L’incontinence urinaire se définit par la perte involontaire d’urines. Sans être rare, elle est moins fréquente chez l’homme que chez la femme.

Il existe plusieurs types d’incontinence urinaire masculine  : l’urgenturie, qui correspond au syndrome d’hyperactivité vésicale (HAV), est la plus fréquente (40 à 80  % des cas)  ; l’incontinence urinaire à l’effort (IUE) qui, contrairement à la femme, est la plus rare (moins de 10  %)  ; l’incontinence mixte qui associe les deux précédentes (10 à 30  % des cas).

Selon la Société internationale d’urologie, 11  % des hommes de 40 ans ont eu un épisode d’incontinence durant l’année écoulée et la prévalence de l’incontinence urinaire masculine serait de plus de 9  % après 60 ans et jusqu’à 32  % au-delà de 80 ans1. 

L’incidence de l’incontinence urinaire masculine est en progression dans la population générale et sa sévérité augmente avec l’âge.

Facteurs de risque liés à l’âge

L’obstruction sous-vésicale secondaire à une hypertrophie bénigne de la prostate (HBP) est fréquemment évoquée pour expliquer les symptômes du bas appareil urinaire chez l’homme. 

Si l’HBP est plutôt responsable des symptômes de la phase de vidange (jet faible, goutte à goutte, nécessité de pousser pour uriner, mauvaise vidange vésicale), ce n’est pas toujours le cas. L’obstruction prostatique peut également être responsable d’urgenturie. Cependant, d’autres causes sont à évoquer avant. 

Après avoir recherché une infection urinaire, il convient d’éliminer une épine irritative locale (cancer de vessie, lithiase, sténose de l’urètre, irradiation pelvienne…) ou un éventuel dysfonctionnement neurologique (accident vasculaire cérébral, lésion médullaire, maladie de Parkinson, sclérose en plaques…). En cas de bilan négatif, l’incontinence urinaire par urgenturie (IUU) peut relever d’un syndrome d’hyperactivité vésicale. 

Ensuite, la chirurgie de prostate pour HBP ou pour exérèse de cancer représente l’essentiel des causes d’incontinence urinaire d’effort par insuffisance sphinctérienne secondaire à une lésion du sphincter urétral.

Par ailleurs, la radiothérapie pelvienne peut aggraver cette détérioration et accentuer l’IUE. Cependant, elle conduit plus souvent d’abord à une urgenturie avec ou sans IUU, secondaire à l’irradiation vésicale.

Enfin, l’âge, le syndrome métabolique, les facteurs de risque cardiovasculaire et le mode de vie (consommation active ou passée de tabac, caféine, manque d’activité physique, dépression, intoxication alcoolique), sont associés à la progression des symptômes du bas appareil urinaire chez l’homme, notamment l’incontinence par urgenturie.

Diagnostic et démarche étiologique

Outre l’interrogatoire, le calendrier mictionnel et les questionnaires, des examens complémentaires sont spécifiques de l’homme.

Interrogatoire

Pour bien décrire l’incontinence urinaire, plusieurs éléments-clés doivent être recueillis à l’interrogatoire. 

Le type d’incontinence, sa sévérité, les facteurs favorisants, l’impact social et les effets sur l’hygiène et la qualité de vie doivent être étudiés. À cela s’ajoutent le type de protections utilisé et leur nombre. Enfin, il est essentiel de s’enquérir du souhait du patient d’être pris en charge pour ses symptômes. En effet, une incontinence modérée peut être bien tolérée à un âge avancé tandis qu’une incontinence légère peut constituer un handicap important pour un sujet jeune.

Examen clinique

Outre les comorbidités et traitements pouvant expliquer l’incontinence urinaire et impacter la prise en charge, les éléments notables de l’examen clinique comprennent la recherche d’un globe vésical chronique indolore (encadré 1), l’aspect du périnée et la visualisation de fuites patentes d’urines. Selon les points d’appel cliniques, l’examen neurologique peut être nécessaire. Le toucher rectal est essentiel afin d’éliminer un cancer de la prostate et d’évaluer le volume prostatique.

Calendrier mictionnel et questionnaires

Le calendrier mictionnel sur trois jours est un élément majeur pour tout type de symptômes du bas appareil urinaire. La recherche d’une nycturie associée à l’incontinence urinaire doit orienter en priorité le clinicien vers la prise en charge de celle-ci (encadré 2). Le PAD test (pesée des protections journalières) est utile pour évaluer l’importance de l’incontinence urinaire. 

Ensuite, des questionnaires peuvent aider à définir le type d’incontinence et à quantifier leur sévérité et leur retentissement  ; le plus utilisé est l’urinary symptom profile (USP), disponible sur le site d’Urofrance. Il faut souligner que l’International prostate score symptom (IPSS) n’est pas adapté à l’évaluation d’une incontinence urinaire masculine.

