Si plusieurs études ont suggéré un moindre risque global de cancer chez les végétariens et les végans, les résultats par type de cancer sont plus incertains. Les deux plus grandes méta-analyses de cohortes prospectives consacrées à cette question viennent d'être publiées dans le British Journal of Cancer et l’European Journal of Epidemiology.

Régimes alimentaires plus respectueux de l’environnement et des animaux, les alimentations végétariennes et véganes sont aussi associées à plusieurs bénéfices pour la santé, dont un moindre risque de cancer, selon plusieurs revues systématiques et rapports récents, basés sur des cohortes prospectives ou rétrospectives. Cependant, les données manquent voire sont contradictoires selon le type de cancer étudié.

Ainsi, en juin 2024, l’Anses avait consacré une revue systématique de la littérature aux liens épidémiologiques entre les régimes végétariens et la santé ; il en était ressorti des conclusions de faible niveau de preuve (résumées en encadré) : certains cancers semblaient associés à un plus faible risque en cas de régime végétarien (estomac, prostate, cancers hématologiques) ou végan (prostate) qu’en cas d’alimentation carnée, alors qu’aucune association n’était observée entre régime végétarien et risque de cancers du poumon, colorectal, du sein, de l’ovaire, de l’endomètre, de l’appareil urinaire.

Neuf cohortes mondiales combinées

Afin de mieux évaluer l’association entre régime alimentaire et les principaux types de tumeurs, des épidémiologistes de l’Université d’Oxford ont monté la plus grande méta-analyse de cohortes prospectives réalisée à ce sujet. Pour ce faire, ils ont recherché dans la littérature toutes les cohortes prospectives en cours répondant aux 2 critères suivants : cohorte très large (≥ 500 000 participants, soit une inclusion estimée de ≥ 5 000 végétariens) ou avec une importante proportion de végétariens (> 25 %) ; données de suivi fiables sur l’occurrence de cancers. En tout, 11 cohortes ont été incluses, dont 9 ont contribué aux résultats (une étude avait trop peu de cas de cancers pour l’analyser, et une autre avait une stabilité insuffisante des régimes alimentaires des participants dans le temps). Il s’agit des études Adventist Health study 2, CARRS- 1, EPIC-Oxford, Oxford vegetarian study, Tzu chi health study, UK Women’s cohort study, Million women study, NIH-AARP, UK Biobank.

Selon leurs réponses, lors de l’inclusion, à un questionnaire de fréquence alimentaire portant sur leurs consommations habituelles, les participants de ces cohortes ont été répartis en cinq groupes alimentaires :

  • mangeurs de viande (consommant de la viande rouge ou transformée), utilisé comme le groupe de référence dans les méta-analyses ;

  • mangeurs de volaille (ne consommant pas de viande rouge ou transformée, mais de la volaille) ;

  • pescétariens (ne consommant pas de viande rouge ou transformée ou de volaille, mais du poisson) ;

  • végétariens (ne consommant pas de viande rouge ou transformée, de volaille ou de poisson, mais des produits laitiers et/ou des œufs) ;

  • végans (ne consomment aucun produits animaux).


Réévaluée dans 6 cohortes sur 9, la catégorisation du régime alimentaire est restée stable après un suivi médian de 4 - 14 ans (68 - 89 % des personnes classifiées comme végétariennes à l’inclusion le restaient ; ≤ 12 % étaient reclassifiées en mangeuses de viande). Ont été exclus les 90 ans ou plus, ceux ayant un antécédent de néoplasie, les personnes manquant de données sur leur alimentation (> 80 % d’informations manquantes) ou ayant renseigné un apport énergétique journalier peu plausible (femmes :  500 ou > 3 500 kcal ; hommes :  800 ou > 4 000 kcal).

Calcul des HR de 17 types de cancers

Pour les différentes cohortes et groupes alimentaires, les scientifiques ont identifié d’après les registres des cancers l’incidence de 17 localisations ou types de tumeurs : bouche et pharynx, carcinome épidermoïde de l’œsophage, adénocarcinome de l’œsophage, estomac, colorectal (subdivisé en côlon, côlon proximal, côlon distal et rectum), foie, pancréas, poumon, sein (chez la femme uniquement), endomètre, ovaire, prostate, rein, vessie, lymphome non Hodgkinien, myélome multiple et leucémie.

