L’insuffisance cardiaque (IC) est un syndrome clinique caractérisé par la présence de symptômes (dyspnée, asthénie) associés à des signes cliniques évocateurs (œdèmes périphériques, crépitants pulmonaires, turgescence jugulaire). Chez le sujet âgé, la symptomatologie clinique peut prendre une forme atypique ou aspécifique, rendant le diagnostic plus complexe que chez le sujet jeune.1 Par ailleurs, la présence de comorbidités multiples chez ces patients peut complexifier le diagnostic et la prise en charge.
Définitions et épidémiologie
L’IC se définit selon la fraction d’éjection du ventricule gauche (FEVG). On en distingue ainsi trois types :
l’insuffisance cardiaque à fraction d’éjection réduite (IC-FEr) correspondant à une FEVG inférieure ou égale à 40 % ;
l’insuffisance cardiaque à fraction d’éjection modérément réduite (IC-FEmr) pour des FEVG comprises entre 41 et 49 % ;
l’insuffisance cardiaque à fraction d’éjection préservée (IC-FEp) pour des FEVG supérieures ou égales à 50 %.2
L’IC du sujet âgé est dominée par l’IC-FEp liée au vieillissement du système cardiovasculaire.
Différencier ces trois entités (IC-FEp, IC-FEmr et IC-FEr) est essentiel puisqu’elles impliquent des diagnostics étiologiques et une prise en charge thérapeutique spécifique.
Dans le contexte actuel de vieillissement de la population, l’IC est une préoccupation majeure de santé publique. Elle concerne 1,4 million de patients en France, soit 2,6 % de la population adulte.
L’âge moyen des patients est de 78 ans et l’IC atteint 23,7 % de patients âgés de plus de 85 ans. Elle est responsable de 70 000 décès par an, et la mortalité des octogénaires deux ans après une hospitalisation pour insuffisance cardiaque aiguë (ICA) est de 50 %.3 Les réhospitalisations sont également un enjeu majeur puisqu’elles concernent la moitié des sujets âgés dans les six mois suivant une hospitalisation pour ICA et qu’elles impactent toujours plus la qualité de vie. Ces hospitalisations génèrent également une charge médico-économique importante, avec un coût annuel moyen de 8 341 euros par patient et par an.4
Démarche diagnostique et particularités chez le sujet âgé
Le diagnostic d’IC en population générale repose sur l’analyse des symptômes, des signes cliniques et des résultats des examens standardisés biologiques et d’imagerie, principalement le dosage du peptide natriurétique de type B (ou du N-terminal-proBNP [NT-proBNP]) et l’échocardiographie.
L’interrogatoire peut s’avérer difficile avec un patient âgé ayant des troubles neurocognitifs, mais il est toujours informatif et ne doit pas être négligé. L’aidant principal et les soignants intervenant à domicile sont également des interlocuteurs de choix.
Démarche clinique
La Société européenne de cardiologie (European society of cardiology [ESC]) propose une démarche diagnostique (fig. 1) en quatre points : évaluation initiale, recherche étiologique, évaluation pronostique et identification des facteurs déclenchants.
L’identification des comorbidités (bronchopneumopathie chronique obstructive [BPCO], asthme, insuffisance rénale, diabète, anémie, obésité) est une étape essentielle, car celles-ci sont fréquentes, rendant difficilement interprétables les symptômes principaux et augmentant le risque de mortalité et le taux d’hospitalisation.
Associée à la symptomatologie classique, l’IC du sujet âgé se manifeste fréquemment de manière atypique et peu spécifique : fatigue inhabituelle, altération de l’état général, confusion, troubles du sommeil, anorexie, chutes répétées ou aggravation d’une perte d’autonomie peuvent être au premier plan, parfois davantage que la dyspnée. Cette symptomatologie polymorphe contribue largement au retard diagnostique. Enfin, la recherche d’une hypotension orthostatique est essentielle.
