoxiques ; activité physique ; lutte contre le surpoids ; sevrage tabagique. Pour plus de précisions sur la place des régimes alimentaires, vous pouvez vous référer à cet article publié dans notre revue.
Les inhibiteurs du système rénine-angiotensine (SRA) sont recommandés en première intention pour faire baisser la pression artérielle et la protéinurie, avec les objectifs suivants :
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PA < 130/80 mmHg ;
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RAC < 300 mg/g.
L’administration progressive respecte des paliers de doses (3 paliers le plus souvent), avec une surveillance biologique (ionogramme et créatininémie) et tensionnelle deux semaines après chaque augmentation. Les inhibiteurs du SRA induisent souvent une baisse du DFG, tolérée si elle ne dépasse pas 25 %.
En sus d’un traitement par bloqueurs du SRA à doses maximales tolérées, ou si CI aux IEC/ARAII, les inhibiteurs du SGLT2 peuvent être prescrits en cas de DFG < 45 mL/min/1,73 m² (surtout si diabète, cardiopathie ou protéinurie).
Fiche CMG. Maladie rénale chronique. Je dépiste simplement, je protège efficacement. Février 2026.
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