Pour chaque type de cancer et pour chaque étude, le hazard ratio (HR) ajusté à l’âge a été calculé avec son intervalle de confiance à 95 % (IC 95 %) pour chaque régime alimentaire, en comparaison des consommateurs de viande. Outre l’âge, les modèles statistiques d’évaluation des HR ont pris en compte les principales covariables sociodémographiques et cliniques (tabagisme, consommation d’alcool, IMC, diabète, activité physique, niveau d’éducation académique, etc.).

Les HR des différentes cohortes ont ensuite été combinés en une seule valeur lors de la méta-analyse. L’hétérogénéité entre cohortes a été évaluée avec la statistique I2 (I2  50 % : faible hétérogénéité ; hétérogénéité modérée : 50 %≤ I2  75 % ; forte hétérogénéité : I2 ≥ 75 %).

Des cancers plus ou moins à risque

Les résultats sont parus le 27 février 2026 dans British Journal of Cancer. Ils sont résumés sous la forme de 3 tableaux ci-contre : le tableau 1 pour les cancers du système digestif et pulmonaire, le tableau 2 pour ceux de l’appareil reproducteur, et le tableau 3 pour les cancers hématologiques et de l’appareil urinaire. En tout, environ 1,82 millions de sujets (68,2 % de femmes) issus de 9 études prospectives dans 4 pays (États-Unis, Inde, Royaume-Uni, Taïwan) ont été inclus, dont 90,5 % de consommateurs de viande, 3,1 % de consommateurs de volaille, 2,4 % de pescétariens, 3,5 % de végétariens et 0,5 % de végans. Les inclusions ont eu lieu entre 1980 et 2010, et concernaient des sujets de 15 ans et plus.

À l’issue d’un suivi moyen variant suivant les cohortes de 6 à 27 ans, 220 387 nouveaux cas de cancer ont été identifiés parmi les 17 types de tumeurs étudiés. Par rapport aux consommateurs de viande, le HR de cancer était significativement réduit pour :

  • les mangeurs de volaille, dans les cancers du côlon distal (HR = 0,83 [IC 95 % = 0,70 - 0,98]), du poumon (0,83 [0,77 - 0,89]) et de la prostate (0,93 [0,88 - 0,98]) ;

  • les pescétariens, dans les cancers colorectal (0,85 [0,77 - 0,93]) et trois de ses subdivisions (côlon, côlon proximal, côlon distal), du poumon (0,82 [0,72 - 0,92]), du sein (0,93 [0,88 - 0,98]), et du rein (0,73 [0,58 - 0,93]) ;

  • les végétariens, dans les cancers du pancréas (0,79 [0,65 - 0,97]), du sein (0,91 [0,86 - 0,97]), de la prostate (0,88 [0,79 - 0,97]), du rein (0,72 [0,57 - 0,92]) et dans le myélome multiple (0,69 [0,51 - 0,93]).


À l’inverse, le HR était significativement accru par rapport aux consommateurs de viande chez les végétariens dans le carcinome épidermoïde de l’œsophage (1,93 [1,30 - 2,87]), et chez les végans dans les cancers colorectal (1,40 [1,12 - 1,75]) et du rectum (1,78 [1,23 - 2,57]) – cependant, le faible nombre de végans rendait ces derniers résultats plus difficiles à interpréter.

Prudence dans l’interprétation

Concernant le surrisque observé de cancer colorectal en cas d’alimentation végan, les auteurs appellent à la prudence, notant son incompatibilité avec la réduction du risque attendue suite à l’absence de consommation de viande (et souvent d’alcool) dans cette population. Ce surrisque « pourrait s’expliquer par une faible consommation de calcium » et d’oméga- 3, protecteurs contre ce cancer. Pour le cancer du sein, les auteurs notent une différence de risque en post-ménopause, et sinon une absence de différence entre les différentes alimentation, cohérente avec la littérature.