Examens paracliniques
Les examens complémentaires nécessaires au diagnostic d’IC chez le sujet âgé sont similaires à ceux réalisés chez le sujet jeune, avec néanmoins des spécificités importantes dans l’interprétation de leurs résultats.
Les concentrations du BNP et du NT-proBNP augmentent physiologiquement avec l’âge et en présence de comorbidités, notamment rénales, ce qui nécessite d’adopter des seuils diagnostiques plus élevés (tableau 1). Chez le sujet âgé, ces peptides natriurétiques ont une forte valeur prédictive négative (90 à 95 %).
L’échocardiographie, examen clé, a plusieurs objectifs : classer le type d’IC (IC-FEp, IC-FEmr, IC-FEr), dépasser le diagnostic syndromique, préciser le mécanisme physiopathologique et phénotyper la cardiopathie en cause (ischémique, valvulaire, infiltrative, hypertensive), conditionnant ainsi la prise en charge thérapeutique.
L’électrocardiogramme et la radiographie du thorax conservent leur place dans l’évaluation initiale. Chez le sujet âgé, ces examens simples et accessibles en médecine de ville aident également à orienter le diagnostic différentiel, notamment en cas de dyspnée multi-factorielle ou de comorbidités respiratoires associées.
L’échographie pleuropulmonaire prend une place croissante dans l’évaluation étiologique des patients âgés dyspnéiques pour le diagnostic positif d’ICA, y compris en médecine de ville. Elle permet l’identification de lignes B, témoignant d’un syndrome interstitiel en lien avec une congestion pulmonaire, et offre une performance diagnostique supérieure au gold standard pour détecter un œdème pulmonaire débutant (fig. 2).
Rechercher le facteur déclenchant d’une iCA, une étape clé
La recherche de facteurs déclenchants constitue une étape essentielle devant tout épisode d’insuffisance cardiaque. Chez le sujet âgé, leur identification conditionne non seulement la prise en charge immédiate mais surtout la prévention des récidives. Ces facteurs peuvent être extracardiaques ou cardiaques :
les facteurs extracardiaques sont déterminants chez le sujet âgé. Il convient de rechercher une infection (pulmonaire ou urinaire en premier lieu), une anémie, une dysthyroïdie, une embolie pulmonaire, une surcharge hydrosodée liée à des apports excessifs. L’iatrogénie (anti-inflammatoires non stéroïdiens [AINS]) et l’inobservance médicamenteuse occupent aussi une place centrale ;
les facteurs cardiaques doivent être systématiquement recherchés (troubles du rythme – en particulier, fibrillation atriale rapide – et déséquilibre de l’hypertension artérielle [HTA] au premier plan, mais également troubles de la conduction, syndrome coronarien aigu ou aggravation d’une valvulopathie).
L’identification et la correction de ces facteurs sont fondamentales pour réduire le risque de réhospitalisation, particulièrement élevé dans les mois qui suivent un épisode d’ICA.
Hospitaliser ou non ?
L’IC chronique est émaillée d’épisodes d’ICA, dont certains peuvent être contrôlés en ambulatoire, tandis que d’autres nécessitent une hospitalisation en fonction de la gravité clinique et du contexte du patient (fig. 3).
Prise en charge ambulatoire
Elle peut être envisagée si les critères suivants sont respectés :
absence de signes de gravité clinico-biologiques ;
facteur déclenchant de la décompensation identifié et possible à corriger en ambulatoire ;
l’IC est connue ;
le patient a la capacité de donner l’alerte, de gérer les ajustements de traitements prescrits ou est accompagné pour le faire ;
état général et autonomie du patient conservés, ou aides professionnelles et entourage suppléant ;
bonne réponse prévisible aux diurétiques oraux ;
réévaluation possible dans un délai de sept jours.
