Les anticoagulants oraux directs sont recommandés en première intention dans la prévention des AVC chez les patients atteints de fibrillation atriale. Faute d’essais randomisés comparatifs, les trois molécules ont longtemps été considérées comme équivalentes. Pourtant, des données permettent aujourd’hui de les différencier, estime le Collège national des généralistes enseignants.

La fibrillation atriale (FA) multiplie par 4 le risque d’accident vasculaire cérébral (AVC) et est responsable de 20 à 30 % des AVC ischémiques. Selon les recommandations européennes de 2024, une anticoagulation est recommandée chez les patients ayant une FA clinique avec un score de CHA2DS2 -VA ≥ 2, voire dès un score 1.

Les anticoagulants oraux directs (AOD) – apixaban, dabigatran, rivaroxaban – sont préconisés en 1re intention. En l’absence d’essais randomisés les comparant directement, les trois molécules ont été longtemps considérées comme équivalentes.

Cependant, l’accumulation de données, issues principalement d’études observationnelles et de méta-analyses, suggère des différences entre les molécules, notamment en matière de tolérance. Le CNGE s’est appuyé sur ces données pour étayer son avis.

Une efficacité comparable

En comparaison à la warfarine, les AOD ont montré une efficacité supérieure ou similaire dans la prévention des AVC et des événements thromboemboliques1. En particulier, dans les essais princeps versus warfarine :

  • l’apixaban (à 5 mg x 2/jour) a réduit les AVC (NNT = 304 patients/an) et la mortalité globale (NNT = 238 patients/an)2 ;

  • le dabigatran (150 mg x 2/jour) a réduit les AVC (NNT = 173 patients/an) sans réduction de mortalité3 ;

  • le rivaroxaban (20 mg x 1/jour) a démontré sa non-infériorité sur la survenue d’AVC4.


Les données comparatives entre les AOD, qui reposent sur des méta-analyses en réseau et des études observationnelles, suggèrent des bénéfices comparables entre les trois molécules (apixaban, dabigatran et rivaroxaban) sur la prévention des événements thromboemboliques et sur la mortalité globale1,5.

Une tolérance inégale

Les AOD ont montré un risque hémorragique similaire voire plus faible que celui des AVK. En effet, dans une revue systématique d’essais randomisés, le risque d’hémorragies majeures par rapport à la warfarine était réduit avec l’apixaban (RR = 0,71 ; IC 95 % = 0,61 - 0,81), alors qu’avec le dabigatran et le rivaroxaban la diminution n’était pas significative (respectivement : RR = 0,94 [IC 95 % = 0,81 - 1,08] et RR = 1,03 [IC 95 % = 0,89 - 1,18])1.

Toujours par rapport à la warfarine, une étude de cohorte en soins primaires en vie réelle a confirmé la réduction du risque d’hémorragie majeure avec l’apixaban (HR = 0,66 ; IC 95 % = 0,54 - 0,79) et des saignements intracrâniens avec l’apixaban et le dabigatran (respectivement HR = 0,40 [IC 95 % = 0,25 - 0,64] et HR = 0,45 [IC 95 % = 0,26 - 0,77])6.

Quant à la comparaison entre les trois AOD, les données disponibles (bien qu’« indirectes ») vont toutes dans le même sens : elles suggèrent un moindre risque hémorragique avec l’apixaban. En effet, d’une part les revues systématiques ont montré un surrisque d’hémorragies sévères avec le dabigatran et le rivaroxaban par rapport à l’apixaban (respectivement : OR = 1,33 [IC 95 % = 1,09 - 1,62] et OR = 1,45 [IC 95 % = 1,19 - 1,78]).

D’autre part, dans les études de cohortes, l’apixaban était associé à un moindre risque d’hémorragies digestives que le dabigatran (HR = 0,81 ; IC 95 % = 0,70 - 0,94) et le rivaroxaban (HR = 0,72 ; IC 95 % = 0,66 - 0,79)5.

Avis du CNGE

« Les données de la littérature scientifique supportent l’utilisation en 1re intention de l’apixaban par rapport à la warfarine et aux autres AOD chez les patients atteints de FA, en particulier lorsque les modalités de prise (2 comprimés par jour) sont compatibles avec la bonne observance des patients », indique le CNGE. Ce dernier précise que les AOD sont également à préférer chez les patients ayant une insuffisance rénale ou des troubles mnésiques7 - 9. D’un point de vue médico-économique, la générication prochaine de l’apixaban devrait renforcer son intérêt en réduisant le coût du traitement.

Enfin, chez les patients déjà sous anticoagulant, « une modification du traitement pourra être envisagée après discussion des bénéfices et des risques », concluent les auteurs.

Références
1. López-López JA, Sterne JAC, Thom HHZ, et al. Oral anticoagulants for prevention of stroke in atrial fibrillation: Systematic review, network meta-analysis, and cost effectiveness analysis. BMJ 2017;359(8132):j5058.
2. Granger CB, Alexander JH, McMurray JJV, et al. Apixaban versus warfarin in patients with atrial fibrillation. N Engl J Med 2011;365(11):981-92.
3. Connolly SJ, Ezekowitz MD, Yusuf S, et al. Dabigatran versus warfarin in patients with atrial fibrillation. N Engl J Med 2009;361(12):1139-51.
4. Patel MR, Mahaffey KW, Garg J, et al. Rivaroxaban versus warfarin in nonvalvular atrial fibrillation. N Engl J Med 2011;365(10):883-91.
5. Lau WCY, Torre CO, Man KKC, et al. Comparative effectiveness and safety between apixaban, dabigatran, edoxaban, and rivaroxaban among patients with atrial fibrillation. Ann Intern Med 2022;175(11):1515-24.
6. Vinogradova Y, Coupland C, Hill T, et al. Risks and benefits of direct oral anticoagulants versus warfarin in a real-world setting: Cohort study in primary care. BMJ 2018;362(8160):k2505.
7. Mentias A, Shantha G, Chaudhury P, et al. Assessment of outcomes of treatment with oral anticoagulants in patients with atrial fibrillation and multiple chronic conditions: A comparative effectiveness analysis. JAMA Netw Open 2018;1(5):e182870.
8. Hohnloser SH, Hijazi Z, Thomas L, et al. Efficacy of apixaban when compared with warfarin in relation to renal function in patients with atrial fibrillation: Insights from the ARISTOTLE trial. Eur Heart J 2012;33(22):2821-30.
9. Lin KJ, Singer DE, Bykov K, et al. Comparative effectiveness and safety of oral anticoagulants by dementia status in older patients with atrial fibrillation. JAMA Netw Open 2023;6(3):e234086.

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