Prurigo strophulus

Erika, 58 ans, consulte pour des lésions vésiculo-érythémateuses évoluant depuis vingt-quatre heures au niveau des jambes et de la partie dorsale des mains (figure). Elles sont apparues  à la suite d’un séjour dans un appartement de location.Ça gratte !

Le prurigo est un terme dérivé du latin prurire, qui signifie « démanger ». Il s’agit du motif le plus fréquent de consultation en dermatologie. Outre le prurigo classique, il existe une forme souvent observée chez les enfants d’âge scolaire : le prurigo strophulus. Cette forme est secondaire à une réaction d’hypersensibilité retardée après piqûres d’arthropodes (insectes ou acariens).

Cliniquement, les lésions prédominent sur les zones découvertes mais peuvent être de localisation ubiquitaire. Il s’agit fréquemment de papules érythémateuses pouvant être assimilées à une urticaire ; la présence de vésicules ou de bulles est également possible. Parfois, les lésions sont plus atypiques, avec un aspect croûteux. Elles ne sont pas diffuses mais concentrées dans certaines zones, et elles peuvent prendre une disposition linéaire. Le prurit peut donner lieu à une surinfection, notamment chez les enfants.

La prise en charge est à la fois préventive et curative : couper les ongles des enfants afin de limiter la surinfection des lésions, éviter la propagation des arthropodes (limiter l’utilisation des moquettes, rideaux, matelas en laine), traiter les animaux domestiques éventuellement infestés et à l’origine de l’atteinte humaine. Le recours aux antihistaminiques ou aux dermocorticoïdes locaux est complémentaire de ces mesures de prévention. 

Pour en savoir plus 
Bazex A, Dupre A. Le prurigo strophulus, syndrome parasitaire par piqûres d’insectes. Modalités étiologiques, cliniques et évolutives. Ann Dermatol Venereol 2000;127(11):1021-8.
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Cœur triatrial

Un homme de 45 ans, sans antécédent de cardiopathie ni de facteur de risque cardiovasculaire, consulte pour une dyspnée d’effort de stade 2 de la New York Heart Association (NYHA) et des palpitations intermittentes. L’examen clinique révèle un souffle systolique d’intensité modérée au foyer tricuspidien sans signes d’insuffisance cardiaque droite. L’échocardiographie transthoracique et transœsophagienne montre une membrane totale dédoublant l’oreillette gauche en deux compartiments avec un shunt gauche-droite et une hypertension pulmonaire importante. Une exérèse chirurgicale de la membrane est décidée ; les suites ont été simples.

Le cœur triatrial est une malformation rare résultant de la persistance anormale d’une structure embryonnaire séparant l’oreillette gauche ou droite en deux compartiments. La détection à l’âge adulte est exceptionnelle et repose essentiellement sur l’échocardiographie transthoracique, qui permet de visualiser la membrane séparatrice. 

Sur le plan thérapeutique, pour les formes subtotales, en l’absence de retentissement hémodynamique significatif (pas d’hypertension artérielle pulmonaire, fonction ventriculaire droite conservée), la stratégie conservatrice avec surveillance semestrielle et un traitement symptomatique sont recommandés. La correction chirurgicale est, en revanche, le traitement de référence pour les formes totales. 

Pour en savoir plus 
Hanna G, Savoj J, Iftikhar S, et al. Cor Triatriatum Dexter: A Case Report in a 70-Year-Old Male. J Med Cases 2020;11(8):234-8.
Abdul Khalek J, El Rassi C, Abou Mansour M, et al. Cor Triatriatum: An uncommon congenital anomaly – the experience of a tertiary care center in a developing country. Front Cardiovasc Med 2025;12:1531754.
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Coussinets des phalanges

Une jeune femme de 20 ans consulte pour des plaques cutanées blanchâtres, épaisses, indolores et mobiles à la palpation, situées au niveau des articulations à la face dorsale des doigts (fig. 1). Ces lésions sont apparues un an auparavant, sous la forme de petites taches dont la taille a augmenté progressivement pour atteindre environ 1 cm de diamètre et 3 mm d’épaisseur (fig. 2). Aucune autre lésion cutanée ou unguéale n’est associée. L’origine traumatique n’est pas retenue, dans la mesure où la patiente ne pratique aucun sport pouvant être à l’origine de telles lésions et n’exerce pas d’activité professionnelle nécessitant des mouvements répétés des doigts. Le bilan biologique est normal. Aucun autre cas n’est signalé dans la famille. 