Signes de gravité clinico-biologiques
À l’inverse, les signes devant faire recourir à une hospitalisation sont les suivants :
mauvaise tolérance clinique de l’épisode (pression artérielle [PAS] inférieure à 90mmHg, fréquence cardiaque [FC] supérieure à 120 batt/min, saturation en oxygène [SpO2] inférieure à 94 %, fréquence respiratoire supérieure à 20 cycles/min) ;
présence de signes de gravité respiratoires (dyspnée NYHA III à IV [tableau 2], signes de lutte respiratoire) ;
présence de signes de gravité neurologiques : confusion, troubles de la conscience ;
tableau d’anasarque, traduisant la sévérité de la cardiopathie sous-jacente et la nécessité d’administrer des traitements diurétiques par voie intra-veineuse ;
marqueurs biologiques à la valeur pronostique péjorative (hyponatrémie et hyperkaliémie sévères, insuffisance rénale aiguë).
L’hospitalisation permet également de statuer chez ces patients entre une prise en charge curative en unité de soins intensifs, en hospitalisation conventionnelle, ou parfois palliative pour la mise en place de soins de support adaptés.
Par ailleurs, la suspicion d’un événement cardiovasculaire aigu causal de la décompensation justifiant une procédure interventionnelle ou une surveillance rapprochée nécessite également une prise en charge hospitalière : syndrome coronarien aigu, myocardite aiguë, fibrillation atriale rapide, embolie pulmonaire, endocardite infectieuse, rétrécissement aortique serré symptomatique.
Enfin, la décompensation d’une comorbidité ou l’apparition d’un syndrome gériatrique associé à l’ICA peut justifier une hospitalisation :
survenue d’un syndrome confusionnel ;
perte d’autonomie sévère et grabatisation ;
syndrome infectieux nécessitant une exploration diagnostique et/ou une antibiothérapie intraveineuse ;
décompensation d’une insuffisance respiratoire chronique oxygéno-requérante.
Prise en charge thérapeutique spécifique
La prise en charge thérapeutique de l’IC du patient âgé repose sur une approche globale, adaptée à la phase aiguë et au traitement de fond, intégrant les spécificités gériatriques et les comorbidités.
Insuffisance cardiaque aiguë
La prise en charge symptomatique de l’ICA du patient âgé est similaire à celle du patient plus jeune, avec l’instauration d’une déplétion hydrosodée par majoration des doses de diurétiques de l’anse.
La surveillance clinique (survenue d’hypotension artérielle et d’hypotension orthostatique, signes de déshydratation extracellulaire) et biologique (dyskaliémie, dysnatrémie, insuffisance rénale aiguë) doit être particulièrement rapprochée.
À la phase aiguë, l’adaptation de la dose du traitement diurétique se fait en fonction de la posologie habituelle du traitement de fond. En outre, la dose de furosémide per os peut être doublée pendant trois à cinq jours, associée à une supplémentation potassique adaptée.
La possibilité de réaliser une télésurveillance des signes et symptômes au domicile via des outils connectés, avec une gestion par des infirmiers formés spécifiquement à l’IC (infirmier au sein d’un protocole de coopération insuffisance cardiaque [ISPIC] ou infirmiers en pratique avancée [IPA]) permet de dépister et traiter précocement l’épisode. La coopération avec les infirmiers libéraux intervenant à domicile est également essentielle. Chez le patient âgé, le déploiement de la télésurveillance doit être progressif et adapté. L’illectronisme ou les troubles cognitifs peuvent constituer des freins, nécessitant l’implication des aidants et des professionnels de proximité. Mais, intégrée à une organisation coordonnée, la télésurveillance renforce la sécurité du maintien à domicile.
