Jusque-là sporadique et liée à un contact direct avec des animaux infectés, l’infection humaine à Dermatophilus congolensis est depuis peu qualifiée d’IST émergente. Deux publications récentes suggèrent une transmission interhumaine active en Europe depuis décembre 2025.

La dermatophilose est une infection cutanée rare causée par la bactérie à Gram positif Dermatophilus congolensis. Habituellement zoonotique, elle cause des dermatoses exsudatives et croûteuses chez les animaux domestiques (notamment bovins, ovins, chevaux). Jusqu’en 2025, les quelques cas humains rapportés étaient liés à un contact direct avec un animal infecté (vétérinaires, éleveurs, chasseurs). Mais depuis quelques mois, cette zoonose rurale se mue en IST urbaine, comme en témoignent 2 séries de patients publiées en juin 2026 (une en Espagne, l’autre en France).

Épidémiologie

La publication espagnole rapporte 9 cas de dermatophilose à Barcelone contractés entre décembre 2025 et mars 2026 par des hommes ayant des relations sexuelles avec d’autres hommes (HSH). Sur la même période, l’étude française identifie 9 patients HSH à Lyon et Paris (nombre en augmentation depuis). Le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies (ECDC) décompte 70 cas dans 5 pays européens (Allemagne, Espagne, France, Norvège, Suède) depuis fin 2025, répartis en clusters. L’étude espagnole émet l’hypothèse qu’une seule lignée de D. congolensis, jusque-là inconnue, en est à l’origine. « La combinaison d’une grande proximité génomique et d'expositions sexuelles communes suggère une transmission interhumaine au sein de réseaux sexuels », complète la publication française.

Les personnes les plus exposées sont les HSH avec partenaires multiples. La maladie semble associée à la fréquentation de saunas, l’humidité favorisant la pathogénicité de la bactérie.

Le risque associé à cette pathologie est très faible selon l’ECDC. L’institution recommande cependant le séquençage des échantillons, la sensibilisation des laboratoires et des cliniciens, et une prévention ciblée visant les HSH.

Tableau clinique

Le principal symptôme est le prurit. Les lésions les plus caractéristiques (figure) sont maculeuses ou discrètement papuleuses, surmontées d’une squame ou d’une squame-croûte, qui a volontiers un aspect feuilleté ou ostracé. Parfois, elles sont pustuleuses. Les principales localisations sont des zones pileuses : pubis, scrotum, face interne des cuisses, fesses, cou et barbe. La Société française de dermatologie a publié un atlas visuel de lésions représentatives.

Principaux diagnostics différentiels : folliculites bactériennes, syphilis secondaire, dermatophyties sexuellement transmises (une autre IST émergente chez les HSH), psoriasis en gouttes.

Diagnostic

Il repose sur la culture bactérienne. Les prélèvements les plus contributifs semblent être les croûtes ou les écouvillons prélevés après frottage vigoureux des lésions. Un dialogue entre clinicien et microbiologiste est nécessaire, car D. congolensis n’est pas toujours analysable au laboratoire.

Traitement

Le traitement n’est pas standardisé. Les cas publiés répondent généralement en 1 semaine à une antibiothérapie systémique usuelle contre les bactéries Gram + (amoxicilline, pristinamycine), associée à des soins locaux. Les rechutes sont rares, mais une réinfection est possible en cas de nouvelle exposition (notamment au sauna).

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