Examens complémentaires 

Les recommandations nationales de l’Association française d’urologie (AFU) élaborées en collaboration avec la Haute Autorité de santé (HAS), sont en accord avec les recommandations européennes (European association of urology, EAU) et s’appliquent à tout homme ayant des symptômes du bas appareil urinaire2,3  :

  • le dosage du prostatic specific antigen (PSA) est proposé afin de rechercher un cancer de la prostate (sans être directement utile pour la prise en charge de l’incontinence urinaire)  ;

  • la bandelette urinaire (BU) ou l’examen cytobactériologique des urines (ECBU) est systématique pour rechercher une infection urinaire, une hématurie microscopique et une glycosurie  ;

  • la mesure de la créatininémie, en cas de facteurs de risque d’insuffisance rénale, de rétention d’urines, ou d’anomalie morphologique du haut appareil. Il a été décrit jusqu’à 11  % d’insuffisance rénale dans la population d’hommes souffrant d’HBP (favorisé par le diabète et l’hypertension artérielle)  ;

  • enfin, l’échographie réno-vésico-prostatique est recommandée dans le bilan d’incontinence urinaire s’ajoutant à des symptômes du bas appareil urinaire de l’homme. Elle permet surtout de connaître le volume prostatique, la présence d’un lobe médian et d’un résidu post-mictionnel (RPM) si le volume est supérieur à 50 mL. Une échographie sus-pubienne est le plus souvent suffisante.


Il n’est pas recommandé de réaliser d’autres examens en première intention (débitmétrie, urétrocystoscopie, bilan urodynamique), qui peuvent être demandés par l’urologue par la suite.

Prise en charge  : gradation des traitements et adressage à un spécialiste

La prise en charge de l’incontinence urinaire masculine doit respecter le souhait du patient. Une simple surveillance avec réévaluation périodique peut être privilégiée, lorsque les patients sont peu ou modérément gênés.

Chez les personnes âgées, l’incontinence est associée à de nombreuses comorbidités. Cependant, il est souvent difficile de faire la part des choses. 

La réassurance et les mesures hygiénodiététiques et comportementales constituent la base du traitement initial (encadré 3).

Solutions palliatives

La prise en charge de l’incontinence débute par la gestion des fuites urinaires elles-mêmes. Il s’agit des méthodes dites palliatives, souvent sources d’inconfort.

Les protections absorbantes sont simples d’utilisation. Il en existe de nombreux modèles dont l’efficacité est variable. Elles ne sont pas prises en charge par l’Assurance maladie et leur coût peut constituer un frein à leur d’accessibilité. 

L’étui pénien est une alternative permettant de limiter les complications cutanées et infectieuses liées aux protections sous réserve que le patient soit appareillable (c’est-à-dire que le dispositif puisse être maintenu sur la verge) et de surveiller l’état cutané. Le clamp à verge est une autre option  ; il est parfois mal toléré en raison du risque de lésions du pénis mais il peut néanmoins s’avérer utile dans certaines situations. 

Les sondes à demeure sont à éviter (infections, blessure de l’urètre, risque de cancérisation à long terme) et le cathéter sus-pubien a les mêmes inconvénients (sans blesser l’urètre).

Traitements de première ligne

Des traitements de première ligne peuvent être proposés en fonction du type d’incontinence.

Urgenturie

La rééducation périnéale doit être proposée, incluant l’apprentissage du réflexe périnéo-détrusorien inhibiteur et le renforcement du périnée. 

Les traitements médicamenteux sont essentiellement représentés par les antimuscariniques, aussi appelés anticholinergiques, qui inhibent l’excitation des récepteurs muscariniques (M2, M3) du muscle détrusor, donc sa contraction. Ils améliorent les symptômes d’urgence, la pollakiurie et l’incontinence urinaire par urgenturie. Les effets indésirables sont liés à l’action antimuscarinique sur d’autres organes (sécheresse buccale, constipation principalement) et sont source d’arrêt de traitement. Un résidu post-mictionnel élevé (supérieur à 150 mL) est un facteur de risque de rétention aiguë d’urines. Chez le sujet âgé, les données de tolérance à long terme des antimuscariniques, notamment sur le plan cognitif, restent limitées. Cela impose une utilisation prudente, avec une réévaluation régulière du rapport bénéfice-risque, de la débitmétrie et du RPM.

Le mirabégron est une alternative médicamenteuse avec une activité agoniste sélective des récepteurs bêta- 3 adrénergiques, conduisant à une décontraction du détrusor  ; il a les mêmes indications avec moins d’effets indésirables que les antimuscariniques (risque d’hypertension artérielle nécessitant un suivi régulier avant et pendant le traitement), mais il n’est pas remboursé (lire l’article «  Incontinence urinaire par vessie hyperactive  », page 734). 