Traitement de fond de l’iC à FEVG réduite et de l'IC à FEVG modérément réduite
Le bénéfice des quatre piliers (bêtabloquant, inhibiteur de l’enzyme de conversion [IEC] ou l’association sacubitril-valsartan, antagoniste du récepteur des minéralocorticoïdes, inhibiteur du cotransporteur sodium-glucose de type 2 [iSGLT- 2]) dans l’IC-FEr est démontré, y compris chez le sujet âgé. Les recommandations européennes préconisent l’introduction rapide de la quadrithérapie à faible dose après une poussée d’ICA.2,5
Ces traitements sont également recommandés dans l’IC-FEmr (FEVG de 41 à 49 %), avec un niveau de preuve moins robuste. Chez le sujet âgé fragile, l’initiation doit être précoce mais prudente, à doses faibles, avec surveillances tensionnelle (recherche d’hypotension orthostatique), rénale et ionique rapprochées.6 L’objectif est l’implémentation des quatre classes à petites doses dans le mois suivant la décompensation, avec titration secondaire progressive selon la tolérance. Parallèlement, la dose de diurétique de l’anse doit être réduite à la dose minimale efficace et les traitements hypotenseurs non indiqués dans l’IC doivent être arrêtés. Les iSGLT- 2 réduisent significativement les réhospitalisations, y compris chez les patients âgés fragiles. Une vigilance est toutefois nécessaire vis-à-vis du risque d’infections urinaires ou mycosiques, justifiant de délivrer une information adaptée au patient.
Dans l’IC-FEr, la carence martiale doit être systématiquement recherchée et corrigée par voie intraveineuse en cas de déficit (ferritinémie inférieure à 100 µg/L ou entre 100 et 299 µg/L avec saturation de la transferrine inférieure à 20 %). La perfusion peut être réalisée en hôpital de jour ou en hospitalisation à domicile.
Traitement de fond de l’iC à FEVG préservée
Dans l’IC-FEp, la prise en charge repose sur une approche globale associant traitement médicamenteux et contrôle des comorbidités. Les iSGLT- 2 constituent aujourd’hui le seul traitement ayant démontré une réduction des hospitalisations pour IC. Ils doivent être introduits en l’absence de contre-indications. Les diurétiques de l’anse sont utilisés pour contrôler la congestion, avec une adaptation prudente chez le sujet âgé en tenant compte de la fonction rénale et de la tolérance tensionnelle. Le contrôle rigoureux des comorbidités constitue également un élément déterminant du traitement.
Mesures associées
Chez le sujet âgé, les régimes désodés stricts (inférieurs à 4 g/j) doivent être évités en raison du risque de dénutrition. Un apport modéré en sel (6 à 8 g/j) est recommandé, avec restriction entre 4 et 6 g/j en cas d’insuffisance cardiaque sévère ou de congestion récidivante, en veillant au maintien d’un apport nutritionnel suffisant. Il convient également de veiller à l’apport protidique, pour limiter le risque de dénutrition et de sarcopénie.
La mise à jour du calendrier vaccinal constitue également une mesure préventive essentielle : vaccination antigrippale annuelle, rappels anti-Covid- 19 et vaccination antipneumococcique doivent être systématiquement proposés afin de réduire le risque de décompensation infectieuse. La vaccination contre le zona pourrait également conférer un bénéfice cardiovasculaire supplémentaire.
Prise en charge des facteurs de fragilité
La fragilité est un facteur pronostique indépendant chez les patients insuffisants cardiaques, associé à une augmentation du risque de réhospitalisation et de mortalité.7 Elle correspond à une diminution de la réserve fonctionnelle, rendant le patient plus vulnérable aux épisodes de stress aigus (décompensation, infection, modification thérapeutique). Chez le sujet âgé, la prise en charge de l’IC ne peut donc se limiter à l’optimisation cardiovasculaire. Elle doit intégrer l’évaluation et la prise en charge des syndromes gériatriques : dénutrition, sarcopénie, troubles cognitifs, dépression, risque de chutes, polymédication ou isolement social, qui influencent la tolérance des traitements et l’évolution clinique. Le dépistage en médecine de ville à l’aide d’outils simples (SEGA, TRST : https ://bit.ly/4s3RgJ5, p. 23) permet d’objectiver la vulnérabilité.8
L’évaluation gériatrique approfondie complète cette approche en proposant un plan personnalisé de soins (PPS), adaptant l’intensité thérapeutique, avec pour objectifs la préservation de l’autonomie et de la qualité de vie des patients.
