Le cancer colorectal est la 2e cause de mortalité par cancer en France. La moitié des nouveaux cas pourraient être évités, car dus à des facteurs modifiables. Si le rôle de certains aliments est déjà connu, les données issues de vastes cohortes permettent aujourd’hui d’établir des associations plus robustes. Un article du BEH fait le point sur les dernières données. Édifiant pour améliorer la prévention !

Bien qu’il fasse partie des cancers à bon pronostic lorsqu’il est dépisté tôt, le cancer colorectal demeure en France le 2e cancer le plus fréquent chez la femme et le 3e chez l’homme, représentant 47 582 nouveaux cas de cancer en 2023. Le taux d’incidence est en augmentation, notamment chez les femmes et chez les moins de 50 ans, avec des cancers plus agressifs que dans la population âgée. On estime que la moitié des nouveaux cas (55,8 % chez les hommes et 39,9 % chez les femmes) seraient évitables car attribuables à des facteurs modifiables.

Dans le Bulletin épidémiologique hebdomadaire (BEHdu 3 février 2026, des chercheurs font le bilan des facteurs nutritionnels de risque et de protection, présentant les niveaux de preuve les plus forts, et dont les études mécanistiques soutiennent le rôle dans la carcinogenèse du cancer colorectal. Ils se fondent sur les résultats issus des grandes cohortes épidémiologiques et en particulier sur les rapports du World cancer research fund (WCRF), l’organisme de référence en matière de liens entre nutrition et cancer.

Facteurs protecteurs en prévention primaire

Fibres alimentaires

Chaque portion journalière de 10 g de fibres est associée à une réduction du risque de cancer colorectal de 7 % (risque relatif (RR) = 0,93 [0,87 - 1,00]). Plusieurs mécanismes seraient impliqués : effets antiprolifératifs du butyrate (produit lors de la fermentation des fibres) ; réduction de l’insulinorésistance ; diminution du temps de transit intestinal, et donc de l’exposition aux cancérogènes potentiellement présents dans les selles.

Parmi les groupes d’aliments contenant des fibres, les céréales complètes ont l’effet le plus marqué, avec une diminution de 17 % du risque de cancer colorectal pour chaque portion de 90 g par jour (RR = 0,83 [0,78 - 0,89] ; non significatif pour le cancer du rectum). La consommation de fruits et de légumes (hors féculents) est, quant à elle, associée à une réduction du risque de 2 % par portion journalière de 100 g (RR = 0,98 [0,97 - 0,99]), avec un effet plus important à partir de 500 g par jour.

Produits laitiers

La consommation de 400 g par jour de produits laitiers tous types confondus (lait, fromage, calcium alimentaire), et quelle que soit leur teneur en matière grasse, est associée à une réduction de 13 % du risque de cancer colorectal (RR = 0,87 [0,83 - 0,90]). Le rôle principal serait joué par le calcium : ce dernier est capable de lier les substances toxiques (acides biliaires et certains acides gras libres), de protéger les colonocytes de certaines mutations, de limiter l’effet du fer héminique, de diminuer la prolifération cellulaire, de favoriser l’apoptose des cellules tumorales et de réguler la production d’hormones parathyroïdiennes.

Parmi les différents produits laitiers, le lait a été associé à une réduction du risque particulièrement significative, probablement car la caséine et le lactose qu’il contient augmentent la biodisponibilité du calcium.

Activité physique

Selon une étude menée sur la UK Biobank en 2025, le risque de cancers liés à l’activité physique (cancers de l’œsophage, du foie, du poumon, du rein, du cardia gastrique, de l’endomètre, du côlon, de la tête et du cou, du rectum, de la vessie, du sein, leucémie myéloïde, myélome) était inférieur de 11 % chez les personnes effectuant 7 000 pas par jour et de 16 % chez celles en faisant 9 000 par jour.

Facteurs de risque

Viandes rouges et transformées

Ce n’est pas un scoop : la viande transformée (par fumaison, séchage, salage…) et la viande rouge (bœuf, porc, veau, agneau, cheval, mouton, chèvre) ont été classées respectivement comme cancérogène certain (groupe 1 du CIRC) et probable (groupe 2A du CIRC). Consommer 100 g par jour de viande rouge est associé à une augmentation de 12 % du risque de cancer colorectal (RR = 1,12 [1,04 - 1,21] ; non significatif pour le cancer du rectum).

En cause : leurs teneurs élevées en graisses saturées et la formation de composés mutagènes après leur cuisson à haute température. Pour la viande transformée, un apport de 50 g/j augmente le risque de 16 % (RR = 1,16 [1,08 - 1,26]), notamment en raison de la présence de nitrites et nitrates, conservateurs ayant un effet génotoxique probable (groupe 2A du CIRC).

Alcool

Une augmentation d’un verre par jour est associée à un surrisque de cancer de 7 % (RR = 1,07 [1,05 - 1,08]). Cette relation est non linéaire, et le risque augmente de façon marquée à partir de 30 g d’éthanol (3 verres standard).