Le vibégron, agoniste sélectif des récepteurs β3 -adrénergiques, commercialisé en France depuis avril 2026, présente un profil de tolérance cardiovasculaire plus favorable, notamment l’absence d’augmentation cliniquement significative de la pression artérielle4.

Incontinence urinaire d’effort

La rééducation périnéale est généralement proposée après une prostatectomie. Ses effets sont limités mais elle permet de récupérer une continence plus rapidement. Elle doit être débutée rapidement et inclure du biofeedback ou de l’électrostimulation. Les séances de Pilates pourraient être une alternative efficace5  !

Quand adresser au spécialiste  ?

L’incontinence urinaire masculine est la plupart du temps associée à une gêne significative, témoin de symptômes du bas appareil urinaire compliqués et des explorations complémentaires sont souvent nécessaires.

Selon les recommandations AFU-HAS de 2024, lorsque des symptômes de la phase de remplissage prédominent, les patients doivent être adressés à un urologue afin qu’il puisse réaliser les examens complémentaires nécessaires à l’évaluation complète du patient. 

De plus, l’EAU précise les motifs devant conduire à orienter le patient vers un urologue en cas d’incontinence urinaire masculine  : hématurie, douleur pelvienne, infections urinaires récurrentes, antécédents de radiothérapie, troubles de la vidange, toucher rectal anormal.

L’urologue réalise alors systématiquement une débitmétrie avec mesure du RPM et, en fonction du contexte, peut proposer une urétrocystoscopie (à la recherche d’une épine irritative [stimuli cutanés nociceptifs]) et dans certains cas un bilan urodynamique afin de mieux comprendre les mécanismes de l’incontinence urinaire.

Traitements de seconde ligne proposés par l’urologue 

Urgenturie

Deux options thérapeutiques principales existent  : la toxine botulique de type A intra-détrusorienne ou la neuromodulation sacrée. La stimulation transcutanée du nerf tibial postérieur est une alternative possible  ; son efficacité est limitée mais son caractère non invasif avec peu d’effets indésirables permet de la proposer aisément et potentiellement en première intention, bien qu’il n’y ait aucune recommandation en ce sens.

Incontinence urinaire d’effort 

Les traitements dépendent du contexte et de la sévérité de l’incontinence. Ils sont de deux types  : le sphincter urinaire artificiel ou les ballonnets sous-urétraux. Les bandelettes sous-urétrales sont une alternative à discuter pour des patients sélectionnés.

Surveillance

Il n’y a pas de consensus défini en matière de surveillance. Le rythme à adopter peut être d’une consultation tous les six mois à un an et doit être adapté en fonction de la situation clinique. 

Pronostic et devenir des patients

L’histoire naturelle de l’incontinence urinaire masculine tend vers une détérioration lente avec le temps. L’âge est un facteur pronostique majeur. Si environ 85  % des patients ont des symptômes du bas appareil urinaire stables à un an de surveillance, l’amélioration de l’incontinence est souvent notable en cas de prise en charge adaptée1,8.

En cas d’incontinence urinaire à l’effort, les taux de succès à quinze ans après pose d’un sphincter artificiel sont de 77,2  % avec un taux de satisfaction de 89,5  %9. En cas d’incontinence urinaire par urgenturie, l’efficacité comparée de la toxine botulique, du mirabégron et des anticholinergiques rapporte un taux de continence sans protections de plus de 50  % en faveur de la toxine botulique10. L’efficacité de la neuromodulation sacrée versus la toxine botulique est considérée comme comparable à six mois de traitement11.

Chez des patients traités pour une HBP avec des urgenturies, l’ajout de vibégron au traitement en cours (α-bloquant, avec ou sans inhibiteur de la 5α-réductase) permet une diminution des urgenturies de plus de 50  % chez 34  % des patients à 24 semaines de traitement4.

L’importance des mesures comportementales dès le début de la prise en charge souligne le rôle essentiel de la collaboration entre le généraliste et l’urologue. Dès 2015, l’AFU avait émis des recommandations destinées aux médecins généralistes en ce sens12.

De plus, après une bonne évaluation urologique, une prise en charge graduée ne conduit pas nécessairement à un traitement chirugical. 

Les options thérapeutiques sont guidées en premier lieu par la qualité de vie recherchée par les patients.

Encadre

1. Incontinence urinaire par rétention chronique

Souvent appelée incontinence par regorgement, l’incontinence urinaire par rétention chronique est une entité à part. Il s’agit de fuites d’urines secondaires à un trouble de la vidange. 

Le patient a une dysurie chronique qui entraîne progressivement un résidu post-mictionnel de plus en plus important (plus de 50 mL). La sensation de besoin disparait et le patient ressent davantage une pesanteur pelvienne. Les pressions vésicales sont élevées et lorsque le sphincter urétral est dépassé, les fuites d’urines sont au premier plan.