Place de la réadaptation pour le patient âgé
La réadaptation cardiaque constitue un pilier de la prise en charge de l’IC, au même titre que les traitements pharmacologiques. Elle est de niveau de preuve élevé dans les recommandations européennes en raison de ses bénéfices démontrés sur la capacité fonctionnelle, la qualité de vie et le pronostic.2 Pourtant, les patients âgés restent sous-représentés dans ces programmes, du fait de profils cliniques complexes associant fragilité, comorbidités multiples et perte d’autonomie, alors même que des données récentes montrent que les patients âgés fragiles tirent bénéfice de ces programmes.9
Chez le sujet âgé insuffisant cardiaque, la réadaptation ne se limite pas à un simple réentraînement à l’effort. Elle s’inscrit dans une approche globale et personnalisée visant à améliorer la tolérance à l’effort, à stabiliser les symptômes et à réduire le risque de décompensation et de réhospitalisation.
Sur le plan fonctionnel, elle participe à la lutte contre le déconditionnement physique, la sarcopénie et la perte d’autonomie. Une activité physique adaptée, progressive et sécurisée permet ainsi de préserver la marche, l’équilibre et la force musculaire, prérequis déterminants pour le maintien à domicile.
Les recommandations de la Haute Autorité de santé de 2024 réaffirment que l’âge ne constitue pas un critère d’exclusion.10 L’orientation vers une filière cardiologique ou gériatrique repose avant tout sur les limitations cliniques, le niveau de fragilité et le potentiel de récupération.
La réadaptation associe évaluation multidimensionnelle, activité physique supervisée et accompagnement éducatif. Chez les patients les plus vulnérables, une prise en charge en soins médicaux et de réadaptation (SMR) à orientation gériatrique peut être indiquée. Les programmes doivent être individualisés, associant endurance, renforcement musculaire et travail de l’équilibre, avec une surveillance adaptée.
Le médecin traitant joue un rôle central dans le repérage des patients éligibles, la coordination avec les cardiologues et les structures de réadaptation, ainsi que dans l’organisation de la continuité entre programme institutionnel et activité physique adaptée en ville (maison sport-santé). La réadaptation cardiaque participe ainsi pleinement au maintien de l’autonomie et à la prévention des réhospitalisations chez le sujet âgé insuffisant cardiaque.
Parcours de soins du patient âgé insuffisant cardiaque
La figure 3 résume le circuit d’orientation d’un patient âgé atteint d’ICA.
Coordination structurée ville–hôpital
L’amélioration du pronostic du patient âgé insuffisant cardiaque repose sur la qualité de la coordination entre professionnels de santé. Une organisation territoriale structurée, fondée sur la continuité, la réactivité et l’anticipation, est indispensable pour prévenir les ruptures de parcours et réduire le risque de réhospitalisation.
Le médecin généraliste en constitue le pivot. Il assure le dépistage précoce (EPOF : essoufflement, prise de poids, œdèmes, fatigue), le suivi des comorbidités, l’adaptation thérapeutique en lien avec le cardiologue et l’anticipation des décompensations, notamment après une hospitalisation pour ICA.
Le cardiologue confirme le diagnostic, précise la cause et définit la stratégie thérapeutique. Il oriente vers les dispositifs adaptés (réadaptation, télésurveillance, hospitalisation à domicile, filière cardiogériatrique), en lien étroit avec le médecin traitant.
Le gériatre intervient dans l’évaluation de la fragilité et l’optimisation médicamenteuse chez ces patients multimorbides et fragiles.
Le pharmacien sécurise les transitions ville-hôpital par la conciliation médicamenteuse et la prévention de l’iatrogénie.