En outre, pour expliquer les associations observées entre régime végétarien et différents cancers, les scientifiques rappellent que les végétariens et végans d’Amérique du Nord et d’Europe, d’où proviennent la majorité des cohortes, ont plusieurs caractéristiques nutritionnelles favorables : davantage de fibres consommées, moindres IMC (positivement associé à plusieurs cancers) et taux de LDL, pouvant expliquer le moindre risque de certains cancers. Cependant, ils ont aussi de plus faibles apports en protéines, oméga- 3, calcium, vitamines D et B12, pouvant expliquer d’autres surrisques.

Malgré la bonne homogénéité des études inclues, qui comportent « la grande majorité des données prospectives aujourd’hui disponibles concernant les alimentations végétariennes et le risque de cancer », les auteurs appellent en conclusion à considérer avec précaution la généralisation de leurs résultats, parce que « le régime alimentaire et les apports nutritionnels peuvent varier substantiellement parmi les végétariens, comme parmi les non-végétariens ».

Une 2e grande revue complémentaire

Hasard de calendrier, une 2e grande revue systématique avec méta-analyse portant sur l’incidence des différents types de cancer dans les régimes végétariens et végans, d’une envergure comparable, est parue dans European Journal of Epidemiology le 25 mars 2026. En tout, elle a inclus les analyses de 7 grandes cohortes prospectives, dont 5 communes avec la publication du British Journal of Cancer (Adventist Health study 2, EPIC-Oxford, Oxford vegetarian study, UK Women’s cohort study, UK Biobank) et 2 autres (Netherlands cohort study, Adventist Health study).

À l’issue d’un suivi moyen de 6 à 20,3 ans selon les cohortes, dont le nombre de participants variait de 10 210 à 472 377, les chercheurs ont évalué le risk ratio  (RR) du cancer tous types confondus à 0,87 (0,84 - 0,91) pour les végétariens et à 0,77 (0,70 - 0,85) pour les végans, en comparaison aux non-végétariens.

Les principaux résultats par type de cancer ont été renseignés dans la dernière colonne des tableaux 1, 2 et 3. Si on observe plusieurs résultats cohérents entre les 2 études (absence d’association d’un régime végétarien avec les risques des cancers du côlon distal, du rectum, de l’ovaire, de l’endomètre, du poumon, et la leucémie ; association d’un régime végétarien avec un moindre risque de cancer du pancréas et du sein ; absence d’association d’un régime végan avec le risque de cancer du sein et de la prostate), malgré un certain nombre de discordances, par exemple concernant le cancer du côlon : HR = 0,99 (0,88 - 1,11) dans la 1re étude, vs RR = 0,79 (0,67 - 0,93) dans la 2e. De plus, dans les 2 grandes études, plusieurs des associations observées sont considérées comme sujettes à caution par les auteurs.

Ces différences inter-études appellent donc elles aussi à la prudence, même si leurs similarités renforcent certaines des associations notées en 2024 par l’Anses (encadré) ; absence d’association d’un régime végétarien avec les cancers du poumon, du côlon, du rectum, de l’ovaire, de l’endomètre, de l’appareil urinaire ; association avec un moindre risque du cancer de la prostate.

Encadre

Encadré. Conclusion du rapport d’expertise de l’Anses de juin 2024 sur l’association entre risque de différents cancers et régimes végétarien, végétalien ou lacto-ovo-végétarien, par rapport à un régime incluant de la chair animale.

  • Tous cancers confondus : Association d’un régime végétarien avec un risque plus faible de cancer par rapport à un régime incluant de la chair animale (faible poids des preuves) ; manque d’études concernant les régimes lacto-ovo-végétarien et végétalien.

  • Poumon : Pas d’association d’un régime végétarien avec le risque (poids des preuves faible) ; absence d’études pour les régimes végétalien et lacto-ovo-végétarien.

  • Voies respiratoires et organes intrathoraciques : Pas assez d’études pour conclure concernant les régimes végétalien et lacto-ovo-végétarien.