L’obstruction prostatique peut en être responsable, mais toute cause d’hypocontractilité vésicale est à rechercher (neuropathie périphérique, diabète, alcool, radiothérapie…). Le traitement repose principalement sur les auto-sondages.

Encadre

2. Nycturie et énurésie nocturne 

La nycturie est définie par la présence d’un réveil nocturne pour aller uriner. Les facteurs sont multiples et ceux responsables de symptômes diurnes peuvent être imputables, mais la prostate n’est pas forcément responsable de nycturie. 

De plus, la polyurie nocturne est souvent liée à un mauvais sommeil (avec, par exemple, le syndrome d’apnées–hypopnées obstructives du sommeil [SAHOS], l’insuffisance cardiaque) ou au diabète.

L’énurésie nocturne (forme d’incontinence urinaire durant le sommeil) n’est pas incluse dans la nycturie, il s’agit d’un symptôme du bas appareil urinaire, complexe et ayant des causes hétérogènes.

Encadre

3. Mesures hygiénodiététiques à recommander

  • Réduire les apports hydriques, notamment le soir

  • Revoir la prescription de diurétiques  : adapter les dosages, limiter les prises le soir ou changer pour une autre molécule si possible

  • Réduire l’obésité, proposer un sevrage tabagique, adapter l’activité physique

  • Limiter la caféine (thé et café) et l’alcool

  • Utiliser des techniques comportementales de distraction pour différer le besoin (exercices mentaux, contraction périnéale)6,7

  • Programmer les mictions dans la journée, surtout lorsque les patients ont des troubles cognitifs

  • Favoriser les mictions sans poussée et en relaxant le plancher périnéal

  • Traiter une constipation

Références
1. Chapple C, Abrams P. Male lower urinary tract symptoms (LUTS). Fukuoka, Japan, 2012. 
2. Gratzke C, Bachmann A, Descazeaud A, et al. EAU Guidelines on the assessment of non-neurogenic male lower urinary tract symptoms including benign prostatic obstruction. Eur Urol 2015;67(6):1099‑109. 
3. Robert G, Doizi S, Gas J, et al. HAS. Bilans pré-thérapeutiques des troubles mictionnels de l’homme adulte : modalités et acteurs, novembre 2023 – mise à jour en avril 2024. 
4. Peyronnet B, Brucker BM, De Nunzio C, et al. Vibegron in overactive bladder: A comprehensive review of efficacy, safety and patient-reported outcomes. World J Urol 2025;43(1):514. Erratum in: World J Urol 2025;43(1):666.
5. Gomes CS, Pedriali FR, Urbano MR, et al. The effects of Pilates method on pelvic floor muscle strength in patients with post-prostatectomy urinary incontinence: A randomized clinical trial. Neurourol Urodyn 2018;37(1):346‑53. 
6. Burgio KL, Goode PS, Johnson TM, et al. Behavioral versus drug treatment for overactive bladder in men: The male overactive bladder treatment in veterans (MOTIVE) trial. J Am Geriatr Soc 2011;59(12):2209‑16. 
7. Brown CT, Yap T, Cromwell DA, et al. Self management for men with lower urinary tract symptoms: Randomised controlled trial. BMJ 2007;334(7583):25. 
8. Malmsten UGH, Molander U, Peeker R, et al. Urinary incontinence, overactive bladder, and other lower urinary tract symptoms: A longitudinal population-based survey in men aged 45-103 years. Eur Urol 2010;58(1):149‑56. 
9. Léon P, Chartier-Kastler E, Rouprêt M, et al. Long-term functional outcomes after artificial urinary sphincter implantation in men with stress urinary incontinence. BJU Int 2015;115(6):951‑7. 
10. Drake MJ, Nitti VW, Ginsberg DA, et al. Comparative assessment of the efficacy of onabotulinumtoxinA and oral therapies (anticholinergics and mirabegron) for overactive bladder: A systematic review and network meta-analysis. BJU Int 2017;120(5):611‑22. 
11. He Q, Li B, Zhang C, et al. Treatment for refractory overactive bladder: A systematic review and meta-analysis of sacral neuromodulation and onabotulinumtoxin A. Int Urogynecology J 2021;32(3):477‑84. 
12. Descazeaud A, Barry Delongchamps N, Cornu JN, et al. Guide dedicated to general practitioner for the management of lower urinary tract symptoms related to benign prostatic hyperplasia. Prog Urol 2015;25(7):404‑12. 

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Résumé

Les thérapeutiques sont choisies selon le type d’incontinence et la demande du patient. L’adressage à un urologue est par ailleurs recommandé si le patient le souhaite.