Les infirmiers jouent un rôle central dans la surveillance clinique, l’éducation thérapeutique et la détection précoce des signes d’aggravation. L’émergence des ISPIC et d’infirmiers en pratique avancée (IPA) renforce la coordination et facilite l’optimisation thérapeutique.
La structuration d’une filière territoriale dédiée à l’IC, réunissant acteurs hospitaliers et libéraux autour de protocoles partagés, constitue un modèle pertinent pour harmoniser les pratiques, fluidifier l’information et sécuriser le maintien à domicile. Les objectifs restent la prévention des réhospitalisations et l’amélioration de la qualité de vie du patient âgé.
Intégrer précocement les soins de support et la démarche palliative
Compte tenu du pronostic parfois sévère de l’IC chez le sujet très âgé, l’intégration précoce des soins de support est essentielle. Les soins palliatifs ne doivent pas être réservés aux phases terminales, mais être envisagés comme des soins complémentaires visant à améliorer la qualité de vie, contrôler les symptômes et soutenir les aidants. Le médecin généraliste joue un rôle central en abordant précocement la question de l’intensité des soins et des priorités du patient (directives anticipées). Il participe à une décision collégiale avec l’équipe hospitalière et le cardiologue afin d’assurer la cohérence entre projet thérapeutique et projet de vie. L’anticipation des situations de crise et la discussion des directives anticipées permettent d’éviter à la fois l’acharnement et l’abandon thérapeutiques.
Que dire à vos patients ?
Surveiller les signes d’alerte (EPOF) : majoration de l’essoufflement, prise de poids rapide (2 kg ou plus en 2 à 3 jours), œdèmes des jambes, fatigue inhabituelle ou perte d’autonomie récente doivent faire consulter.
Éduquer au traitement : les ajustements sont fréquents, surtout après une hospitalisation. Il convient de signaler tout effet indésirable (vertiges, hypotension, chute).
Bouger est essentiel, quel que soit l’âge : une activité physique adaptée et régulière améliore la capacité à l’effort, la qualité de vie et réduit le risque de réhospitalisation.
Adoptez une alimentation équilibrée (avec un apport en sel modéré et un apport protidique suffisant) ; pesez-vous régulièrement et maintenez vos vaccinations à jour (grippe, Covid- 19, pneumocoque).
Parlez de vos priorités et de vos directives anticipées : votre médecin peut vous accompagner afin d’adapter les traitements à votre qualité de vie et à vos objectifs.
Des ressources peuvent être utiles :
Vaincre l’insuffisance cardiaque : https ://www.vaincrelinsuffisancecardiaque.org
Groupe insuffisance cardiaque et cardiomyopathies : https ://giccardio.fr/espace-professionnel/
Réseau FINC/PHINC 94 : https ://www.finc-phinc94.fr/
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5. Girerd N, Leclercq C, Hanon O, et al. Optimisation of treatments for heart failure with reduced ejection fraction in routine practice: A position statement from a panel of experts. Rev Esp Cardiol (Engl Ed) 2023;76(10):813‑20.
6. Peschanski N, Zores F, Boddaert J, et al. 2023 SFMU/GICC-SFC/SFGG expert recommendations for the emergency management of older patients with acute heart failure. Part 2: Therapeutics, pathway of care and ethics. Arch Cardiovasc Dis 2025;118(1):6‑16.
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12. Seferovic P, Coats A, Filippatos G, et al. Le manuel de l’ESC. Insuffisance cardiaque. Elsevier Masson, 2025. 816 pages.
Dans cet article
- Définitions et épidémiologie
- Démarche diagnostique et particularités chez le sujet âgé
- Rechercher le facteur déclenchant d’une iCA, une étape clé
- Hospitaliser ou non ?
- Prise en charge thérapeutique spécifique
- Place de la réadaptation pour le patient âgé
- Parcours de soins du patient âgé insuffisant cardiaque