  • Colorectal, du côlon ou du rectum : Pas d’association d’un régime végétarien, végétalien ou lacto-ovo-végétarien avec le risque (poids des preuves faible).

  • Système digestif : Pas assez d’études pour conclure concernant les régimes végétarien, végétalien et lacto-ovo-végétarien.

  • Estomac : Association d’un régime végétarien avec un risque plus faible (faible poids des preuves) ; absence d’études concernant les régimes lacto-ovo-végétarien et végétalien.

  • Sein : Pas d’association d’un régime végétarien, végétalien ou lacto-ovo-végétarien avec le risque (poids des preuves faible).

  • Ovaire : Pas d’association d’un régime végétarien avec le risque (poids des preuves faible) ; absence d’études pour les régimes végétalien et lacto-ovo-végétarien.

  • Utérus : Pas assez d’études pour conclure concernant le régime végétarien ; absence d’études pour les régimes végétalien et lacto-ovo-végétarien.

  • Endomètre : Pas d’association d’un régime végétarien avec le risque (poids des preuves faible) ; absence d’études pour les régimes végétalien et lacto-ovo-végétarien.

  • Autres cancers spécifiques du sexe féminin : Pas assez d’études pour conclure concernant les régimes végétarien, végétalien et lacto-ovo-végétarien.

  • Prostate : Association d’un régime végétarien ou végétalien avec un risque plus faible (faible poids des preuves) ; pas d’association d’un régime lacto-ovo-végétarien avec le risque (poids des preuves faible).

  • Autres cancers spécifiques du sexe masculin : Pas assez d’études pour conclure concernant les régimes végétarien, végétalien et lacto-ovo-végétarien.

  • Appareil urinaire : Pas d’association d’un régime végétarien, végétalien ou lacto-ovo-végétarien avec le risque (poids des preuves faible).

  • Cancers hématologiques : Association d’un régime végétarien avec un risque plus faible (faible poids des preuves) ; absence d’études concernant les régimes lacto-ovo-végétarien et végétalien.

D’après : Anses, comité d’experts spécialisé « nutrition humaine », groupe de travail « végétarien ». Rapport d’expertise collective. Établissement de repères alimentaires destinés aux personnes suivant un régime d’exclusion de tout ou partie des aliments d’origine animale. Revue systématique de la littérature sur les liens épidémiologiques entre les régimes végétariens et la santé. Juin 2024.

Références
Dunneram Y, Lee JY, Watling CZ, et al. Vegetarian diets and cancer risk: Pooled analysis of 1.8 million women and men in nine prospective studies on three continents.  Br J Cancer 2026;134(8):1218-29. CC BY 4.0.
Aune D, Schlesinger S, Sobiecki J. Vegetarian and vegan diets and cancer incidence: A systematic review and meta-analysis of prospective studies. Eur J Epidemiol 25 mars 2026. CC BY 4.0.
Anses, comité d’experts spécialisé « nutrition humaine », groupe de travail « végétarien ». Rapport d’expertise collective. Établissement de repères alimentaires destinés aux personnes suivant un régime d’exclusion de tout ou partie des aliments d’origine animale. Revue systématique de la littérature sur les liens épidémiologiques entre les régimes végétariens et la santé. Juin 2024.
Pour aller plus loin :
Martin Agudelo L. Régime végétarien : quels sont les bénéfices et risques prouvés ?  Rev Prat (en ligne) 3 avril 2025.
Mallordy F. C’est prouvé : l’alimentation végétarienne associée à un moindre risque CV et de cancer.  Rev Prat (en ligne) 7 juin 2024.
Mallordy F. Alimentation végétale : l’ultratransformation sabote les bienfaits.  Rev Prat (en ligne) 10 octobre 2025.
Ribéreau-Gayon A. Végétarianisme et véganisme : quels bénéfices/risques chez les enfants ?  Rev Prat (en ligne) 12 janvier 2026.
Cristini M, Leboulanger H. Alimentations végétariennes : accompagner les patients en bonne santé.  Rev Prat Med Gen 2024;38(1083):9-10.

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