Les coussinets des phalanges, ou knuckle pads, décrits en 1893 par Garrod, sont des épaississements fermes et circonscrits de la peau des faces dorsales des articulations interphalangiennes proximales de tous les doigts, ou parfois des orteils.1 Ces lésions, d’apparition insidieuse, chez des sujets âgés de 15 à 30 ans,2 sont hypo- ou hyperpigmentées, avec un diamètre de 0,5 à 1,5 cm. Il s’agit d’une affection génétique peu fréquente, appelée génodermatose ; elle est associée à une mutation des gènes KK59, CAST, G1B2, G1B6. Ces lésions, bénignes et non contagieuses, sont parfois associées à une fibrose palmo-plantaire ou à une maladie de Dupuytren. 

L’analyse anatomopathologique montre une hyperplasie du tissu conjonctif avec une fibrose et une hyperkératose.3

Le principal diagnostic différentiel correspond aux pseudo-knuckle pads, lésions similaires mais dont l’origine est liée à des microtraumatismes répétés au niveau des phalanges en raison d’activités spécifiques (tailleurs, tapissiers, boxeurs ou encore habitude de se mordiller les phalanges, de les faire craquer ou l’excès de flexion au cours de sessions de jeu vidéo…). Dans ce cas, les lésions disparaissent avec l’arrêt de l’activité mise en cause.4

La demande de traitement est justifiée devant l’aspect inesthétique de ces lésions. Cependant, aucun n’est actuellement efficace, le mieux étant de convaincre le patient d’une abstention thérapeutique, puisque :

  • une excision chirurgicale risquerait la formation de chéloïdes ;
  • la cryothérapie ou l’injection intralésionnelle de corticoïdes est inefficace ;
  • l’injection de 5 -fluoro-uracile,5 qui semble pouvoir inhiber la prolifération des fibroblastes, donnerait quelques résultats, qui n’ont toutefois pas été confirmés.
 

Enfin, aucune mesure prophylactique n’a montré son efficacité. 

Références
1. Griffith CEM, Barker J, Bleiker TO, et al. Rook’s Textbook of Dermatology (9th edition). Wiley-Blackwell; 2016.
2. Chandler Z, Seamon K, Ramsubeik K, et al. A case of knuckle pad syndrome in a middle-aged man. Clin Case Rep 2022;10(12):e6740.
3. Vincek V, Vause A, Vincek E, et al. Knuckle pads: An ancient disease frequently misdiagnosed because of minimal modern attention. Dermatol Online J 2021;27(9).
4. Giovannini I, Zandonella Callegher S, Errichetti E, et al. Knuckle pads mimic early psoriatic arthritis. Reumatismo 2021;73(1):67-9.
5. Weiss E, Amini S. A novel treatment for knuckle pads with intralesional fluoro­uracil. Arch Dermatol 2007;143(11):1458-60.
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Ptérygion

Un militaire âgé de 38 ans consulte pour un prurit oculaire de l’œil droit apparu quelques semaines auparavant. Il n’a pas eu de traumatisme oculaire. Il n’a pas d’antécédents. Il ne porte pas de correction optique (ni lunettes, ni lentilles). Il s’agit du premier épisode de ce type.
L’examen clinique retrouve un œil blanc, douloureux, avec une gêne à type de prurit et un épaississement de la cornée (figure). Il n’y a pas de baisse de l’acuité visuelle ou d’amputation du champ visuel. Il n’y a pas de corps étranger visible.

