Le trouble déficitaire de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH) touche environ 2,5 % des adultes. S’il a le plus souvent été diagnostiqué dans l’enfance et persiste à l’âge adulte (dans un tiers des cas), un premier diagnostic est parfois établi tardivement. En cause, une manifestation clinique généralement différente chez l’adulte de celle observée chez l’enfant. « Outre la distractivité et les oublis dans les activités quotidiennes, les symptômes liés à l’inattention incluent souvent une incapacité à planifier et à organiser des activités, ainsi qu’une mauvaise gestion du temps », schématisent les auteurs d’une mise au point parue dans le NEJM en octobre 2026. L’impulsivité de l’adulte se traduit quant à elle « par le fait de formuler des remarques spontanées, d’interrompre autrui ou de prendre des décisions irréfléchies », complètent-ils. Autant de symptômes qui peuvent survenir ponctuellement chez chaque adulte, ou qui peuvent être confondus avec d’autres troubles psychiatriques.
Distinguer le TDAH d’un comportement commun
Les symptômes du TDAH doivent s’accompagnent d’une altération du fonctionnement. Par exemple : des performances insuffisantes au travail ou dans les études, des difficultés dans les relations interpersonnelles, des problèmes financiers, ou encore des accidents de la route à répétition. Les patients adoptent souvent un mode de vie éloigné des recommandations (malnutrition, tabagisme, consommation de substances, manque d’activité physique…).
De même, les symptômes du TDAH se distinguent des autres troubles psychiatriques par leur origine ou leur mécanisme. Par exemple, le trouble anxieux généralisé répond à des stimuli anxiogènes, les troubles dépressifs sont le plus souvent épisodiques… « Il est important de rechercher un TDAH chez les adultes présentant une dépression résistante au traitement », rapportent les auteurs de l’article du NEJM.
En pratique, l’évaluation du TDAH requiert un interrogatoire rétrospectif des symptômes de TDAH dans l’enfance, auprès du patient mais aussi de ses proches.
Critères diagnostiques
Les critères diagnostiques du DSM- 5 sont indiqués dans le tableau. Concrètement :
L’inattention et l’hyperactivité/impulsivité sont définies par 5 symptômes sur les 9 proposés, persistants depuis au moins 6 mois ;
Les symptômes doivent être présents avant l’âge de 12 ans et survenir dans au moins 2 environnements différents ; altèrent significativement le fonctionnement social, académique ou professionnel, et la qualité de vie ; ne surviennent pas exclusivement au cours d’un trouble psychotique, et ne sont pas mieux expliqués par un autre trouble mental.
Une prise en charge multimodale
La prise en charge repose en 1re intention sur des mesures non médicamenteuses, incluant psycho-éducation et TCC. Les jeux thérapeutiques et de la neuromodulation n’ont pas montré d’efficacité sur les symptômes du TDAH, malgré une incidence sur le fonctionnement global ; ils ne sont donc pas recommandés en 1re ligne. Il existe peu d’études sur les effets des régimes et des compléments alimentaires.
Traitements pharmacologiques
Des médicaments psychostimulants (méthylphénidate et amphétamines) et non psychostimulants (atomoxétine ; viloxazine ; guanfacine ; clonidine) sont approuvés par plusieurs pays dans le traitement du TDAH de l’adulte, lorsque les mesures non médicamenteuses sont insuffisantes. Leur accès est plus limité en France (cf. ci-dessous).
Le méthylphénidate et les amphétamines sont utilisés indifféremment en 1re intention. Le choix est fait en fonction de la durée d’action, en privilégiant les durées longues. Une formulation à action rapide peut être associée. Le prescripteur peut passer à un autre psychostimulant lorsque la réponse n’est pas satisfaisante, ou à un médicament non stimulant si elle est partielle ou en présence d’effets indésirables (EI). La réponse au traitement est en général rapide.
Les EI incluent la perte d’appétit et de poids, une insomnie initiale, ainsi qu’une augmentation de la fréquence cardiaque et de la pression artérielle, augmentant le risque CV avec un traitement à long terme. Un risque d’abus est évoqué, mais les données sont rassurantes. Une analyse des registres nationaux suédois de 2007 à 2020, impliquant plus de 100 000 personnes atteintes de TDAH âgées de 6 à 64 ans suivies sur 2 ans, montre que les psychostimulants sont associés à une réduction des risques de comportements suicidaires, d’abus de substances, d’accidents de transport et de criminalité. Des résultats confirmés par les analyses de dossiers d’assureurs américains.
Les médicaments non stimulants ont une efficacité modérée et variable. Ils sont proposés en 2e intention. Ils ont l’avantage de ne pas être soumis à une réglementation stricte (celle des stupéfiants en France). Leur durée d’action est plus longue. La réponse thérapeutique peut être évaluée au bout de 2 à 4 semaines. Ils peuvent cependant présenter un effet sédatif.
Enfin, certaines molécules (bupropion notamment) sont utilisées hors AMM en dernier recours.
En France, la prise en charge médicamenteuse s’étoffe
Si les prescripteurs anglo-saxons et certains de nos voisins européens disposent d’un véritable arsenal thérapeutique pour les adultes, en France l’offre est plus limitée.
En 2021, la Ritaline LP (classé comme stupéfiant) est la première spécialité prise en charge au-delà des 18 ans, après avoir obtenu une extension de son indication chez les adultes TDAH pour lesquels un impact fonctionnel modéré à sévère sur au moins deux composantes (professionnelle et/ou universitaire, sociale y compris familiale) est mis en évidence et lorsque la présence de symptômes a bien été établie dans l’enfance. En 2023, les spécialités Concerta LP et Medikinet obtiennent elles aussi leur remboursement chez l’adulte, lorsque des mesures seules s’avèrent insuffisantes.
Depuis 2025, une nouvelle molécule est disponible en France : la lisdexamphétamine (Xurta), aussi classée comme stupéfiant (mais non remboursée à ce jour). Elle est indiquée en 2e intention chez les enfants et chez les adultes. Ces traitements doivent être instaurés et supervisés par un psychiatre ou un neurologue (renouvellement possible par les généralistes).
Quant aux médicaments non stimulants, l’accès à la clonidine et à la viloxazine reste limité à une autorisation d’accès compassionnel dans le TDAH de l’enfant et de l’adulte.
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