Publié simultanément le 2 octobre 2026 dans Diabetologia et dans Diabetes Care, le rapport de consensus ADA/EASD actualise la version de 2022 et apporte son lot de changements dans la prise en charge du diabète de type 2 de l’adulte. Et pas des moindres. « Cette mise à jour élargit la prise en charge centrée sur l’hyperglycémie à la prise en charge holistique du diabète de type 2 et au risque de complications à long terme », expliquent les auteurs. En pratique, la nouvelle approche cible à la fois l’abaissement de la glycémie (sans risque d’hypoglycémie) et la gestion du poids, et met au premier plan la protection directe des organes.
La metformine au second plan
La principale recommandation place les inhibiteurs du SGLT2 (iSGLT2 ou glifozines) et les analogues du glucagon-like peptide- 1 (aGLP- 1) en traitements de 1re ligne pour les patients ayant des atteintes cardiovasculaires (CV), rénales ou cardiaques, devant la metformine, traitement traditionnel de première intention – y compris dans les dernières recommandations de la HAS (2024).
En effet, ces nouvelles classes médicamenteuses ont consolidé leurs preuves dans la réduction des risques d’évènements CV et l’amélioration de la fonction rénale chez les diabétiques de type 2, indépendamment de la metformine, avec des données de sécurité rassurantes et peu de risque d’hypoglycémie.
Traitement précoce
L’autre priorité est d’apporter une protection des organes pour limiter les complications. L’instauration des iSGLT2 et des analogues du GLP- 1 doit donc être mise en place rapidement, « potentiellement à partir du diagnostic », préconisent l’ADA et l’EASD. « Les personnes atteintes de diabète de type 2 courent fondamentalement un risque accru de comorbidités cardiovasculaires ou rénales par rapport à la population générale », justifient-ils.
Traitement personnalisé
Le choix du traitement est davantage personnalisé et s’effectue en fonction des comorbidités.
En cas de maladie CV établie, le traitement repose sur un aGLP- 1 ou un iSGLT2 avec un bénéfice CV démontré (sémaglutide, liraglutide et dulaglutide ; canagliflozine, empagliflozine), les iSGLT2 offrant également une protection contre la progression de la maladie rénale. Les bénéfices s’additionnant, une utilisation combinée et précoce d’un iSGLT2 et d’un aGLP- 1 peut être envisagée chez les personnes ayant une maladie CV établie ou à haut risque, ou une maladie rénale chronique, quel que soit le taux d’HbA1c.
Chez les insuffisants cardiaques, les iSGLT2 sont recommandés, que la fraction d’éjection soit réduite ou préservée. On peut privilégier le sémaglutide ou le tirzépatide en présence d’un obésité et d’insuffisance cardiaque à fraction d’éjection préservée, afin d’améliorer les symptômes.
En présence d’une maladie rénale chronique (MRC), le traitement repose sur les iSGLT2 ayant prouvé un bénéfice (canagliflozine, dapagliflozine, empagliflozine). Le sémaglutide peut aussi être considéré.
En cas d’obésité, les analogues du GLP- 1 sont préconisés, combinés aux mesures générales de perte de poids.
Si le patient a une stéatohépatite métabolique, un aGLP- 1 doit être préféré, notamment le sémaglutide, pour lequel les données sont les plus robustes. La pioglitazone et le tirzépatide peuvent également être envisagés.
Chez les patients DT2 avec obésité et apnées obstructives du sommeil, le tirzépatide ou certains GLP- 1 peuvent être privilégiés.
Les auteurs préconisent une stratégie plus intensive en cas de diabète débutant avant 40 ans, avec l’introduction précoce d’un iSGLT2 ou d’un aGLP- 1, éventuellement en association.
En l’absence de comorbidités et lorsque les risques sont limités (hyperglycémie minimale, aucun dommage aux organes), une approche plus progressive peut être envisagée et la metformine, très efficace sur la glycémie et moins coûteuse, peut toujours être considérée.
Objectif perte de poids
Désormais, le résultat glycémique ne sera plus le seul critère d’orientation et d’intensification de la stratégie thérapeutique. Les interventions visant la réduction de poids seront tout aussi essentielles. Le consensus souligne notamment la possibilité d’obtenir une rémission grâce à une perte pondérale importante. Les objectifs peuvent être plus ambitieux : jusqu’à 10 % de perde de poids avec des interventions intensives sur le mode de vie, voire plus de 15 % avec les analogues du GLP- 1.
Les auteurs insistent également sur la préservation de la masse musculaire pendant l’amaigrissement et sur le maintien de la perte pondérale à long terme.
Un plan alimentaire global, lui aussi individualisé, sera proposé (cf. tableau ci-contre). Il est combiné à un mode de vie sain (activité physique, sommeil…), le tout devant tenir compte des préférences individuelles et du contexte culturel. Le but est d’instaurer des habitudes alimentaires « saines, réalisables et durables », recommande le rapport.
La chirurgie métabolique peut être proposée en cas d’IMC ≥ 30 kg/m2, et doit être envisagée pour les personnes ayant un IMC ≥ 35 kg/m2.
Davies MJ, Aroda VR, Bajaj M, et al. Management of Type 2 Diabetes, 2026. A Consensus Report by the America Diabetes Association (ADA) and the European Association for the Study of Diabetes (EASD). Diabetes Care 2 octobre 2026.