Surcharge pondérale

Pour chaque incrément de 5 kg/m² d’IMC, on note une élévation de 5 % du risque de cancer colorectal (RR = 1,05 [1,03 - 1,07]), l’effet étant nettement plus important pour des IMC > 27. Pour chaque augmentation de 10 cm du tour de taille (indicateur de la graisse viscérale), le risque augmente de 2 % (RR = 1,02 [1,01 - 1,03]), et chaque augmentation de 0,1 du rapport tour de taille/tour de hanche augmente également le risque de 2 % (RR = 1,02 [1,01 - 1,04]). En cause, des modifications physiologiques qui entraînent un état inflammatoire chronique.

Influence du mode de vie

Au-delà des groupes d’aliments et des nutriments pris isolément, les recherches soulignent l’importance des habitudes alimentaires globales et des modes de vie dans la prévention du cancer, en particulier pour les cancers du sein et colorectal. Ces habitudes étant souvent liées à des comportements particuliers (par exemple, les personnes ayant des habitudes alimentaires saines sont moins susceptibles de fumer), des scores de régimes alimentaires caractéristiques de certains modes de vie ont été élaborés, validés dans de vastes cohortes épidémiologiques. Les résultats issus de ce type d’approche sont plus robustes.

Ainsi, les personnes suivant le plus les recommandations du WCRF/AICR (c’est-à-dire adhérant le mieux au profil du même nom [cf. tableau 1], à haut niveau de preuve : alimentation à dominante végétale, maintien d’un IMC dit normal, pratique d’activité physique, peu de consommation d’alcool de tabac) ont un risque de cancer colorectal diminué entre 27 % et 61 %, selon les études, comparés aux individus à plus faible adhésion. L’effet est plus marqué chez les hommes que chez les femmes. Pour le cancer du côlon, les résultats montrent une diminution du risque de 28 % à 42 % chez les individus à plus forte adhésion versus ceux à plus faible adhésion.

Facteurs émergents

Plusieurs études suggèrent des associations entre les aliments ultratransformés, définis par la classification Nova, et le risque de cancer colorectal. Les effets seraient à la fois indirects (surcharge pondérale) et directs. Cependant, les rôles respectifs des additifs alimentaires, de la matrice alimentaire, des matériaux de contact issus des emballages et de la surconsommation nécessitent d’être démêlés. Par ailleurs, les régimes à dominante végétale semblent protecteurs, mais les niveaux de preuve restent limités.

D’autres facteurs émergents, tels que le moment des prises alimentaires et la consommation d’aliments issus de l’agriculture biologique, sont en cours d’étude.

État des lieux en France

Selon la dernière enquête Esteban, en 2015, seuls 13 % des adultes consommaient au moins 25 g de fibres par jour, plus d’un tiers ne consommaient pas deux produits laitiers par jour et 32 % mangeaient plus de 500 g de viande (hors volaille) par semaine (voir tableau 2 ci-contre).

L’enjeu est donc d’encourager l’adhésion aux recommandations du PNNS , qui sont en phase avec celles du WCRF/AICR. Pour cela, la sensibilisation est nécessaire car les Français estiment manquer d’informations. Cependant, la connaissance seule semble insuffisante : bien que 74 % et 63 % des Français perçoivent respectivement la charcuterie et la viande rouge comme un facteur de risque, ils sont encore nombreux à dépasser les repères de consommation.

Ainsi, selon les auteurs, l’information doit être accompagnée d’autres mesures : subventions pour les produits sains, taxation sur les produits déséquilibrés, mise en place obligatoire du Nutri-Score, développement de programmes éducatifs, limitation de la publicité, des actions ciblées de marketing et de promotion.

Références
Traullé E, Shah S, Touvier M, et al. Rôle des facteurs nutritionnels en prévention du cancer colorectal : niveaux de preuve et perspectives.  Bull Epidemiol Hebd 2026;(3‑4):26-34.
Shreves AH, Small SR, Walmsley R, et al. Amount and intensity of daily total physical activity, step count and risk of incident cancer in the UK Biobank.  Br J Sports Med 2025;59(12):839-47.
Lavalette C, Adjibade M, Srour B, et al. Cancer-Specific and General Nutritional Scores and Cancer Risk: Results from the Prospective NutriNet-Santé Cohort.  Cancer Res 2018;78(15):4427-35.
Lane MM, Gamage E, Du S, et al. Ultra-processed food exposure and adverse health outcomes: umbrella review of epidemiological meta-analyses.  BMJ 2024;384:e077310.
Pour en savoir plus :
Martin Agudelo L. Cancer colorectal : l’activité physique réduirait la mortalité de 37 %.  Rev Prat (en ligne) 19 juin 2025.
Martin Agudelo L. C’est prouvé : le calcium protège contre le cancer colorectal.  Rev Prat (en ligne) 21 janvier 2025.
Nobile C. Cancer colorectal : les facteurs de risque de mieux en mieux connus.  Rev Prat (en ligne) 15 novembre 2022.
Boisteau É, Lièvre A. Modalités du dépistage du cancer colorectal en fonction des facteurs de risque.  Rev Prat Med Gen 2024;38(1092):504-6.

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