Le ptérygion est une prolifération tissulaire de la conjonctive sur la cornée, dont la forme est généralement triangulaire et régulière, située préférentiellement au niveau du limbe nasal de l’œil. Il s’agit d’une pathologie relativement fréquente, avec une prévalence d’environ 10 %.1 Les symptômes rapportés par le patient peuvent être multiples : rougeur oculaire d’apparition progressive, prurit, sécheresse oculaire ou larmoiement, sensation de corps étranger et fatigue ou inconfort visuel. Une baisse de l’acuité visuelle est également possible en cas d’atteinte de l’axe visuel, par astigmatisme induit ou par interruption du film lacrymal.2

Les principaux facteurs de risque sont l’exposition aux rayonnements ultraviolets – le ptérygion est souvent décrit comme la « pathologie du surfeur » –, les infections virales (papillomavirus, virus herpès simplex...), le sexe masculin, une prédisposition génétique, le stress oxydatif. 

Ces facteurs de risque induisent la production de cytokines pro-inflammatoires, de facteurs de prolifération cellulaire, de néo-angiogenèse et favorisent la diminution de l’apoptose cellulaire.1

Les principaux diagnostics différentiels sont le pseudo-ptérygion, la kératoconjonctivite phlycténulaire, la pinguécula et le carcinome à cellules squameuses de la conjonctive.3

Le traitement repose sur la photoprotection et l’éviction solaire. En cas de sécheresse ou d’irritation oculaire, la prescription de larmes artificielles permet de soulager l’inconfort. Les récidives sont fréquentes. Le gold standard, afin de limiter la récurrence, est l’excision du ptérygion avec autogreffe conjonctivale.2

Le ptérygion est un motif d’adressage sans urgence à un ophtalmologue. 

Références 
1. Solomon AS. Pterygium. Br J Ophthalmol 2006;90(6):665‑6.
2. Chu WK, Choi HL, Bhat AK, et al. Pterygium: New insights. Eye 2020;34(6):1047‑50.
3. Jackson A, Hawthorne C. Pterygium: A benign growth of the conjunctiva.Visual Journal of Emergency Medicine 2024;34(1):101915.
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Tumeur d’Abrikossoff

Une patiente de 52 ans consulte pour une tuméfaction périanale ulcérée, indolore, apparue depuis six mois (fig. 1).

La tumeur d’Abrikossoff, ou tumeur à cellules granuleuses, est une tumeur bénigne rare dérivée des cellules de Schwann. Elle peut toucher divers organes, principalement la bouche mais aussi la région génitale, l’arbre respiratoire et le tube digestif, avec une prédilection pour l’œsophage. L’atteinte anorectale est exceptionnelle (moins d’une trentaine de cas rapportés).

Souvent asymptomatique, elle survient majoritairement chez des adultes entre 20 et 60 ans, avec une possible prédominance féminine. Au niveau anal, elle se présente généralement comme un nodule unique, ferme, sous-cutané ou sous-muqueux, bien limité, mesurant moins de 2 cm. La transformation maligne est exceptionnelle mais doit être suspectée en cas de taille supérieure à 3 cm, de croissance rapide et/ou d’ulcération. L’imagerie permet de préciser la taille et les rapports anatomiques.

Le diagnostic formel repose sur l’histologie : cellules polygonales à cytoplasme granuleux éosinophile, à coloration PAS (Periodic Acid Schiff) positive (fig. 2). L’immuno-histochimie est caractéristique.

Les principaux diagnostics différentiels sont les diverses tumeurs cutanées (neurofibrome, lipome, schwannome…), le kyste sébacé, l’hidradénome papillifère, le molluscum contagiosum et les carcinomes.

Le traitement repose sur l’exérèse. La récidive est exceptionnelle en cas de marges saines. 

Pour en savoir plus
Ma J, Cheng Y, Li X, et al. Rare case of granular cell tumor of perianal region: A case report and literature review. J Int Med Res 2021;49(1):300060520982689.
Mehta CH, Kantzler EJ, Suzuki M, et al. A Rare Case of Granular Cell Tumor of the Anus. Clin Case Rep 2024;12(12):e9688.
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