Développé dès les années 1960, le plasma riche en plaquettes n’a été employé qu’à partir des années 2000 dans les pathologies musculosquelettiques, notamment la gonarthrose et les tendinopathies. Son essor est rapide : le nombre de publications sur le PRP dans la gonarthrose est passé de 5 avant 2010, à 690 de 2020 à 2024 (dont 145 essais cliniques ou contrôlés).
Le mécanisme d’action n’est pas complétement élucidé : les injections de concentrés plaquettaires stabiliseraient le micro-environnement tissulaire grâce aux facteurs de croissance et cytokines des plaquettes et à d’autres molécules plasmatiques, avec à la clé de potentiels effets anti-inflammatoires, antalgiques, cicatrisants et anaboliques.
Son usage reste controversé. Les essais et méta-analyses sont difficiles à interpréter : hétérogénéité des pathologies traitées, absence de standardisation du PRP et de sa préparation, biais de sélection et d’interprétation… Faisons le point sur les recos et les niveaux de preuves de ses applications.
Gonarthrose
La gonarthrose demeure l’indication la plus pratiquée et étudiée.
L’European Society of Sports Traumatology, Knee Surgery and Arthroscopy (ESSKA) le préconise dans la gonarthrose d’intensité légère à modérée (stade radiologique de Kellgren et Lawrence ≤ 3), en cycles de 2 - 4 injections espacées de 1 - 3 semaines, devant les autres options injectables (corticostéroïdes et acide hyaluronique) ; cependant elle considère que les preuves cliniques actuelles sont trop lacunaires pour conclure à son efficacité.
Le consensus des experts du Groupe de recherche international sur les injections de plaquettes (GRIIP) est similaire : 1 à 3 injections intra-articulaires de PRP (de préférence pauvre en leucocytes) sous guidage échographique ou fluoroscopique dans la gonarthrose légère à modérée (stades KL 2 et 3). En revanche, dans ses recos de 2020 sur la prise en charge pharmacologique de la gonarthrose, la Société française de rhumatologie n’a pas statué sur cette technique « du fait du manque de recul et de l’insuffisance des données ».
Une méta-analyse de 2025 conclut à une réduction significative de la douleur, tandis qu’une autre trouve son efficacité modeste. Une troisième méta-analyse estime qu’il est aussi efficace que l’acide hyaluronique et les corticostéroïdes.
À noter, la HAS a refusé fin 2024 l’inscription sur la LPP d’un kit de préparation de PRP pour la gonarthrose, au motif d’un intérêt thérapeutique non établi et d’un service attendu insuffisant.
Tendinopathies et autres pathologies musculosquelettiques
La recherche dans les tendinopathies est dynamique (779 articles référencés dans PubMed en 2025) ; pour autant, aucune société savante ne les valide dans ces pathologies. Dans une récente revue systématique, la réduction de la douleur n’est pas supérieure dans les groupes traités par rapport aux groupes contrôle. Cependant, dans le syndrome du canal carpien, les scores de douleur et de sévérité sont moindres après 3 et 6 mois de traitement. Une autre publication conclut que le PRP peut améliorer la douleur et la fonction dans les tendinopathies.
Le GRIIP indique que les interventions les plus fréquentes concernent les tendinopathies des épicondyliens latéraux, patellaires et achilléennes ainsi que l’aponévrosite plantaire.
D’autres pathologies ont fait l’objet d’études positives : capsulite rétractile de l’épaule, discopathie dégénérative, hernie discale, l’arthropathie sacro-iliaque, lésions méniscales ou ostéochondrales, instabilité médiale du coude...
Les injections de PRP n’ont pas fait la preuve de leur efficacité dans les arthroses hors genou : coxarthrose, arthrose de cheville, omarthrose, rhizarthrose, etc.
Autres applications
Plusieurs indications existent en chirurgie orthopédique : retards de consolidation et pseudarthroses, chirurgie arthroscopique, ostéonécrose aseptique… Là aussi, la littérature ne permet pas d’aboutir à des préconisations.
Dans l’alopécie androgénique le PRP obtient des résultats ambivalents : augmentation de la densité capillaire surtout chez les hommes mais pas du diamètre, selon une méta-analyse publiée en 2024. Elles ralentiraient aussi la chute des cheveux, sans favoriser l’apparition de nouveaux follicules. La procédure fait partie des options proposées par l’American Academy of Dermatology, mais les guidelines européennes ne se prononcent pas, faute de protocole standard.
Les injections intracaverneusesde plasma riche en plaquettes sont parfois utilisées dans la dysfonction érectile légère à modérée résistante aux traitements conventionnels. Cependant, les données sont insuffisantes à long terme, et elles ne doivent être proposées qu’en essai clinique.
Enfin, le PRP en est aux premiers stades de la recherche dans différents domaines : insuffisance ovarienne prématurée, incontinence urinaire d’effort chez la femme, cystite interstitielle, maladie de Lapeyronie, cardiopathie ischémique, plaies chroniques dont ulcères de jambe, mélasma, vitiligo…
En pratique
Le PRP est le plus souvent obtenu à partir de kits commerciaux répondant au même principe : le sang du patient est centrifugé pendant quelques minutes afin de le séparer en 3 couches distinctes : une couche inférieure constituée de globules rouges, une couche moyenne avec les leucocytes et une partie supérieure contenant le PRP.
Tout compris, l’intervention prend 30 à 45 minutes. Elle peut être réalisée par tout médecin formé à l’échoguidage et à l’injection de PRP, y compris en ville.
L’effet n’est pas immédiat, et peut être ressenti au bout de 4 à 6 semaines. Il ne faut donc pas conclure à un manque d’efficacité avant ce délai. En outre, certaines situations peuvent influencer la réponse thérapeutique : prise d’antiagrégants plaquettaires, tabagisme important, maladies chroniques décompensées, obésité, sévérité de l’atteinte…
L’injection de PRP n’est pas remboursée par la Sécurité sociale, mais certaines mutuelles peuvent prendre en charge une partie des coûts. Les tarifs sont très variables (environ 100 à 400 €).
Quels effets indésirables ?
Les EI sont difficiles à tracer, en raison de l’absence de RCP et de pharmacovigilance. Ceux observés en recherche clinique sont essentiellement mineurs : douleur à l’injection (18,7 %), réaction inflammatoire locale spontanément résolutive (gonflement dans 4,5 % des cas). Les EI sévères ou graves (choc anaphylactique, synovite biologique sévère, arthrite septique, protéinurie…) sont rares, et les complications septiques exceptionnelles. Une enquête du GRIIP estime qu’une injection sur 1 000 occasionne un EI nécessitant un traitement spécifique.
Quelles CI et précautions d’usage ?
Les contre-indications sont un contexte infectieux local ou général, un trouble de la coagulation, la prise d’anticoagulant en cas d’injections profondes, un cancer actif, une hémopathie en cours ou récemment guérie, une thrombopénie < 100 G/L, une pathologie inflammatoire en poussée, une allergie connue à des produits dérivés du sang, ou une lésion cutanée au voisinage du site à injecter.
Les injections ne sont pas recommandées en cas de grossesse ou d’allaitement.
Il ne faut pas intervenir sur tendons rompus, en l’absence d’échoguidage, ou en première intention (seulement après échec des approches conventionnelles). L’usage à visée esthétique est interdit.
Nobile C. Plasma riche en plaquettes : des bénéfices prouvés ? Rev Prat (en ligne) 3 octobre 2023.