D’après les essais cliniques, les deux vaccins à base d’ARNm disponibles – Pfizer et Moderna – sont considérés équivalents en termes d’efficacité et de tolérance, voire interchangeables dans certains cas. Pourtant, aux États-Unis, où 140 millions de personnes ont été vaccinées, le système de collecte des données en temps quasi réel a montré que le profil de tolérance n’est pas identique… Que faut-il savoir pour bien informer les patients ?

 

Dans les essais cliniques sur les deux vaccins à base d’ARNm disponibles – Pfizer et Moderna – les participants ont signalé des réactions locales et systémiques, dont les plus fréquentes étaient les douleurs au site d’injection, la fatigue et les maux de tête ; une plus grande réactogénicité a été signalée après la deuxième dose.

Aux États-Unis, pour faciliter l’évaluation rapide des vaccins Covid-19, les Centers for Disease Control and Prevention (CDC) ont établi un nouveau système de surveillance active pour collecter des données en temps quasi réel auprès des receveurs du vaccin, appelé V-safe. Les participants s’inscrivent volontairement et reçoivent périodiquement des SMS sur leur smartphone à partir du jour de la vaccination (J0), jusqu’à 12 mois après.

Pendant les 7 jours après chaque dose de vaccin, les participants sont interrogés sur de possibles réactions locales et systémiques (par ex : douleur au site d’injection, fatigue, maux de tête), hors réactions allergiques ou anaphylaxie. V-safe permet également aux participants de saisir des commentaires libres sur leur expérience post-vaccination.

Dans cette étude publiée dans le JAMA, les auteurs ont analysé les informations sur la réactogénicité locale et systémique signalée dans la semaine après chaque dose de vaccin reçue entre le 14 décembre 2020 et le 21 février 2021.

Au 21 février 2021, plus de 46 millions de personnes avaient reçu au moins 1 dose d’un vaccin à ARNm. Au total, plus de 3 millions de personnes étaient inscrites au programme V-safe et ont répondu à au moins à une question dans les 7 jours après leur première dose de vaccin (1,6 million avec Pfizer et 1,9 million avec Moderna) ; environ 2 millions de participants (1 million pour chaque vaccin) ont reçu une deuxième dose et répondu aux questionnaires.

Globalement, comme attendu, la plupart des participants ont eu une réaction au site d’injection (dose 1 : 70,0 % ; dose 2 : 75,2 %) ou systémique (dose 1 : 50,0 % ; dose 2 : 69,4 %) dans les 7 jours après l’administration des vaccins. Les réactions les plus fréquentes après la première dose étaient la douleur au site d’injection (67,8 %), la fatigue (30,9 %), les maux de tête (25,9 %) et la myalgie (19,4 %). La réactogénicité était considérablement plus élevée après la deuxième dose, et ce pour les deux vaccins, et notamment les réactions systémiques : fatigue (53,9 %), maux de tête (46,7 %), myalgies (44,0 %), frissons (31,3 %), fièvre (29,5 %) et douleurs (25,6 %).

Toutefois, le vaccin Moderna était associé à une réactogénicité plus importante, surtout après la deuxième dose, par rapport au vaccin Pfizer-BioNTech :

– 40 % de personnes avaient des frissons après Moderna vs 22,7 % après Pfizer ;

– fièvre : 37,6 % vs 21,5 % ;

– fatigue : 60 % vs 47,8 % ;

– douleurs articulaires : 31,5 % vs 19,9 % ;

– maux de tête : 53,2 % vs 40,4 % ;

– myalgies : 51,4 % vs 36,8 % ;

– nausées : 20,2 % vs 13,1 %.

Après stratification par âge (< 65 ans contre ≥ 65 ans), les différences de réactogénicité étaient cohérentes avec ces résultats globaux, même si les réactions locales et systémiques ont été moins fréquentes chez les plus de 65 ans par rapport à la population plus jeune. Pour les deux vaccins, ces réactions étaient le plus souvent signalées le premier jour post-vaccination, et leur fréquence a chuté dans les jours suivants.

Bien que des réactions locales et systémiques soient attendues et transitoires, elles peuvent influencer la perception qu’ont les patients de l’expérience de la vaccination. Les informer peut atténuer une partie de l’anxiété potentielle provoquée par la réactogénicité post-vaccination. Il faut également rassurer les vaccinés car ces événements apparaissent dans la grande majorité des cas le premier jour après deuxième dose et se résolvent très rapidement.

Quant à la prise de paracétamol avant l’administration d’un vaccin à ARN pour prévenir les effets secondaires, il n’y a pas encore assez de données pour valider cette pratique. En effet, l’on ignore dans quelle mesure des analgésiques pourraient amoindrir l’efficacité de ces vaccins. Bien sûr, le paracétamol peut être pris après l’apparition d’éventuels effets indésirables.

Cinzia Nobile, La Revue du Praticien

Pour en savoir plus :

Nobile C. [Actualisation] Catherine Hill compare les vaccins disponibles contre la Covid.Rev Prat 18 mars 2021.

Covid : un schéma vaccinal combinant Pfizer et Moderna ?Rev Prat (en ligne) 3 mai 2021.

Chapin-Bardales J, Gee J et Myers T. Reactogenicity Following Receipt of mRNA-Based COVID-19 Vaccines.JAMA Insights 2021;325(21):2201-2.

Nobile C. Faut-il prendre du paracétamol avant la vaccination Covid ?Rev Prat (en ligne) 4 mai 2021.

Nobile C. « Bras Covid » après Moderna ?Rev Prat (en ligne) 18 mai 2021.

Figures et tableaux